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Ida : m?moire de la Pologne

Dans la Pologne de 1962, la jeune Ida va prononcer ses voeux pour entrer dans les ordres.? Mais avant cela, elle doit rencontrer sa tante Wanda, seule rescap?e d'une famille d?cim?e pendant la guerre. Celle-ci va permettre ? Ida de lever le voile ? la fois sur son histoire personnelle et sur celle d'une nation polonaise doublement meurtrie, par l'occupation nazie puis par le joug sovi?tique.
A travers ce "road trip" ? deux, le film de Pawel Pawlikowski m?le r?cit initiatique et r?flexion m?morielle. C?t? r?cit initiatique, le parcours d'Ida rappelle celui des h?ros de romans picaresques, qui se d?couvrent en m?me temps qu'ils d?couvrent le monde. C?t? r?flexion m?morielle, la confrontation entre Ida et Wanda permet de nouer le dialogue entre deux g?n?rations, celle qui a connu la guerre et la prise du pouvoir sovi?tique, et celle qui h?rite de cette histoire qu'elle n'a pas v?cu.
Il fallait un personnage vierge comme Ida, ? la fronti?re entre l'innocence de l'enfant et la sagesse de l'adulte, pour incarner le destin de la Pologne ? l'or?e des ann?es 60. A cet ?gard, Ida est un film de m?moire plut?t que d'histoire : on trouve dans les non-dits et les secrets esquiss?s par le film les fondations d'un pays qui a perdu son identit?, et qui n'assume plus son pass?. Ce retour sur le d?sastre de la Seconde Guerre mondiale en Pologne ? travers des destins individuels soul?ve ?galement la question de l'identit?. Alors que le pays a ?t? deux fois soumis ? des gouvernements ?trangers qui ont impos? leurs id?es (accept?es ou pas par les personnages), la question de savoir qui l'on est par rapport ? sa nation se pose. Les deux femmes apparaissent comme des marginales, exclues de la soci?t? parce qu'elles sont juives d'abord, mais aussi pour Wanda parce que le vent politique a tourn?. A quel moment cesse-t-on d'?tre consid?r? comme un membre de la soci?t? et pour quels motifs?? Cette question fait ?cho ? la situation du r?alisateur lui-m?me, n? en 1957, qui a quitt? enfant la Pologne de l'?re communiste pour y revenir adulte, et y poser un regard r?trospectif.
Si le film fonctionne aussi bien, c'est aussi par son approche d?licate des figures f?minines. Le philosophe Emmanuel Levinas parlait du visage d'autrui comme d'un motif d'?lan vers l'autre, comme le principal m?dium pour comprendre l'invisible. C'est pr?cisemment cela que les gros plans de Pawlikowski nous donnent ? voir. Plut?t qu'une narration explicative, c'est sur les visages que l'on devine les motivations, les r?solutions ou le d?sespoir des personnages. L'approche physique du film permet de d?jouer ainsi l'?cueil des phrases toutes faites, ou des sch?mas rebattus du sc?nario pour laisser place ? l'imagination, et ? l'empathie du spectateur.

[Ida de Pavel Pawlikowski. 2013. Dur?e : 79 mn. Distribution : Memento. Sortie le 12 f?vrier 2014]

Posté dans Dans les salles par Alice Caputo le 20.02.14 à 22:54

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