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Les Herbes folles / L'Imaginarium du Docteur Parnassus
Si tout oppose les films d'Alain Resnais et de Terry Gilliam (compétition, hors-compétitition ; l'art du dialogue, la puissance des images ; l'empreinte réaliste, la dimension fantastique hoffmanienne), le rôle que tous deux réservent aux pouvoirs de l'imagination est central.
D'une part, avec Les Herbes folles, Alain Resnais affiche à nouveau une fantaisie qui s'exprime avant tout à travers une trame décousue autour d'un sac "en-volé" qui fait advenir l'évidence d'un désir, sans aucune motivation : le sens n'est pas à chercher ; mais les dialogues font eux-aussi triompher l'épanorthose (jusque dans la voix-off du narrateur Baer), ces corrections incessantes qui en s'accumulant égarent le spectateur à force de précisions. Le film se révèle un pied de nez à la mort qui se dissimule chez le personnage de Dussolier entre Alzheimer et schizophrénie, ou encore à travers un plan à la fin sur des rochers qui dessinent d'inquiétantes silhouettes quasi lynchiennes. De fait, la pirouette finale : "Dis maman, quand je serais un chat, je pourrais manger des croquettes ?" rappelle dans le meilleur des cas un Picasso déclarant avoir mis toute sa vie à apprendre à peindre comme un enfant. A l'inverse, on peut légitimement se demander si le maître Resnais ne se livre pas ici à un condensé caricatural et confus de ce qui fait son style. Le non-sens n'est pas toujours gage de génie.
L'intrigue de L'Imaginarium du Docteur Parnassus, si elle se construit en abîme (Le Londres contemporain, le Parnassus immortel, le monde de l'Imaginarium), est plus aisée à suivre. Certains ont pu lui reprocher une visée édifiante, nous constaterons avec humilité avoir ri cent fois plus avec Gilliam qu'avec Resnais. L'imaginarium… "casse" avec justesse le langage politiquement correct : par la bouche d'un nain qui reprend le rôle si truculent du bouffon shakespearien (et qui n'est pas sans rappeler le meilleur humour des Farelly), par un diable somme toute sympathique, et enfin par un personnage d'escroc cynique —Heath Ledger et ses remplaçants— qui se sert des enfants pour récolter des fonds (on est même tenté de lire ici au-delà d'une satire des stars "engagées", une critique d'un cinéma qui fait son miel de la misère des enfants)… C'est baroque, foisonnant, étrange, à la fois onirique et cauchemardesque, avec des rappels aussi bien aux contes de fées qu'à La quatrième dimension (bouches qui disparaissent, silhouette d'un homme qui danse sur l'eau apparaissant à la faveur de la lune).
Les Herbes folles d'Alain Resnais, France 2008, Sélection officielle
L'Imaginarium du docteur Parnassus de Terry Gilliam, Etats-Unis 2009, Sélection officielle (Hors-compétition)
Posté par comtessa le 23.05.09 à 15:23

