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Paysages manufacturés : natures mortes

Paysages manufacturés commence par un véritable coup de force cinématographique : un long, très long travelling, à la fois par sa durée (plusieurs minutes qui semblent une éternité) et l’espace parcouru, celui d’une usine chinoise d’assemblage de matériels électriques.
Ce travelling définit tout l’enjeu du travail du photographe Edward Burtynsky, et du film de Jennifer Baichwal qui lui est consacré, à l’intersection des arts plastiques et de la géographie : comment des images (fixes ou animées) en deux dimensions peuvent-elle rendre compte des espaces réels ? Edward Burtynsky répond par l’utilisation du grand format et la photographie à la chambre (qui permettent de restituer un grand nombre de détails), mais aussi par la théâtralité de ses cadrages, qui essayent de faire percevoir au spectateur le choc des échelles (ce qui est parfois impossible, comme dans le cas du chantier littéralement incommensurable du Barrage des Trois Gorges).
On pense à un autre photographe comme Andreas Gursky, mais avec une dimension supplémentaire : le regard que pose Burtynsky sur les espaces n’est jamais abstrait ou purement plastique. Il s’accompagne toujours d’une réflexion sur la transformation des paysages par l’homme, et sur la place qu’ensuite celui-ci peut y occuper.
Burtynsky c’est un peu l’anti-Yann Arthus Bertrand : non pas la terre vue du ciel mais vue du sol, à hauteur d’homme ; non pas le spectacle sublime de la nature intacte (assorti du discours rituel sur sa préservation) mais celui, aussi terrible que magnifique, des blessures que lui fait subir l’homme. D’une usine ultra-moderne à un chantier naval aux conditions archaïques, d’une carrière éventrée à une montagne de déchets informatiques, de pleins en vides et de tas en trous, il s’intéresse à des paysages que l’on aurait envie de dire « lunaires » même s’ils sont terriblement terriens, ou « inhumains » même s’ils ne portent que le reflet de nos modes de vie.
Par la seule force des images (et les quelques phrases prononcées par le photographe), le film de Jennifer Baichwal pose une foule de questions : sur la notion de paysage, sur la définition du beau (et du sublime), sur les idées de "progrès" et de "croissance" et leur terrible envers. Alors que l’heure est aux grands discours hypocrites sur l’écologie (cf notre article sur Les Tartuffe verts) et aux injonctions bêtifiantes (éteignez vos lumières, fermez les robinets…), Paysages manufacturés fait appel à l’intelligence du spectateur, lui laissant tirer seul les conséquences de ce qu’il voit. On ne saurait trop le recommander aux enseignants, le film ouvrant de nombreuses portes sur la Géographie (les conséquences de la mondialisation), les Arts Plastiques et la Philosophie. Ils pourront s'appuyer sur deux excellents articles consacrés au film :
— le compte-rendu de Gilles Fumey pour les Cafés Géographiques
— L'article d'Anne Henriot pour les Actualités pour la Classe du CNDP
[Paysages manufacturés de Jennifer Baichwal. 2007. Durée : 1 h 26. Distribution : ED Distribution. Sortie le 28 novembre 2007]
Posté dans Dans les salles par zama le 29.11.08 à 17:22
Commentaires
De Ratatine, posté le 11.12.07 à 22:15
le travail de Burtinsky est fort intéressant. Mais faire passer ça pour une démarche écologique est assez surprenant. Il y a dans ses photos une attirance esthétique, une jouissance plastique par rapport à ces "paysages manufacturés", une fascination pour les désastres de la modernité si l'on veut. C'est comme Salgado qui photographie en noir et blanc les mineurs de la mine d'or de je ne sais plus où (mais les photos sont archi-connues) : on peut se demander où s'arrête la dénonciation et où commence l'esthétisme. en ce sens on peut se moquer de YAB, mais il est sincère et cohérent.
le travail de Burtinsky est fort intéressant. Mais faire passer ça pour une démarche écologique est assez surprenant. Il y a dans ses photos une attirance esthétique, une jouissance plastique par rapport à ces "paysages manufacturés", une fascination pour les désastres de la modernité si l'on veut. C'est comme Salgado qui photographie en noir et blanc les mineurs de la mine d'or de je ne sais plus où (mais les photos sont archi-connues) : on peut se demander où s'arrête la dénonciation et où commence l'esthétisme. en ce sens on peut se moquer de YAB, mais il est sincère et cohérent.
De Thélème, posté le 17.12.07 à 12:05
A Ratatine :
pour Salgado, il s'agit d'une série La mine d'or de Serra Pelada. L'essayiste américaine Susan Sontag avait publié un article sur "L'inauthenticité du beau chez Salgado", c'est peut-être ça dont vous
A Ratatine :
pour Salgado, il s'agit d'une série La mine d'or de Serra Pelada. L'essayiste américaine Susan Sontag avait publié un article sur "L'inauthenticité du beau chez Salgado", c'est peut-être ça dont vous
De Beaune, posté le 20.02.08 à 01:05
Très beau documentaire et intéressant. Saisir le travail du photographe et y plonger dedans grace à la caméra est une démarche intéréssante. Beaucoup plus intéressant à mon gôut que le film d'Al Gore qui se voulait pédagogique et faussement salvateur. Ici, l'étendue des dégâts nous est montré et de véritabbles questions sont posés sur la culpabilité du consommateur lambda et de son confort, sur l'idée de beau, la place de l'homme dans une société qui l'engloutit...
Plus pertinant et utile pour réagir que les dix choses à faire pour sauver la planète (en générique de fin du film d'Al Gore avec une musique bien pompeuse) éteindre la télé et pas la mettre sur veille, rouler à vélo quand on peut, éteindre toutes les lumières des pièces qu'on occupe pas...
Ce film a l'intérêt d'être une production indépendante et non le fruit d'un mécenat offert par un grand groupe pétrolier qui cherche à se refaire une image.
Pour conclure, la seule réponse est la suivante "viva la revolution"
Très beau documentaire et intéressant. Saisir le travail du photographe et y plonger dedans grace à la caméra est une démarche intéréssante. Beaucoup plus intéressant à mon gôut que le film d'Al Gore qui se voulait pédagogique et faussement salvateur. Ici, l'étendue des dégâts nous est montré et de véritabbles questions sont posés sur la culpabilité du consommateur lambda et de son confort, sur l'idée de beau, la place de l'homme dans une société qui l'engloutit...
Plus pertinant et utile pour réagir que les dix choses à faire pour sauver la planète (en générique de fin du film d'Al Gore avec une musique bien pompeuse) éteindre la télé et pas la mettre sur veille, rouler à vélo quand on peut, éteindre toutes les lumières des pièces qu'on occupe pas...
Ce film a l'intérêt d'être une production indépendante et non le fruit d'un mécenat offert par un grand groupe pétrolier qui cherche à se refaire une image.
Pour conclure, la seule réponse est la suivante "viva la revolution"
De Kill Kenny, posté le 20.02.08 à 11:34
tout à fait d'accord avec toi Beaune, même si je n'ai pas vu le film (j'ai vu le Al gore par contre). Mais ta conclusion me semble un peu… abrupte !
tout à fait d'accord avec toi Beaune, même si je n'ai pas vu le film (j'ai vu le Al gore par contre). Mais ta conclusion me semble un peu… abrupte !
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