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La Journée de la Jupe : Dirty Adjani

L’heure serait-elle au retour de bâton ? Avec Gran Torino, Clint Eastwood s’est offert récemment le plus grand succès de sa carrière en ressortant de la naphtaline le personnage réac, raciste et violent qui l’avait lancé au début des années soixante-dix. Dans La Journée de la jupe, Isabelle Adjani fait un come-back remarqué en incarnant une prof de français certes, mais version dirty : elle enseigne Molière un flingue à la main, distribue coups de boule et invectives…
Le parallèle n'est pas fortuit : comme le rappelle le critique Jean-Baptiste Thoret, les "films d'auto-défense" (la série des Harry, celles des Justicier dans la ville) s'inscrivirent en réaction à la libération des années 60 et à l'émergence de la contre-culture. Le succès de ces personnages de justiciers solitaires vint de ce qu'ils incarnaient la révolte de la majorité silencieuse contre une "ambiance permissive et laxiste". Harry Callaghan était en lutte contre les malfrats mais aussi et surtout "contre le système judiciaire : bureaucratie, inefficacité, oubli des victimes…".
Au moins autant qu'aux deux-trois caïds qui terrorisent sa classe, c'est à l'institution scolaire qu'Adjani/Sonia s'attaque pour la sauver (comme Harry transgressait la loi pour faire respecter l'ordre) : administration démissionnaire (le proviseur qui lui conseille de ne pas venir faire cours en jupe), collègues démagogues (le prof d'Histoire qui a toujours un Coran dans son sac), parents aveugles (la mère du caïd qui le prend pour un bon garçon)… On ne peut pas ne pas rapporter le succès d'audience du film (qui a été diffusé sur Arte avant de sortir en salles) de Jean-Paul Lilienfeld au "phénomène Entre les murs" (le film de Laurent Cantet sort cette semaine en DVD), qui a soulevé autant d'enthousiasmes que d'aigreurs dans les milieux éducatifs. Les commentateurs n'ont d'ailleurs pas manqué de saluer dans la noirceur du film de J.P. Lilienfeld un contrepoint à la vision, ressentie comme angélique, de la Palme d'Or : La Journée de la jupe est en phase avec le pessimisme dominant, qui voit la jeunesse comme une menace et non plus comme une promesse, et l'école en ruine plutôt qu'en chantier.
Mais il serait trop simple d'opposer frontalement les deux films et leurs personnages, par exemple sur la foi d'une réplique emblématique ("Je n'ai pas à répondre à cette question." oppose l'enseignante à un élève lui demandant si elle est juive, quand François Marin acceptait de révéler son orientation sexuelle). Chacun porte en effet en lui-même sa propre contradiction : François Marin doutait devant les objections d'un collègue (l'accusant "d'acheter la paix sociale") ou les ratés de sa pédagogie. La Journée de la jupe montre l'impasse tragique d'une violence d'abord vécue comme libératoire car elle s'attaque aux bourreaux ordinaires.
Il serait également réducteur de faire de La Journée de la jupe un film réactionnaire : il s'inscrit dans un débat qui a fracturé la gauche elle-même, notamment au moment des polémiques sur le voile islamique. Le titre du film est d'ailleurs emblématique de la complexité de ces questions : à la revendication de la prof en surchauffe (instaurer une "journée de la jupe" annuelle dans les établissements scolaires), la ministre de l'intérieur — en pantalon — oppose le long combat qui a permis aux femmes de s'habiller comme les hommes. La jupe est-elle ainsi un symbole de la liberté des femmes ou un stigmate de la domination masculine (cf les analyses de Bourdieu) ? Si La Journée de la jupe se termine dans l'outrance, elle aura eu le mérite de poser frontalement, et à une heure de grande écoute, ce genre de questionnements…
[La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld. 2008. Durée : 1 h 28. Distribution : Rezo Films. Sortie le 25 mars 2009]
Posté dans Dans les salles par zama le 30.03.09 à 22:37
Commentaires
dix, vingt, trente ans après, Adjani nous refait son numéro d'hystérique, avec talent certes mais elle ne sait faire que ça. Pour le reste ça ne vole pas très haut, le jeu de massacre est plaisant mais assez facile. C'est peut-être cette image-là que les gens ont envie d'avoir de l'école (violence, trafic, viols collectifs), ça les inquiète et les rassure dans leurs stéréotypes, mais moi je préférais largement les nuances et les doutes d'Entre les murs.
Adjani s'indigne de ne pas avoir accès aux salles au point de prendre son telephone et appeler les salles pour leur demander de programmer le film. Mais que penser alors de la programmation de Katyn à l'affiche dans 11 salles dont 3 à Paris. Wajda a-t-il appelé les salles de circuit? faut-il mettre en place un n° vert pour sauver les films en manque de visibilité?
je ne sais pas pourquoi on a fait un tel foin autour d'un TELEFILM (ça n'est rien d'autre que ça) aussi caricatural (c'est efficace la caricature mais ça ne fait pas du cinéma) à la fois dans sa présentation des élèves (le noir : un violeur armé, les petites maghrébines : forcément victimes) et des profs (le proviseur forcément démissionnaire) et dans la voie pédagogique qu'il semble préconiser (donc l'essentiel serait de savoir que Molière s'appelait en fait JB Poquelin ?! La belle affaire).
pas un film réactionnaire sans doute, mais un film dont s'emparent des réactionnaires, les mêmes qui avaient craché sur Entre les murs, pour abonder leur moulin décliniste et prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes (faire apprendre par cœur que Molière s'appelait Jean-Baptiste Poquelin), même s'ils n'osent encore prôner les châtiments corporels.
C'est une daube fasciste et raciste sans nom une honte.
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