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Let's make money : la couleur de l'argent

Le documentaire sur la mondialisation est-il devenu un genre en soi ? Le même jour que Katanga Business de Thierry Michel sort Let’s make money, le nouveau film de l’Autrichien Erwin Wagenhofer.
En 2007, le réalisateur autrichien nous alertait avec We feed the world (auquel nous avions consacré un site pédagogique) sur les dérives économiques, humaines et environnementales d’un "marché mondial de la faim" qui allait aboutir à la crise alimentaire planétaire. Aujourd’hui, Let’s make money se penche sur le "travail de l’argent", à savoir sur le fait que l’argent puisse rapporter hors de tout travail humain ou mécanique ; le film démonte ainsi les rouages d’un système qui a abouti à la crise économique et financière actuelle.
L’enquête menée par Wagenhofer se situe immédiatement sur une échelle mondiale : dès les premières images du film, il apparaît que l’or péniblement extrait au Ghana par des travailleurs misérables est envoyé en Suisse où il est stocké sous forme de lingots parfaitement polis – et rapportera pour 97% aux Occidentaux, pour 3% aux Africains… Tout le documentaire suit les ramifications d’une mondialisation financière qui touche l’ensemble de la planète via fonds de pensions, investissements internationaux, au moyen d’acteurs comme les chefs d’entreprise, les investisseurs, ou encore les gouverneurs de paradis fiscaux ; les contrastes Nord/Sud, les phénomènes transnationaux, le rôle des firmes multi-nationals (FMN) sont ainsi visibles.
Certains faits analysés par Let’s make money sont moins connus du grand public – comme les liens entre la City de Londres et l’île de Jersey, juridiction secrète qui permet à nombre de sociétés de ne pas payer d’impôts tout en disposant de l’intégralité de leur argent à Londres ; ou le fait qu’il existe, entre autres sur la Costa del Sol espagnole, des investissements immobiliers qui tournent littéralement à vide, n’ayant pour but que de faire fructifier de l’argent et non de loger des personnes ; ou, surtout, le rôle d'individus surnommés les "chacals" dont le plus connu, John Perkins, raconte à l’écran la fonction comme il l’a fait dans son livre : ces véritables "assassins financiers" sont envoyés par des grandes entreprises occidentales (cautionnées par leur gouvernement) dans des pays du Sud, qu’ils encouragent à s’endetter auprès du FMI ou de la Banque mondiale afin que, en rupture de paiement, ceux-ci deviennent ensuite dépendants des investisseurs occidentaux – et doivent leur céder leurs matières premières, ou bien se soumettre à leurs exigences diplomatiques… Enfin, fait intéressant, le documentaire d’Erwin Wagenhofer retrace les étapes de cette mondialisation ultralibérale en rappelant le rôle de la Conférence du Mont Pèlerin de 1947 , qui a inspiré le Consensus de Washington des années 1970 ainsi que le néolibéralisme impulsé par Margaret Thatcher et Ronald Reagan dans les années 1980.
Les élèves de Terminale générale trouveront donc des images et des témoignages concrets sur un système complexe et dont il leur faut connaître les principaux ressorts. Toutefois le propos est tellement virulent contre les profiteurs de la mondialisation financière qu’il en vient parfois à flirter avec la théorie du complot. Procédant hélas à quelques fâcheuses simplifications (sur les relations entre investisseurs et lieux d’investissement par exemple), Let's make money privilégie le sensationnel (ainsi les déclarations cyniques de quelques entrepreneurs sans âme : "Le meilleur moment pour acheter, c’est lorsque le sang se répand dans les rues. Même si c’est le vôtre.") à une analyse approfondie de la complexité de la situation (à la différence de Katanga Business). Bien que divisé en chapitres qui veulent guider le raisonnement, le film se perd dans les méandres des flux financiers dont on ne comprend pas toujours la logique. Il ne faut pas chercher à y trouver une compréhension globale de la mondialisation financière, mais plutôt quelques éclairages latéraux.
[Let's make money d'Erwin Wagenhofer. 2008. Durée : 1 h 47. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 15 avril 2009]
Posté dans Dans les salles par marion le 15.04.09 à 19:21
Commentaires
Bonjour,
de même je passe par les commentaires pour vous demander votre contact...
Une collaboration à vous proposer qui vous intéressera sûrement quand je vois vos partenaires.
Merci pour votre réponse..
Cordialement
Mignot Aurélia
Euh...et si on parlait des films??! Très contente de voir que votre double avis (Let's make...+ Katanga...) rejoint parfaitement celui du Monde, qui ne valorise pas tant le 1er que le 2e film - moins gros budget, moins de tape à l'oeil, mais nettement plus réussi et intelligible.
