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La grotte des rêves perdus : aux origines de l'art et de l'humanité

La Grotte des rêves perdus

En 2009, avec Avatar de James Cameron, la 3D nous emmenait aux confins de la galaxie.  En 2011, c'est à un voyage dans le temps qu'elle nous convie : La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog nous transporte plus de 30 000 ans en arrière, via les œuvres léguées par nos très lointains ancêtres de l'Aurignacien (Paléolithique supérieur).
Si l'on insiste sur un procédé, la 3D, qui en deux ans à peine s'est grandement galvaudé à force d'être utilisé sans grand discernement artistique, c'est qu'il n'a rien d'anecdotique (et l'on ne saurait trop conseiller d'aller voir le film dans cette version) : en nous donnant à voir la matérialité des peintures, leur inscription dans le décor accidenté de la grotte, leur incroyable fraîcheur, le film de Werner Herzog provoque un choc esthétique qui donne à cette visite guidée déjà exceptionnelle (Chauvet a toujours été fermée au public, et c'est sans doute la dernière fois qu'elle sera filmée ainsi) un relief supplémentaire.
La Grotte Chauvet n'est pas seulement un monument de l'art rupestre : c'est aussi la plus vieille grotte ornée connue (deux fois plus ancienne que Lascaux), dont la découverte (en 1994) a remis en cause les théories majoritairement admises sur le lent développement de l'art préhistorique. Le film de Werner Herzog se présente ainsi comme une réflexion sur les origines conjointes de l'art et de l'humanité, il y a plus de trois cent siècles. Mais cette réflexion se double d'une rêverie sur les limites de la connaissance : il nous est littéralement impossible de percer les mystères de l'homme de Chauvet, et dans leur effort de reconstitution les scientifiques font largement appel leur imagination.
De facture relativement classique (les plongées dans la grotte alternent avec les entretiens face caméra), le documentaire est transcendé par sa beauté plastique à couper le souffle, et le regard du réalisateur allemand, mélange de ferveur (Herzog est un passionné d'art préhistorique) et d'une douce ironie (notamment dans la façon de présenter les chercheurs qui travaillent sur le site, qui semblent tous partager un léger grain de folie.)… 

Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique substantiel autour du film de Werner Herzog, qui propose des activités en Arts Plastiques, Histoire de l'art et Philosophie (voir le site pédagogique).

[La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog. 2010. Durée : 1 h 30. Distribution : Metropolitan Filmexport. Sortie le 31 août 2011]

Pour aller plus loin :
> Le site pédagogique du film
> Le site de la grotte Chauvet

> Ce dvd est disponible dans la boutique DVD.

Posté dans Dans les salles par zama le 31.08.11 à 15:32

Commentaires

De Michel Briand, posté le 16.09.11 à 13:28

Votre dossier est très impressionnant (qualité de la forme, informations, ...).



En plus vous le proposer gratuitement. C'est magique !



Encore Bravo !

De jeffffffff, posté le 18.09.11 à 16:52

Beau dossier,

Ma critique du film.







La Grotte des rêves perdus



Dans « La Grotte des rêves perdus », Werner Herzog nous présente quelque unes des 420 figures qui furent découvertes, le 18 décembre 1994, par Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel et Christian Hillaire à Chauvet en Ardèche. Interdite au public, pour éviter les déboires de Lascaux, le site recèle le plus ancien ensemble de peintures pariétales (35 000 ans avant notre ère).



Il émane de ces rhinocéros, lions et bisons, …, figurés sur les parois, une saisissante beauté brute, une force jaillissante. L’utilisation du modelé de la roche et des contours de la pierre leur donne vie. Mais ce qui rend encore plus magistrale ici la représentation de ce bestiaire, c’est l’étonnante fraicheur du trait. Le recours à la technique de l'estompe et les effets de perspectives permettent une grande expressivité et une prodigieuse qualité narrative.



On pressent tout ce que l’émergence de cet art monumental a dû marquer de tournant dans la représentation du monde que se faisait ces hommes. Il y a probablement là le signe d’une invention majeure dans leur culture.



Le film s’attarde sur le panneau des Chevaux. Cette fresque, la plus magistrale du site, couvre sur plus de 6 mètres carrés une paroi sur laquelle ont été représentés des aurochs, des rhinocéros estompés et quatre majestueuses têtes de chevaux.



Le film nous guide dans cette traversée dans le temps à l’aide de nombreuses interviews de scientifiques qui balisent de leurs commentaires utiles la visite. Mais Werner Herzog ne s’en remet pas à la seule science pour nous décrypter le sens profond du site. Le réalisateur ne manque pas d’ailleurs de relativiser sa portée en soulignant les piètres capacités de lanceur de javelot d’un spécialiste, le discours précieux de la conservatrice ou les dangers que représente pour l’écosystème local la centrale nucléaire de Cruas-Meysse toute proche.



Ce beau documentaire nous invite à ressentir ce que les premiers vivants de notre espèce, les homos sapiens, ont pu éprouver et ont voulu exprimer. Mais cette quête semble veine car l'imaginaire de ces hommes préhistoriques nous apparait sans que nous puissions jamais répondre aux questions qu’elle appelle.



C’est donc finalement à une sorte de rêverie chamanique que nous incite ce film, à un songe à travers les cavités, une espèce d’hymne à la création dont est singulièrement capable l’espèce humaine.





La Grotte des rêves perdus

Réalisé par Werner Herzog

Avec Werner Herzog, Dominique Baffier, Jean Clottes

Long-métrage français, américain, britannique, canadien, allemand

Genre : Documentaire, Historique

Durée : 01h30 min

Année de production : 2010

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