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Raisons d'Etat : les Sentinelles

Etre une sentinelle des Etats-Unis et non son âme. Ce principe fondateur de la CIA est un leitmotiv du film Raisons d'Etat (The Good Sheperd). C'est effectivement en tant qu'observateur froid et méticuleux que Robert de Niro choisit de retracer, l'histoire de la CIA, depuis ses origines jusqu'aux années 1960. Il suit pour cela l'itinéraire d'un homme-clef de l'agence, E. Wilson (M. Damon), obsédé par le secret, tant dans son métier que dans sa vie privée. Inspiré d'un authentique espion, James Jesus Angleton (une des têtes pensantes de la CIA recruté en 1942, responsable du désastre de la Baie des Cochons en 1961, destitué en 1975 par Kissinger), ce personnage brille aussi bien par son talent d'analyste et d'observateur, par sa fidélité sans borne à l'agence, que par son incapacité à instaurer des relations affectives chaleureuses. Mari inexistant, père fantomatique, E. Wilson compense en étant une "mère" omniprésente à l'Agence (tel est en tout cas le surnom qui lui est attribué par les Soviétiques). Spécialisé dans le contre-espionnage, il intervient sur tous les points chauds du globe depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu'aux premières années de la Détente : du Londres de 1940 à l’Afrique coloniale, en passant par le Berlin en ruines de l’après-guerre (où il commence à affronter les Soviétiques) et l’Amérique latine des années 50 (où il organise la valse des dictateurs).
On saisit bien sûr l'intérêt que ce film représente pour traiter, en classe de terminale générale, le chapitre portant sur les relations internationales dans la seconde moitié du XXe siècle. On appréciera notamment la reconstitution fidèle d'une époque, réalisée grâce à un savant mélange de films et de photographies d'archive (ainsi à Berlin, mais aussi dans les couloirs du métro londonien et aux Etats-Unis avec les discours de JFK), mais aussi le réalisme dans la peinture des moeurs. On voit ainsi les protagonistes du film, une cigarette à la main (ce qui est aujourd'hui, dans un Hollywood aseptisé, le gage d'un effet de réel), participer aux rites initiatiques de sociétés secrètes (telle Skull and Bones), ou développer des considérations politiquement incorrectes sur les Juifs et les Noirs. On en tirera avec profit quelques enseignements sur les méthodes d'investigation de la CIA (depuis l'analyse de photographies jusqu'au décryptage de bandes-son en passant par des interrogatoires musclés, rythmés au détecteur de mensonge et achevés à coup de LSD).
Il faudra sans doute également se pencher sur les événements historiques qui jalonnent les deux heures cinquante du film. Méritent notamment l'attention des élèves : le recyclage de l'OSS (Office of Strategic Services, organisme créé en 1942 par Roosevelt) en CIA (Central Intelligence Agency, oeuvre de Truman en 1947 pour lutter contre le bloc soviétique), l'organisation de la résistance alliée à Londres en 1940, la dénazification et le partage de Berlin en 1945, les coups d'Etat fomentés en Amérique latine par la CIA, les enjeux de la crise de Cuba, tout comme les échanges et les tractations secrètes entre le KGB et la CIA.
Mais la guerre froide est finie, et le film s'en ressent. Refusant de prendre parti, Robert de Niro traite le géant soviétique tout en nuances (ses espions sont mis sur le même pied que ceux de l'Ouest). Si l'entreprise est respectable, elle n'en conduit pas moins à quelques excès regrettables. Le réalisme et la neutralité politique ne font pas toujours bon ménage : à force de ne pas vouloir dénoncer, Robert de Niro noie certains événements historiques dans le flou artistique. Ainsi il faut prendre le coup d'Etat en Amérique latine fait comme le symbole de toutes les malversations de la CIA sur ce continent en une vingtaine d'année. En mêlant fiction et documentaire, le film prend le risque de survoler les événements historiques sans pour autant compenser par des intrigues romanesques palpitantes. On regrette ainsi l'approche superficielle des relations établies entre la Maison Blanche et la CIA tout comme celles entre l'agence et sa rivale le FBI. Ce défaut concerne même la description des rouages et des prises de décision à l'intérieur de cette administration (qui ont pourtant fait tant débat ces dernières années).
Ces quelques remarques ne retirent rien cependant à l'intérêt du film, qui demande au spectateur de se muer, lui aussi, en observateur froid et méticuleux pour décrypter les rouages et les sous-entendus du film.

[Raisons d'Etat de Robert de Niro. 2007. Durée : 2 h 47. Distribution : Studio Canal. Sortie le 4 juillet 2007]

Posté dans Dans les salles par francis le 05.07.07 à 16:01

Commentaires

De OSS, posté le 08.07.07 à 22:24

bon je me suis globalement un peu fait chier : l'histoire entre le héros et sa femme (Angelina Jolie pas super crédible) n'est pas des plus palpitantes, et le reste fait tout pour éviter le glamour. Donc c'est un peu sec… Ce qui est bizarre c'est que le film ne correspond vraiment pas à l'image que je me faisais d eDe NIro réalisateur. Comme quoi…
De nervous breadown, posté le 10.07.07 à 20:23

J'ai quand même peur de m'ennuyer. Les termes "observation, décryptage, analyse" revenant à peu de chose près dans chaque paragraphe, la froideur de la chose me refroidit également.
De Emma P, posté le 10.07.07 à 20:40

un rapport avec Mère-Grand ds the Avengers, le surnom?
De philippe, posté le 12.07.07 à 12:12

je l'ai vu, c'est effectivement assez plombant. Reste, à côté des deux stars (jolie et damon) une pléiade de grands acteurs qu'il est toujours agréable de revoir à leur affaire.
De Luna, posté le 12.07.07 à 18:18

le magazine C dans l'air d'yves Calvi était ajourd'hui consacré à la CIA

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