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4 mois, 3 semaines… : le cinéma à l'estomac

Hasards du calendrier obligent, c'est cette année avec rien de moins que la Palme d'Or et le Prix de l'Education Nationale du dernier Festival de Cannes que Zérodeconduite fait sa rentrée 2007. D'autres ayant déjà longuement glosé sur la légitimité de cette Palme, on se contentera pour notre part, une fois n'est pas coutume, d'applaudir le choix du jury de l'Education Nationale. Par la force universelle de son histoire, la jeunesse de ses deux protagonistes, ses qualités dramatiques, 4 mois, 3 semaines et 2 jours ne devrait pas manquer de toucher nos jeunes élèves, quel que soit leur niveau scolaire et leurs origines sociales. Par ses partis pris de mise en scène (le plan séquence, le jeu avec le hors-cadre…), tranchés mais jamais gratuits, il constitue un formidable support de sensibilisation aux possibilités du langage cinématographique.
4 mois, 3 semaines… s'avance certes sur un terrain que l'on pourra juger sensible, sur un plan autant intime qu'idéologique. Mais il le fait avec une totale confiance dans ses moyens et une honnêteté difficile à mettre en doute. La mise en scène de Cristian Mungiu a ainsi l'immense talent de ne pas en rajouter dans le suspense ou le pathos, de ne pas sombrer dans le mélodrame ou le misérabilisme. Elle se contente de regarder la réalité (de la société roumaine de la fin du communisme, d'un avortement tardif) en face, à l'image de ce plan qui a fait jaser, et à la lumière duquel le titre du film s'éclaire : un foetus inanimé d'exactement… 4 mois, 3 semaines, et 2 jours.
Le film sortant quelques mois après son passage cannois, et quelques jours avant la rentrée, les enseignants pourront se sentir un peu dépourvus. Rappelons donc qu'en attendant le DVD pédagogique qui sera comme chaque année (ainsi que le rappelle fièrement l'IGEN de cinéma Christine Juppé-Leblond, en référence aux soupçons de censure qui ont animé l'été) édité par le CRDP de Nice, le Quai des images propose quelques pistes d'analyse rédigées par les membres du jury ("Le contexte historique", "Une dramaturgie en oblique", "Le traitement de l'image et du son", "L'étrange solidarité"…) ainsi qu'un entretien avec Cristian Mungiu et une revue de presse autour du film.
[MAJ du 17/09/07] Voir également en ligne :
— L'article de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP
— L'article des Cafés Géos
— Et surtout la longue (10 pages) étude de Vincent Marie, clionaute et membre du jury de l'Education Nationale 2007, qui revient plus spécifiquement sur la dimension historique du film.
[4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu. 2007. Durée : 1 h 53. Distribution : Bacfilms. Sortie le 27 août 2007]
Posté dans Dans les salles par zama le 03.09.08 à 23:30
Commentaires
Moi j'aimerais savoir quels élèves peuvent voir ce film, je veux dire par là quels niveaux... faut-il avoir une matûrité certaine? j'aurai un peu peur d'amener ma seconde Sms par exemple... Pour Camisole, je sais pas mais cette année dans mon bahut on est vraiment peu à râler pour les emplois du temps (un obscur decret ministériel avant la tempête?)
est-ce que j'ai bien entendu, les roumains ils disent "marzi" ou "märtsi" pour dire "merci" ? bon à part ça le film est très beau.
grand grand film, magnifique palme d'or. la scène du dîner chez les parents de son copain est extraordinaire : c'est tellement naturel, on dirait du Pialat, avec une tension dramatique insoutenable en plus, le tout dans un plan fixe de plusieurs minutes… un véritable tour de force.
Au delà des qualités cinématographiques indéniables ce film s'adresse à un public averti. Je suis réellemnt choquée de voir qu'un tel film puisse être montré dans le cadre de l'éducation nationale (même si un débat suit). Je dirai même plus en colère. En effet ce film est du pain béni pour les anti avortement; la situation désespérée de la jeune fille enceinte, sa passivité, le chantage de l'avorteur, le foetus dans la salle de bain, la lacheté des 2 hommes ...Est cela que nous souhaitons montrer à des jeunes gens qui seront peut être un jour confronté à cette situation? (Dans l'Union Européenne des 25, 1 grossesse sur 6 (17,2 %) se termine par un avortement). Le prix à payer par les femes est déjà bien assez fort pour qu'en plus on fasse l'apologie d'un film dégradant sur le sujet
à dgeedin... ce commentaire mélange tout et son contraire. Tout d'abord l'intérêt c'est de monter ce film à des élèves en les accompagnant, et surtout en leur expliquant que l'avortement était interdit à cette époque, de nos jours, on est dans des sociétés éclairées et évoluées, il n'empêche, c'est ,ici, l'avortement clandestin qui est stigmatisé... à vous lire, il faudrait mieux ne rien montrer et se taire, il y aurait donc des tabous dans l'éducation nationale? Par ailleurs, il importe de sensibiliser les jeunes à la contraception et à la parole, enfin ce n'est pas tant l'avortement l'intérêt du film que cette extraordinaire histoire d'amitié, cette amitié absolue qui reste d'après mes souvenirs ce qu'il y a de plus beau dans l'adolescence... franchement accuser ce film de faire le lit des anti-avortements me semble carrément exagéré, ces derniers n'ont en général pas besoin d'exemples, ni de voir des films, la foi aveugle en général leur suffit.
