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Les Beaux gosses : bienvenue dans l'âge ingrat
L'antiphrase du titre suffira à résumer le film : Hervé et Kamel, les deux "beaux gosses" en question, incarnent précisément ce qu'on appelle parfois, de manière joliment désuète, l'âge ingrat. Interrogations indentitaires, tâtonnements vestimentaires, obsession sexuelle, ils ne laisseront personne dire qu'il s'agit du plus bel âge de la vie…
Premier vrai éclat de rire de ce Festival (traditionnellement peu versé dans la comédie), ces Beaux gosses réussissent là où tant de productions françaises se sont cassées les dents : donner un pendant français crédible au genre très américain de la teenage comedy, catégorie qui regroupe gros succès mainstream (American Pie) et des réussites "indé" du type Supergrave (devant lesquelles la critique française aime se prosterner).
Si Les Beaux gosses y parvient, c'est qu'il renonce à plaire à tous les publics, lorgnant clairement les jeunes adultes qui ont fait le succès des BD de Riad Sattouf. On doute d'ailleurs le film séduise les spectateurs de l'âge de ses personnages, sans doute horrifiés de se voir en ce miroir peu flatteur. Le genre de péripéties peu glorieuses que raconte le film ne prend sa saveur qu'à une certaine distance ironique (pour certains teintée de nostalgie). En revanche les enseignants (gentiment caricaturés au passage, un peu à la manière de P.R.O.F.S. de Patrick Schulmann) s'en paieront sans doute une bonne tranche : la scène qui épingle la sensiblerie des adolescentes (toutes en pleurs parce que "le grand-père de Loïc est mort") est par exemple d'une réjouissante justesse.
La vraie bonne surprise est que Riad Sattouf arrive à traduire en langage cinématographique son talent de vignettiste (qui s'exprimait dans la planche heddomadaire de Charlie Hebdo, parue depuis en recueil, La Vie secrète des jeunes) : cette suite de saynettes reliées par une intrigue assez lâche (un classique du genre : Hervé et Kamel vont-ils réussir à passer "à l'acte") pourrait être assez lassante s'il n'y avait ce sens du cadre et du rythme inhérent à l'art de la comédie. Mais le film tient surtout sur le travail réalisé par Riad Sattouf avec ses acteurs, à bonne distance entre le trait acéré de la caricature (les "tronches" du dessinateur sont souvent difformes) et une certaine épaisseur humaine. Au premier abord cruel, Les Beaux gosses n'oublie pas d'être tendre, se révélant finalement bon prince avec ses personnages : l'âge ingrat, on finit toujours par en sortir.
Les Beaux gosses de Riad Sattouf, France, 2009, Quinzaine des Réalisateurs
Posté dans Cannes 2009 par zama le 19.05.09 à 18:52
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