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Un jour sur terre : les Tarfuffe verts

Il y a dix ou même cinq ans (soit le moment où la production a été lancée), un long-métrage animalier comme Un jour sur terre aurait sans doute été promu sous le seul angle du grand spectacle : on aurait mis l’accent sur le défi technique et humain, la beauté des images, le caractère exceptionnel des prises de vues rapportés des quatre coins du monde.
Mais depuis le succès mondial de la campagne d’Al Gore (couronnée par un récent prix Nobel de la Paix), et d'Une vérité qui dérange, le film qui l’a relayée, il est devenu difficile de chanter la nature sans consacrer un couplet aux dangers qui la menacent ; et malvenu de lancer sur les écrans un film animalier sans l’assortir du discours écolo-pédago de rigueur.
Un jour sur terre d’Alastair Fogerhill et Mark Linfield n’échappe pas à la règle : estampillé du slogan "un message d’amour pour nos enfants", le film se clôt par un cri d’alarme sur le réchauffement climatique, qui enjoint de "faire un geste pour notre planète" en… cliquant sur le site du film.
Reconnaissons-le : au-delà de ses indéniables qualités spectaculaires, il y a des choses intéressantes dans Un Jour sur terre. Le film a notamment l’intérêt de replacer les animaux dans leur milieu naturel, et de souligner combien l’équilibre des écosystèmes est fragile. Il met également fortement l’accent sur la notion fondamentale de climat. Les outils pédagogiques proposés dans l’Espace Enseignant du site officiel (pour les Primaires et les Collèges) en tirent d’ailleurs parti de manière plutôt judicieuse.
Mais en voulant jouer sur les deux tableaux du grand spectacle et de la pédagogie écologique, le film et sa campagne s’exposent au flagrant délit d’hypocrisie :
— le discours simpliste sur le réchauffement climatique, accusé de tous les maux, paraît bien commode quand il permet de faire l’impasse sur l’impact bien plus direct de certaines activités humaines sans doute moins cinégéniques : chasse à la baleine, braconnage du lynx…
— il y a une certaine contradiction à appâter le chaland en vantant la démesure des moyens mobilisés pour le tournage (extrait du dossier de presse : "La réalisation de ce film est sans commune mesure : cinq ans de tournage, 4 500 jours sur le terrain, 200 lieux différents, 21 pays, 250 jours de prises de vue aériennes et 40 équipes constituées de chefs opérateurs, de scientifiques et d'ingénieurs, pour un budget de 47 millions de dollars."), pour lui demander à la fin de modérer sa consommation énergétique (le refrain connu : baissez le chauffage, éteignez les appareils électriques) ; à violer des espaces totalement protégés (le Spitzberg) pour faire pleurer Margot sur l'égoïsme de la race humaine.
Mais le comble de la tartufferie est sans doute atteint par la campagne de promotion du film, qui s’est associée, moyennant une contrepartie financière que l’on imagine conséquente, à une entreprise bien connue pour sa contribution à l’effort écologique : le constructeur automobile Ford, pour ne pas le nommer. Celui-ci en profite pour vendre son nouveau modèle "vert" sur des images d’embryons d’animaux (dauphins, oursons…) : "Pour les générations à venir. Ford Rexifuel diminue votre empreinte carbonique."
Le "message d’amour à nos enfants" paraît donc bien brouillé… A la fin de la projection, c’est une autre image qui nous venait en tête : celles des Foyers pour mourir de Soleil Vert. Dans ce film d’anticipation de Richard Fleischer (1973), les candidats à l’euthanasie ont le rare privilège de se voir projeter des images de faune et de flore, celles d’avant la catastrophe écologique. Un jour sur terre servira peut-être au moins à ça.

[Un jour sur Terre d'Alastair Fogerhill et Mark Linfield. 2007. Durée : 1 h 30. Distribution : Gaumont. Sortie le 10 octobre 2007]

> Voir également nos articles sur le film La Planète blanche : Beautés en péril (23/03/2006), L'ours blanc, le cinéaste et le géographe (17/04/2006)

Posté dans Dans les salles par zama le 16.10.07 à 17:18

Commentaires

De oliver, posté le 17.10.07 à 11:09

merci de votre article et de cette saine réaction. ce genre de scandale ne mobilise hélas plus grand monde.
De ZOUG, posté le 17.10.07 à 12:07

c'est toujours la même chose : ce sont les entreprises les plus polluantes qui s'associent à ce genre de film, précisément parce qu'elles ont besoin de redorer leur blason, et de s'acheter une image bien verte (ou bien blance). Par contre c'est assez dégueu pour le producteur de s'associer à ça.
De Salustoni, posté le 17.10.07 à 14:45

yeees, rappelons-nous qu'Ushuaïa de sa Majesté Hulot était sponso par Rhone-Poulenc !
De saïda, posté le 17.10.07 à 17:52

