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The We and the I de Michel Gondry

The We and the I

On se rappelle du saisissement qui avait parcouru le Festival (et le jury pr?sid? par Sean Penn, qui lui avait attribu? la Palme d’or) ? la vision des coll?giens d’Entre les murs de Laurent Cantet. On se souvient du scandale des Kids de Larry Clark, des ?clats de rire provoqu?s par les Beaux Gosses de Riad Sattouf ou du coup de cœur du public fran?ais pour L’Esquive d’Abdellatif Kechiche. Il faut croire que pour l’immense majorit? des spectateurs (en tout cas des spectateurs adultes), l’adolescence d’aujourd’hui est un continent myst?rieux, et les autochtones qui le peuplent des sp?cimens aussi fascinants qu’inqui?tants.
En nous immergeant au sein d’un groupe de lyc?ens new-yorkais qui squattent le bus du retour, le dernier jour de l'ann?e scolaire, The We and the I de Michel Gondry (pr?sent? en ouverture de la Quinzaine des R?alisateurs) joue sur la m?me fascination. On n’est pas d??u du voyage : d?s les premi?res minutes, le montage nerveux nous plonge dans un ma?lstrom de mots, de gestes et d’attitudes, dont la violence (verbale et parfois physique) est la caract?ristique la plus frappante (m?me si elle n’est pas la seule). Il faut quelques s?quences pour que des lignes de force se dessinent et que des personnalit?s ?mergent, que nous allons apprendre ? conna?tre lors du trajet.
Imagin? par le fran?ais Michel Gondry il y a plus de quinze en observant des ?coliers dans le bus 80 ? Paris, le projet a ?t? r?alis? avec des adolescents du Bronx dans le cadre d’un projet ?ducatif. Le d?paysement ajoute un attrait suppl?mentaire au film pour le spectateur non am?ricain (musique rap et paysage newyorkais), mais la probl?matique reste la m?me : dans quelle mesure et de quelle mani?re le groupe influe-t-il sur l’individu, et pourquoi se comporte-t-on diff?rement selon que l'on est seul ou avec (plus ou moins) d’autres. En se d?lestant petit ? petit de ses personnages pour se concentrer sur certains d’entre eux, le film montre ? quel point ils peuvent ?tre diff?rents de l’image qu’ils donnaient d’eux-m?mes ? leurs camarades.

Toute l’œuvre du r?alisateur fran?ais peut ?tre lue au prisme de cette dialectique entre la singularit? de l’individu (dont l’imaginaire foutraque et enchant? est le plus beau t?moignage) et la force des liens sociaux (la notion de "communaut?" est au cœur de films comme Soyez sympa, rembobinez). On peut voir The We and the I ? la fois comme un prolongement de son projet L’Usine des films amateurs (parce que r?alis? dans le cadre d’un projet collectif, avec la participation active d’adolescents volontaires) et comme son exact oppos? : l? o? l’Usine mettait en œuvre toute une s?rie de protocoles pour permettre un fonctionnement d?mocratique apais?, et la participation effective de tous les participants, le microcosme roulant de The We and the I ressemble ? l’?tat de nature hobbesien, celui de la guerre de tous contre tous, et d'une totale amoralit? (du moins en apparence). Les comportements montr?s dans The We and the I (? l’int?rieur du bus ou ? la faveur de courtes s?quences en flash-backs, bricol?s dans le style artisanal de Gondry) pourront choquer les adultes : binge drinking (alcoolisation massive), sexting (envoi d’images sexuelles par internet), bullying (harc?lement), le catalogue des maux de l’adolescence est presque au complet. Mais la force du film est ne pas porter un regard moralisateur ou alarmiste sur ces comportements. Le film montre la cruaut? des adolescents mais aussi leur extraordinaire plasticit? : cette capacit? ? oublier, aussit?t encaiss?es, les brimades et les humiliations pour se projeter dans l'avenir.

Port? par la justesse de ses interpr?tes et la virtuosit? de son montage, The We and the I est un film aussi divertissant que riche. S’il interpellera au premier chef les ?ducateurs (confront?s quotidiennement ? la pr?gnance de ces dynamiques de groupe), c’est aussi une œuvre passionnante ? travailler avec des ?l?ves de lyc?e : en Anglais, en SES pour aborder le chapitre ? groupe et socialisation ? (1?re ES), en Philosophie avec les s?ries L et ES pour travailler sur la notions d’alt?rit? et de soci?t?, mais aussi, plus largement, afin de les confronter ? ce miroir qui leur est tendu.

The We and the I de Michel Gondry, ?tats-Unis, 103 mn
Quinzaine des r?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 19.05.12 à 12:39

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