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Le Secret de Chanda : le silence tue

Le Secret de Chanda

Pr?sent? en mai dernier au Festival de Cannes (Un certain Regard), sorti depuis longtemps en Afrique du Sud, d'ores et d?j? en course pour les Oscars, Le Secret de Chanda ne d?barque sur les ?crans fran?ais que le 1er d?cembre, ? l'occasion de la journ?e mondiale de lutte contre le SIDA. On ne saurait pourtant regretter ce choix tant le film d’Oliver Schmitz s’identifie ? son message, message que l’on pourrait r?sumer en reprenant un vieux slogan de l'association Act Up : en mati?re de SIDA, c'est le silence qui tue.
Tir? d’un best-seller pour la jeunesse (sign? Alan Stratton), le film met en sc?ne une petite sudafricaine de douze ans, en butte ? la fois ? la maladie qui d?cime sa famille, mais surtout au tabou qui l’entoure. Quand Chanda enterre sa petite sœur dans la premi?re s?quence, on lui ordonne de dire que c’est la grippe qui l’a emport?e. Quand ? son tour c'est sa m?re qui d?veloppe les symptomes de la maladie, la famille est progressivement mise au ban de sa communaut?. Ayant compris avant les autres les ravages de l'obscurantisme, Chanda fera tout pour faire ?clater la v?rit?.
Un tel argument pourrait donner lieu au plus raide des sermons ou au plus d?goulinant des m?los. Mais le v?t?ran Oliver Schmitz ?vite ces ?cueils avec ma?trise et sensibilit?. Tourn? en d?cors naturels (des townships proches e Johanesburg) et dans le dialecte local (le pedi), Le Secret de Chanda d?gage une v?ritable authenticit?. En l’inscrivant dans une r?alit? sociale et g?ographique tr?s pr?gnantes, le r?alisateur sud-africain parvient ? donner chair et cr?dit au r?cit d’Alan Stratton ; le talent et l'?nergie des interpr?tes (? commencer par les deux petites filles, Chanda et sa copine Esther) arrive ? faire oublier le sch?matisme des personnages ; le film n'esquive pas les r?alit?s les plus sordides (prostitution enfantine), mais ?vite toute complaisance dans leur repr?sentation.
Ces qualit?s font du Secret de Chanda un support tout ? fait recommandable dans un cadre p?dagogique, et pas seulement comme pr?texte ? ?voquer la maladie en cours ? l'occasion de la Journ?e mondiale. Le film illustre parfaitement le th?me 1 du chapitre II du programme de G?ographie de cinqui?me sur "Les in?galit?s devant la sant?", en prenant pour exemple la pand?mie du SIDA. On saisit les difficult?s de l'acc?s au soin (h?pital lointain et surcharg?), la pi?tre qualit? de la m?decine lib?rale (le m?decin v?reux), la fa?on dont les mentalit?s traditionnelles font obstacle ? une pr?vention efficace. On comprend ? quel point ces in?galit?s sanitaires sont li?es ? d'autres in?galit?s, ?conomiques ou dans l'acc?s ? l'?ducation (Chanda sait lire, c'est une bonne ?l?ve). Seul b?mol, le visionnage du Secret de Chanda n?cessite une solide pr?paration pour des ?l?ves du premier cycle du coll?ge : le film est accessible mais — et c'est bien ce qui en fait toute la qualit? — il est tout sauf d?monstratif. Par exemple rien n'est dit sur le mode de contamination de la petite sœur de Chanda (si ce n'est par la bouche du p?re qui accuse sa femme d'avoir "un lait empoisonn?"), et le mot de SIDA ne sera prononc? que dans le dernier tiers du film.

[Le Secret de Chanda d'Oliver Schmitz. 2009. Dur?e : 1h 43. Distribution : ARP S?lection. Sortie le 1er d?cembre 2010]

Pour aller plus loin :
— Une fiche p?dagogique sur le film
— On pourra prolonger avec profit l'?tude du film par celle d'un des court-m?trages du programme Les Enfants Invisibles : Jesus children of America de Spike Lee (voir notre site p?dagogique). Celui-ci pr?sente une histoire tout ? fait similaire (l'ostracisme dont est victime une petite fille ? cause de la maladie) mais dans un contexte totalement diff?rent, celui d'une grande m?tropole occidentale : cela permettra d'?voquer de mani?re tr?s parlante les in?galit?s face ? la pand?mie, ? l'?chelle mondiale.?

Posté dans Dans les salles par zama le 02.12.10 à 21:45

Commentaires

De QLaGQFDBbZNV, posté le 22.02.12 à 03:51

Je ne l'ai pas vu, mais j'ai lu l'article que lui a cnoascre Telerama, qui etait tres elogieux. J'avoue que ce n'est pas le genre de sujets qui m'attire. Ceci dit, Thierry Jonquet, j'aime bien. C'est parfois hard et glauque (souvent), mais toujours remuant.