Et en plus, ça devrait permettre à Rhone Poulenc de payer moins d'impôts.
La boucle est bouclée! l'argent est un produit parfaitement recyclable
De doc, posté le 18.10.07 à 10:30

putain, vous auriez du me le dire avant, comme un con je suis allé voir le film la semaine dernière, histoire de tuer le temps. De ce point de vue-la, c'est plutot efficace, meme si j'ai failli m'endormir plusieurs fois : un bon docu animalier du dimancha (le film a été produit par la BBC, non ? y a pas a tortiller, y savent y faire, ces gonzes)
De soph, posté le 18.10.07 à 17:45

je suis allé avec 2 classes cm1 cm2 interressant, les enfants sont été épatés, beaucoup de questions ressortent, de quoi les faires réfléchir et nous aussi cela ne fait pas de mal. un peu de nature ouvre l'esprit. Images de grandes qualitées bon films
De Nico, posté le 21.10.07 à 19:04

je sors de la salle de ciné; quelle déception ! certes, il y a de belles images, mais c'est nettement moins bien que la planète bleue et la planète blanche. Et le discours de la fin sur le réchauffement est vraiment navrant. On nous montre un ours en train de mourir parce qu'il s'est fait embroché par un morse, en insistant bien lourdement sur les effets du réchauffement. Encore un grand mélange et des racourcis douteux.
De DoberMan, posté le 22.10.07 à 09:42

merci pour vos différents article set pour vos liens qui permettent de sortir de l'hystérie écolo et de prendre un peu de recul. non pas qu'il ne faille pas faire un effort historique : la maison brûle, comme disait l'autre. mais l'écologie citoyenne est devenue dans l'air du temps, et on la met à toutes les sauces business. ainsi du réchauffement climatique, qui devient le bouc-émissaire de toutes les catastrophes écologiques. Les réserves naturelles d'Alaska vont être saccagées par l'exploitation ultrapolluante des bitumes pour faire du pétrole : pas besoin de réchauffement climatique. de même on nous vend maintenant le nucléaire comme une énergie propre !
On veut nous faire croire que c'est en fermant l'eau du robinet quand on se brosse les dents qu'on va faire avancer les choses, et pendant ce temps-là les (grosses) affaires continuent…
De sandra77, posté le 22.10.07 à 10:28

tant qu'a faire, si Ford, pousse par lair du temps et la pression de l'opinio, peut faire des gestes pour l'nevironnement, pourquoi s'en plaindre ? je pense que les gnens ne sont pas dupes, de toute facon, et pour l'instant le facteur environnemental est trs secondaire dans l'achat d'une voiture
De Zénon zélé, posté le 24.10.07 à 13:29

le film n'a rien d'exceptionnel non plus : c'est un docu animalier de la BBC, qui en fait d'excellents, mais bon…
De XANADU, posté le 26.10.07 à 11:46

je ne supporte plus ce bombardement de messages culpabilisants sur la planète qu'on est en train de détruire nous les petits consommateurs, alors que les vrais responsables son tailluers. ça devient vraiment anxiogène.
De Mathieu01, posté le 05.11.07 à 08:27

J'ai lu vos commentaires sur ce film et je suis lassé, navré et énervé par vos critiques... Bien sûr, il y a des imperfections, des omissions, des raccourcis dans ce film...Bien sûr, les entreprises partenaires, le marketing, les conditions du tournage peuvent être critiqués mais, tout de même, ce film est d'une grande beauté et possède des qualités pédagogiques indéniables. Utilisé avec intelligence, il peut être un bon outil de sensibilisation aux problèmes environnementaux. Ce film ne se suffit pas à lui même, certes, mais le travail de l'enseignant est justement de le mettre en perspective, de le compléter, de le critiquer aussi et, au final, d'en tirer le meilleur pour les élèves. Par ailleurs, l'argument qui veut que nous ne devons rien faire car nous ne sommes pas, individuellement, les principaux responsables des problèmes environnementaux actuels ne tient plus ! C'est trop facile !
Enfin, l'émerveillement peut être une "mise en bouche" intéressante pour entamer un travail de réflexion et d'action (oui, d'action !!) sur les problèmes environnementaux et le développement durable...
Avoir un esprit critique est une qualité indispensable à l'exercice du métier d'enseignant, nous sommes tous d'accord (et nous essayons de le transmettre à nos élèves), toutefois, il doit être utilisé avec intelligence !!
De tartempion, posté le 10.12.07 à 18:38

ça s'appelle le "green washing" et c'est parfaitement dégueulasse…

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