Je viens de voir le film et je suis d'accord avec votre critique
à bien y regarder, We feed the world (revu l'autre jour à la télé) était loin d'être un chef d'œuvre : goût des images chocs vues et revues (les scènes dans le "poulailler", je n'ai pas d'autre mot, ah si l'usine de poulet), montage un peu tendancieux (l'interview du PDG de Nestlé joue beaucoup sur le montage pour accumuler les phrases chocs), raccourcis qui ne font pas vraiment avancer le schmillblick (est-ce que le gaspillage de pain par les viennois est en corrélation avec la famine des paysans brésiliens ?).
Bonjour, je suis en terminale ES , est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer plus endétails en quoi consistent les trust et les offshore?
Merci.
hé bien moi, j'ai adoré ce film clair, original, percutant; le meilleur docu à ce jour sur la mondialisation, avec des scènes complètement inédites : Le mont Pélerin filmé, John Perkins se confessant..).
Du grand cinéma !
ce ne sont pas des éclairages latéraux de la mondialisation, ce sont les éclairages CENTRAUX que nous livrent ce film !
arretez d'etre partial: avec l'offshore traité par des insiders, ce film est un évènement !
POUR ESTELLE:
un trust offshore est une société-écran où des prete-noms gèrent ou plutot font semblant de gèrer pour le propriétaire voulant rester anonyme, la société. C'est de la dissimulation d'activité.
Offshore signifie "dans un paradis fiscal" ici dans la finance, sinon, littéralement, "hors rivage".
voyez le site "paradisfj.info", et toutes ces choses deviendront beaucoup plus claires..
Je viens de voir le film et le sujet est vaste. Je pense qu'il est difficile de condenser en un format de film un sujet aussi dense. Ce qui explique à mon avis que l'auteur n'ait pas mentionné le role des banks centrales, au coeur du system.
En tout cas, chapeau pour l'auteur qui a pu approcher et faire parler des gens aussi haut placés que le financier de Singapour ou bien le tueur du FMI ou encore le premier ministre de Jersey.
Le film ne cherche pas tant à expliquer les méandres compliqués des circuits financiers, qu'à démontrer les conséquences de ce hold-up géant sur l'économie réelle par la finance internationale. Non, la mondialisation n'a pas profité à tout le monde, y compris dans les pays du Nord, meme si l'auteur en montre les effets délétères surtout dans les pays du Sud. Non, il n'y a rien de caricatural, les financiers le pensent réellement, rien de tel que la guerre pour faire des affaires (cf ce qui se passe en Iraq). Le financier de Singapour a raison mais il ment sur un point cependant : si son propre sang venait à etre en danger, il serait le premier à fuir ! Et oui, il faut supprimer les paradis fiscaux, veritables trous noirs qui aspirent les moyens financiers qui font cruellement défaut ensuite aux Etats pour assurer leurs missions éducatives, sanitaires, régaliennes.
je vais paraphraser un peu puis je commenterais:
"Procédant hélas à quelques fâcheuses simplifications, Let's make money privilégie le sensationnel à une analyse approfondie de la complexité de la situation" marion le 15.04.09 à 19:21
"Le film ne cherche pas tant à expliquer les méandres compliqués des circuits financiers, qu'à démontrer les conséquences de ce hold-up géant sur l'économie réelle par la finance internationale" De Vinnie, posté le 11.06.09 à 14:03
"Non, la mondialisation n'a pas profité à tout le monde, y compris dans les pays du Nord, meme si l'auteur en montre les effets délétères surtout dans les pays du Sud." De Vinnie, posté le 11.06.09 à 14:03
"ainsi les déclarations cyniques de quelques entrepreneurs sans âme : "Le meilleur moment pour acheter, c’est lorsque le sang se répand dans les rues. Même si c’est le vôtre." marion le 15.04.09 à 19:21
"Non, il n'y a rien de caricatural, les financiers le pensent réellement, rien de tel que la guerre pour faire des affaires (cf ce qui se passe en Iraq)" De Vinnie, posté le 11.06.09 à 14:03
"Le financier de Singapour a raison mais il ment sur un point cependant : si son propre sang venait à etre en danger, il serait le premier à fuir !" De Vinnie, posté le 11.06.09 à 14:03
"Et oui, il faut supprimer les paradis fiscaux, veritables trous noirs qui aspirent les moyens financiers qui font cruellement défaut ensuite aux Etats pour assurer leurs missions éducatives, sanitaires, régaliennes." De Vinnie, posté le 11.06.09 à 14:03
Voilà, déjà je trouve ca plus clair....
tout ça finira mal !
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