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THX 1138 : no(w) future

Deux "trilogies" plus tard on aurait tendance à l’oublier, mais George Lucas a eu une vie avant Star Wars : en 1969, jeune étudiant en cinéma frais émoulu de l’Université de South California, il se laisse convaincre par Francis Ford Coppola, associé à la Warner Bros, de reprendre son court-métrage de fin d’études pour en faire un long-métrage de fiction.
Deux ans plus tard, THX 1138 sera un sanglant échec commercial malgré les modifications imposées par la Warner, et George Lucas tirera les enseignements de cette douloureuse expérience, avec le succès que l’on sait.
En redécouvrant aujourd’hui le film en salles dans sa version "director’s cut" (montage légèrement remanié, image et son restauré, ajout de plans numériques), on est frappé de constater à quel point THX 1138, est aux antipodes des pop-corn movies et du cinéma commercial dont la saga Star Wars allait consacrer l'avènement : à l’instar de 2001, l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick, le premier film de George Lucas, qu’il désignait comme un "documentaire du futur" appartient au genre de la science-fiction adulte, réflexive et austère.
Souvent comparé aux contre-utopies ou "dystopies" littéraires (voir ce passionnant site de la BNF) comme Le Meilleur des mondes ou 1984, THX 1138 (du "nom" de son héros, qui se dressera contre le système après avoir connu l’amour—prohibé— dans les bras de LUH 3147) livre la vision cauchemardesque d’un futur totalitaire où les masses subissent un conditionnement incessant (par la religion, les sédatifs, la télévision), et où toute manifestation individuelle est sévèrement sanctionnée. Loin de chercher à rendre cette vision plaisante, George Lucas s’attache à nous plonger dans véritable enfer sensoriel, à la fois visuel (géométrie, monochromie, minimalisme) et sonore (voir cette analyse de la B.O. de Lalo Schiffrin). Cependant la principale audace du film est narrative : dans THX 1138 le pouvoir est à la fois partout et nulle part, il n’a ni tête ni centre, aussi toute résistance individuelle est vouée à l’échec.
Réécriture assez transparente de l’allégorie de la Caverne de Platon (le dernier plan du film montre THX, libéré de ses entraves souterraines, se dressant face au soleil éblouissant), le premier film de George Lucas est ainsi d’une grande densité philosophique. De manière plus originale, on pourra également proposer aux élèves de Terminale une lecture historique du film, en leur montrant comment la mise en scène du futur permet en fait de critiquer le présent (G. Lucas parlait de science-fiction sociologique), et en analysant le film comme expression de la contre-culture étudiante des années soixante-dix : "Au temps des cheveux longs, des drogues prohibées et de l’amour libre, George Lucas imagine une société du futur où tous ont le crâne rasé, où la prise de drogue est obligatoire et l’accouplement interdit." (extrait du site officiel)

[THX 1138 Director's cut de George Lucas (reprise). 1971. Durée : 1 h 28. Distribution : Solaris. Sortie le 13 juin 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 12.06.07 à 15:37

Commentaires

De LNA, posté le 12.06.07 à 16:10

Trop bien pour les Bts qui continuent à avoir "Risque et progrès" en Culture générale et expression!!!
De jurieu, posté le 12.06.07 à 17:36

merci pour le lien vers le site de la bnf, que je ne connaissais pas. Comme d'habitude ils accomplissent un travail remarquable…
De taurog, posté le 12.06.07 à 19:35

génial ! dans mon souvenir ce film est une petite merveille… quand doit-il sortir en DVD ?
De pace 9, posté le 12.06.07 à 21:28

Une expérience visuelle et sonore à découvrir en salles ...
De à taurog, posté le 13.06.07 à 11:22

il est deja sorti en DVD, il y a plus d'un an je croit, dans la version director cut remasterisé etc etc, et doit etre toujours dans les bac. mais warner n'avait pas pas vraiment communique dessus : p-ê ils ont encore une dent contre lucas ?
De Romain, posté le 14.06.07 à 09:34

à LNA : en même temps, vu le sujet de m… qu'on s'est payé cette année en BTS sur "la fête"…
De Le cinq cinéma, posté le 15.06.07 à 11:17

allez au cinéma "Le Cinq" a Lagny-sur-marne 77
merci
De tsing-tao, posté le 17.06.07 à 16:18

en matière de reprise, la semaine précédente il y avait eu également "le monde, la chair et le diable", petite merveille sixties en noir et blanc qui montre Harry Belafonte seul dans New york déserté après une apocalypse nucléaire (comme dans un bon vieux "la quatrième dimension")
De LGA, posté le 22.06.07 à 09:52

à tsing-tao
et oui et ces 2 films sont à l'affiche du Grand Action - paris 5e
De Les cafés géos, posté le 05.07.07 à 17:42

voir l'analyse du film sur le site des Cafés géos :
http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1120
De DD55, posté le 09.06.08 à 22:53

Un film oppressant dans lequel l'individu est réduit à un outil fonctionnel, ... un homme à l'image de la machine: une référence/matricule destiné à effectué une tâche précise.
On retrouvera dans Matrix les foetus cultivés par les machines ...
"Welcome my son, welcome to the Machine"
De Pachenka, posté le 10.06.08 à 15:16

Très bon film qui n'a pas perdu une ride quant au constat des dérives totalitaires de nos sociétés.
Et fait inévitablement penser à "1984" !

PS: "sanglant échec commercial"
Pourquoi sanglant ? "Cinglant" conviendrait mieux, je pense. :o)

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