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Générique, le début et la fin
Il faut sauver le générique de fin ! Lancé au Québec, nous rapporte le Monde, par des associations de professionnels du cinéma exaspérées par le rabotage systématique infligé aux films lors de leur diffusion télévisuelle, le mot d’ordre est porté en France par le critique Alexandre Tylski, directeur de la revue Cadrage et auteur d’un site sur le… générique de film (dont nous avons dit beaucoup de bien ici).
Dans une tribune publiée par L’Humanité ("Quand le petit écran pulvérise le nom des hommes"), il évoque à la fois "la propagande silencieuse visant à réaffirmer la toute-puissance de l’industrie télévisuelle sur les oeuvres de cinéma", "la tyrannie (parfois ouvertement concentrationnaire) des chiffres, actions et pourcentages, des logotypes et des marques - au détriment de la vie propre de noms humains" mais aussi, sur un mode plus poétique, les larmes de son enfance qui "pouvaient sécher discrètement dans l’obscurité brillante des génériques".
On ne peut nier que la compression des films à la marge est un symptôme de la banalisation télévisuelle du cinéma, on peut soutenir que les techniciens méritent de voir leur travail reconnu. Mais à part les principaux concernés, peu risquent de monter au créneau pour défendre le générique de fin, et la tribune drôle et excessive d’Alexandre Tylski tient surtout du (sympathique) coup d’auto-promo : après tout la suppression obsessionnelle des temps morts ou inutiles, l’optimisation du "temps de cerveau humain disponible" ne sont que la contrepartie d’une télévision financée par la publicité ; et en matière d’atteinte à l’intégrité des œuvres, la télévision a fait bien pire, depuis le recadrage sauvage (le fameux procédé du pan & scan) jusqu’à l’imposition permanente de logos dans un coin de l’écran, en passant bien sûr par la coupure publicitaire.
Il est en tout cas assez symptomatique de noter que l’article de Macha Séry laisse planer une certaine confusion sur son objet, en parlant indifférement du générique de début et de celui de fin : or si le générique d’ouverture est devenu un genre à part entière, donnant lieu à des créations mémorables (les génériques de Saul Bass, Maurice Binder…), celui de clôture apparaît comme un parent pauvre, victime de sa vocation utilitaire et de sa position d’appendice. A quelques fioritures près (les génériques parlés de Guitry ou Welles, celui de Seven qui défile à l’envers), il se limite au lent défilé de centaines de noms sur fond noir et musique. On notera une exception, celle du cinéma comique, qui fait prévaloir le principe d’accumulation (des gags) sur la clôture narrative : le générique final est parfois l’occasion d’insérer des bonus humoristiques, bêtisier ou scène(s) coupée(s), blagues dans les crédits, etc.
On remarquera d’ailleurs, qu’en cinéma comme en littérature (le grand texte théorique sur le paratexte littéraire s’appelle… Seuils), on s’est toujours intéressé à la promesse, à l’invite, au désir, et plus rarement à l’état de satisfaction ou d’insatisfaction, de rêverie ou d’éveil qui suit la rencontre avec l’œuvre. Post coïtum, animal triste ?
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 14.04.08 à 17:37
Commentaires
Je trouve ça sympathique ce genre de combats d’arrière-garde, forcément inactuels. Allez M. Tylski ! Que comptez-vous faire pour obtenir le retour des speakerines ou des délicieuses « interludes » ?
Oui, le pan & scan est un massacre, le passage en 16/9 va d’ailleurs permettre de mieux respecteur les formats d’images. Il y a aussi la colorisation des films en noir et blanc, la quasi-disparition (même sur Arte) des films en VO, j’en passe et des meilleurs.
Clémenceau a dit : "Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier." Le meilleur moment au cinéma, c'est quand on achète sa place ?
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