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The Lobster : l'amour est aveugle

Porté par un prestigieux casting international (Colin Farrell, John C. Reilly, Ben Wishaw, Rachel Weisz et la française Léa Seydoux), le troisième long-métrage du grec Yorgos Lanthimos (Canine, Alps) nous propose une cruelle réflexion sur les illusions et les hypocrisies des relations amoureuses, que celles-ci dernières répondent à la satisfaction d’une norme sociale ou qu’elles soient l’expression de sentiments sincères.

Dans la dystopie, aussi loufoque que glaçante, imaginée par Lanthimos, et ancrée dans le décor réaliste de l’Angleterre contemporaine, le célibat est interdit. Le film s’ouvre sur une scène de rupture : David (un Colin Farrell méconnaissable, dont la moustache, la bedaine et le look ringard évoque Flanders, le voisin des Simpsons) est quitté par sa femme. Comme tous les solitaires, il est immédiatement envoyé dans un étrange hôtel où il se voit administrer une cure de choc destinée à lui faire retrouver l’âme sœur sous un délai maximum de quarante-cinq jours, faute de quoi il sera transformé en animal de son choix (ceci expliquant le titre du film, David ayant choisi le homard). En marge de cet univers, dans la forêt avoisinante, s’est organisée une contre-société, aux valeurs diamétralement opposées mais à l’organisation tout aussi totalitaire : les "Solitaires", sortes de sauvageons en ponchos imperméables et sacs à dos, tentent d’échapper aux flèches hypodermiques des curistes. Si d’un côté on est forcé de vivre en couple au prix de ruses, de mensonges et de compromis, selon la loi parfois absurde du "qui se ressemble s’assemble", de l’autre toute relation sentimentale est proscrite et tout rapport sexuel sévèrement châtié.

Puisant son inspiration à des sources aussi variées que Le Meilleur des mondes, 1984, Les Chasses du comte Zaroff ou… Les Métamorphoses d’Ovide, The Lobster réussit à nous projeter dans cet univers étrange et inquiétant sans le moindre effet spécial : un simple grille-pain posé avec flegme sur une table de restaurant suffit à lancer une des scènes les plus glaçantes du film. Dès lors le film repose grandement sur le jeu des acteurs, incarnant pour certains des êtres maladroits, mal dans leur peau et dans leurs corps, pour d’autres des humains mécanisés et comme vidés de tout sentiment. D’un côté comme de l’autre, la norme sociale commande tout un jeu d’impostures qui piège ceux qui n’ont pas compris les « règles du jeu » (on se met à penser à toutes ces émissions de télé-réalité de Koh-Lanta à La Belle et ses princes charmants). Ce sont justement leurs maladresses et incapacités qui révèlent l’humanité des personnages, là où on exige d’eux une perfection illusoire. Petit bijou d’humour noir, The Lobster fait méditer sur la sincérité des relations humaines (amour et amitié) prises dans la toile des conventions sociales.

The Lobster de Yorgos Lantimos, 118 mn
Sélection Officielle, En compétition

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 18.05.15 à 23:18

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