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La Onzième heure : pédagogie de l'effroi

C’est un film que vous ne verrez pas dans les salles : présenté en grande pompe lors du dernier Festival de Cannes, puis lors de quelques séances spéciales (notamment devant l’Assemblée nationale), longtemps annoncé pour une sortie en janvier, La Onzième heure a fini par disparaître des programmes de cinéma. Mais c’était pour mieux réapparaître… en VOD (vidéo à la demande), puisque le film sera proposé en exclusivité sur les sites d’Orange et de la FNAC.
Volonté d’un grand acteur du secteur (Warner Bros) de tester un nouveau mode de diffusion ? Peur d’un accueil critique trop tiède ? Ambitions révisées à la baisse devant le faible potentiel commercial du film ? Le distributeur invoque plutôt le "mode de distribution le plus en adéquation avec les aspirations écologiques du film" : à l’économie d’énergie réalisée par la dématérialisation totale du support de diffusion (adieu bobines argentiques ou galettes DVD) s’ajoutent celles réalisée sur les litres d’essence qui auraient permis aux spectateurs potentiels de se rendre dans les salles. Dans le monde de l’urgence écologique, il n’y a pas de petites économies (d’énergie).
La Onzième heure s’appréciera donc chez soi bien au chaud, ce qui permettra de jouir (Suave mari magno…) du contraste avec les visions apocalyptiques que présente le film : dans la catégorie en pleine expansion des films "écolos" (on annonce les projets de Nicolas Hulot et Yann-Arthus Bertrand) peu en effet ont été aussi loin dans la pédagogie de l’effroi. Incendies, tornades, inondations, un choix de stock-shots (dont la bande annonce offre un aperçu) toutes plus effrayantes les unes que les autres illustre le discours alarmiste décliné par une bonne trentaine d’intervenants : pour résumer, il est urgent d’agir pour éviter l’irrémédiable cataclysme écologique dans lequel nous a jeté l’ère industrielle.
Le film a l’intérêt de déplacer la perspective par rapport au discours lénifiant sur la "préservation de la nature" : le problème n’est pas tant le mal que l’homme inflige à "la Terre", que l’enfer climatique qu’il prépare à ses descendants. Autrement dit, si notre maison brûle, nous sommes sûrs de périr dans l'incendie. Mais si le message est tout aussi indiscutable que chez Al Gore, le film souffre de la comparaison avec Une Vérité qui dérange : la multiplication des intervenants morcèle les prises de parole, la densité de certaines interventions en rend parfois la compréhension difficile (surtout en VO) ; surtout, l’absence d’une progression claire dans le propos donne au spectateur sonné la désagréable impression d’avoir été victime de bourrage de crâne.
La Onzième heure apparaît ainsi paradoxalement moins intéressant pour ses qualités que pour ses défauts : à une utilisation "au premier degré" dans le cadre de l’Education au Développement Durable, on pourra privilégier une étude plus critique, en séparant bien le message du film de procédés rhétoriques parfois grossiers. Si tant est qu'être un citoyen éco-responsable n'empêche pas d'être un spectateur critique.

[La Onzième heure de Nadia Conners et Leila Conners Petersen. 2007. Durée : 1 h 31. Distribution : Warner Bros France. Exclusivement en VOD]

Posté dans Dans les salles par zama le 08.04.08 à 18:20

Commentaires

De Lulu Berlu, posté le 09.04.08 à 09:23

mode de diffusion le plus écologique : laissez-moi rire. L'écologie, mise à toutes les sauces, a parfois bon dos. Warner va-t-il renoncer à sortir les films dans les salles ? Je pense que c'est juste (comme votre article le suggère, et d'autres sont plus explicites, pointant les mauvais résultats du film outre-atlantique) un enterrement de première classe pour ce film.
De tartuf, posté le 09.04.08 à 12:52

t'as raison, warner, on soutient à fond l'initiative. Mais allons encore + loin : les bonnes vieilles veillées d'antan, où chacun racontait son histoire à la lueur d'une bougie, n'est-ce pas encore plus écolo ???
De retiaire, posté le 10.04.08 à 10:49

ça tombe comme de juste avec la finalisation de l'accord entre Warner et ses filiales (dont la chaîne HBO et ses séries) et Orange, qui se positionne comme fournisseur de contenus en concurrence directe avec le groupe canal (ils ont acheté également des droits foot).
De Mayas, posté le 14.04.08 à 17:27

Si seulement Warner avait la même idée pour les 3/4 de leur films qui polluent les salles chaque semaine !
De verna, posté le 16.04.08 à 11:20

pourquoi pas ? J'avoue que j'étais assez peu motivé à voir ce film en salles. Mais j'y jetterai peut-être un coup d'œil en VOD, avec la famille et les potes (petite soirée "développement durable"). Il ne faut pas forcément voir ce genre d'initiatives avec un œil négatif : c'est en impliquant les forces du capitalisme qu'on peut faire changer les choses, et pas en considérant tout ce qui est marchand comme nécessairement diabolique !
De nathalie, posté le 04.05.08 à 13:32

Discours aarmiste certes, surtout lorqu'on veux cacher la vérité au pauvres français attachés à leur petit CONFORT
De Goulven, posté le 09.03.09 à 18:20

Il est vrai que le film présente des événements alarmistes. Mais les interventions et la réflexion que peuvent apporter les différents intervenant vous permette de mieux aborder votre sensibilité à l'égard des énergies fossiles. (voir à partir de la 12min).

Ce film propose une autre vision du monde que la TV à pour habitude de nous montrer. A vous d'être à l'écoute des éléments importants dans ce film qui vous permettra peut être de vous rendre autonome et auto-critique sur notre société.

Bon film

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