Une dernière chose, si l'avortement est légal, il convient de ne pas le banaliser et surtout de ne pas en faire un moyen de contraception, des rapports se succèdent pour alerter les jeunes, un avortement laisse toujours des traces, non pas tant physiques que psychologiques.
le problème est que ce film n'est ni pour ni contre l'avortement : il s'en sert pour une brillante démonstration de mise en scène, haletante au possible mais un peu vaine. ce film ne m'a rien appris ni sur le communisme de Ceaucescu, ni sur l'avortement, ni sur l'humanité. par contre il m'a pris aux tripes, ça oui… on peut trouver ça admirable, exceptionnel, magistral, on peut aussi s'estimer balladé, manipulé, violé. c'était mon cas à la sortie de cette projection. le cinéma n'est pas qu'affaire d'esthétique, il est aussi une question de conscience. Bravo en passant our ce site, même si en l'occurence je ne partage pas votre entousiasme pour c. mungiu.
oui Orlof, ce film ne defend pas de thèse et c'est la toute sa grandeur : on est avec les personnages, ces deux gamines, et leur situation ne peut pas se résumer à des archétypes ("la roumanie communiste") ou des slogans faciles (pour ou contre l'avortement)… c'est en cela qu e le film est un bon support pédagogique : il questionne sans imposer ses réponses. enfin c'est ce que moi j'appelle un suppor pédagogique, mais d'aucun préfèrent les dénonciations appuyées et les discours prémachés.
je me suis posé une question toute bête, de compréhension du film : est-ce que M. Bébé couche avec les deux jeunes filles (celle qui est enceinte et sa copine), ou seulement avec la blonde (je he me rappelle plus de son nom) ? qu'avez-vous compris ?
Aujourd'hui dans Libé, près de 200 000 avortements en France!!!
pour moi il couche juste avec Gabita (la blonde), qui se sacrifie pour sa copine. on la voit se laver après. Mais bon, qu'est-ce qu'on en a à faire, Simone ?
pour rebondir sur la discussion de savoir si Mungiu est pour ou contre l'avortement : à mon avis le film est remarquable parce qu'il ne prend pas parti. Il n'y a qu'un seul plan qui me paraît discutable, et qui peut poser problème : celui du foetus. Outre qu'il rompt le contrat réaliste du film (on se doute bien qu'il ne s'agit pas d'un vrai, mais d'une poupée artistement maquillée : et d'après quoi ont-ils créé ce truc, des photos ? qui sait à quoi ressemble un foetus de 4 mois et quelques ?), ce plan me paraît bien inutile dans son insistance. Alors que tout le film met l'horreur à distance, la laisse hors-champ (ainsi le viol de Gabita), là on nous l'assène en pleine face. Je me demande depuis ce que le réalisateur a voulu faire en nous montrant ça : recherche-t-il simplement l'effet choc (ce qui validerait le point de vue d'Orlof), ou veut-il nous faire prendre en horreur l'avortement (la thèse de dgeedin)… J'avoue que je trouve le reste du film admirable, mais sur c eplan-là je m'interroge.
je vous tiens au courant, mes élèves vont aller voir le film en octobre, compte-rendu de la séance à venir sur le site...
une suggestion pour le Prix de l'Educatio Nationale : pourquoi ne pas le décerner sur le modèle du Goncourt des Lycéens, en organisant des sélections dnas les classes, jusqu'à un jury nationale composé de spectateurs ? ça me paraîtrait plus démocratique et symbolique de la volonté d'éducation à l'image que ce prix décerné pa r un jury peu représentatif et trié sur le volet.
bonjour je voudrais emmener mes secondes SMS voir ce film mais j'hésite : pensez-vous qu'elles (filles ultra-majoritaires) sont trop jeunes pour ce spectacle ?
Ma classe de seconde sms va voir le film, je ne peux pas les accompagner, mais je les ai prévenues que c'était dur et mes collègues aussi, elles ont eu un air grave et sérieux, du genre OK, on est au courant, par ailleurs on va bosser sur des textes, peut-être que ça passera sur le site, qui me paraissent tout aussi durs que l'image, voire plus, et dont le thème est l'avortement clandestin...
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