En réaction à la "politique des auteurs" lancée par François Truffaut et les
Cahiers du Cinéma, dont l'effet pervers était de sacraliser la signature du réalisateur au détriment des autres créateurs du film, le critique et cinéaste Luc Moullet (dont le
nouveau film est actuellement en salles) a inventé le concept de "
politique des acteurs" (titre d'un
ouvrage paru en 1993) : sa thèse est qu'au même titre que les cinéastes,
certains grands comédiens — Gary Cooper, John Wayne,
Cary Grant, James Stewart —
font œuvre, par le choix des rôles qu'ils interprètent, par la continuité de leur gestuelle ou de leur travail corporel. La langue populaire reconnaît d'ailleurs confusément cet état de fait quand elle parle d'un film "
de" Bruce Willis ou "
de" Louis de Funès : l'effet de signature du réalisateur disparaît derrière la personnalité du comédien-vedette…
Si l'on accepte ce postulat de départ, la
filmographie d'un comédien devient un objet d'étude à part entière, que l'on se place sur le terrain esthétique, sociologique ou historique. On avait tenté de le faire ici à propos de Louis de Funès (
Louis de Funès, héros français) et, dans une moindre mesure, de Sylvester Stallone (
Stallone, icône reaganienne,
Les historiens aiment Stallone). Kevin Labiausse propose sur le site
Cinehig un travail autour de la
filmographie de Romy Schneider… et du
programme d'Histoire de Troisième, choix qu'il justifie de manière assez convaincante : "
Allemande, Romy Schneider est née en 1938 et son enfance sera traversée par un conflit qui conduira ses parents à quitter Vienne et à s’installer, fortuitement, à quelques encablures du nid d’aigle d’Hitler. Ce passé personnel et national la marquera à jamais dans sa vie et dans ses choix professionnels. Rejetant au début des années 1960 l’image passéiste et idéalisée d’une Sissi dans laquelle elle ne se reconnaît pas, elle va alors s’engager dans un cinéma où il est encore question d’histoire, mais surtout question des faits les plus sombres du XXème siècle, et plus particulièrement de la Seconde Guerre mondiale."
A partir d'un choix très précis (minutage à l'appui) d'extraits tirés de
sept films de l'actrice (du
Cardinal d'Otto Preminger en 1963 jusqu'à
La Passante du Sans-souci en 1982), il propose de faire travailler les élèves sur des thèmes comme
l’occupation allemande (dans
Le Vieux fusil),
l'exode (dans
Le Train de Pierre Granier-Deferre) ou
le ségrégationnisme aux Etats-Unis (dans
Le Cardinal).