L'actualité educative du cinéma
Le titre sonne comme une supplique, que l’on imagine émaner d’un salarié désemparé, souffrant d’un mal dont il n’identifierait pas la cause, mais cherchant à tout prix un remède. Car dans ce documentaire, Jean-Michel Carré souligne d’emblée l’ambivalence du travail, élément central du lien social, de la reconnaissance et de la réalisation de soi, mais aussi source de souffrance, physique et psychologique.
Si le propos est proche du superbe Ils ne mouraient mais tous étaient frappés sorti l'année dernière, la forme est très différente. Alors que le documentaire de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil mettait l’accent (dans un dispositif à la Raymond Depardon) sur la parole des salariés en souffrance, celui de Jean-Michel Carré, plus dynamique et plus didactique, multiplie les interventions de "spécialistes" : sociologues, politologues, psychanalystes, avocats du droit du travail et conseillers en management se succèdent à l’image pour analyser l’évolution du monde de l’entreprise et les pathologies qu’elle induit.
Ces interviews sont entrecoupées d’archives publicitaires qui illustrent de manière très plaisante le glissement idéologique qu’a subi la notion de travail lors du demi-siècle passé.
Le propos dénonce avant tout les dérives de nouvelles formes d’organisation du travail, d’autant plus prégnantes que la concurrence entre entreprises s’exacerbe dans un contexte de mondialisation des économies et que pèse au-dessus des salariés l’épée de Damoclès du chômage. Nombre d’entre eux évoquent ainsi le stress auquel ils sont soumis ainsi que les violences qu’ils ressentent, sous des formes parfois très diverses : violence de l’intrusion dans la vie privée, ressentie par les cadres auxquels sont "offerts" ordinateurs et téléphones portables ; violence de l’obligation d’adhérer aux valeurs et objectifs de l’entreprise ; violence de la mise au placard où le travail est alors refusé au salarié ; mais aussi violence de l’individualisation de plus en plus grande des relations sociales, telle la mise en concurrence des salariés, ou le développement des systèmes d’autoévaluation qui participent de l’acceptation par le salarié des sanctions qu’il va connaître.
En Sciences Economiques et Sociales, le film peut être utilisé en classe de Seconde (chapitre "L'organisation du travail et les relations sociales dans les unités de production"), afin d’étudier l’évolution des conditions de travail. En classe de Terminale (chapitres "Organisation du travail et croissance" ou "cohésion sociale et instances d’intégration"), il peut être l’occasion de s’interroger sur le rôle intégrateur du travail dans nos sociétés et d’étudier en quoi ce rôle a été affecté par les mutations de l’organisation du travail.
Il nécessitera un accompagnement pédagogique, car si le documentaire est riche sur les conséquences des nouvelles formes d’organisation du travail sur la souffrance des salariés, il évoque certainement trop rapidement en quoi elles consistent et se démarquent ou non des organisations précédentes comme le taylorisme ou le fordisme. Mieux situer les nouvelles techniques de management dans le contexte économique dans lequel elles se sont développées et se développent aujourd’hui encore offrira alors aux élèves des clés supplémentaires d’analyse.
Le film peut également donner lieu à une réflexion en classe de Philosophie, et l'on pourra s'appuyer sur ce numéro de Magphilo consacré à la notion de travail.
[J'ai très mal au travail de Jean-Michel Carré. 2006. Durée : 1 h 30. Distribution : Les Acacias. Sortie le 31 octobre 2007]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 31.10.07 à 10:30
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