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Grave : Haut le cœur comique

Grave de Julia DucournauDans la série "les filles prennent le pouvoir", la jeune Julia Ducournau (dont c’est le premier long métrage) réussit haut la main l'exploit de réaliser un "film de genre à la française", aussi effrayant que comique. Justine (Garance Marillier, excellente), brillante élève, débarque en école vétérinaire où elle retrouve sa sœur aînée Alexia. Après un bizutage aussi stupide que violent, son corps et son esprit changent, son appétit s'aiguise et la végétarienne qu'elle était se métamorphose peu à peu en carnivore vorace.

Il faut saluer tout d'abord ici l’ambition esthétique de la mise en scène qui porte le film de genre à des hauteurs insoupçonnées ; la séquence d'ouverture est magistrale de simplicité et d'efficacité, tout comme les scènes de bizutage, notamment celle où l'on enferme un première année avec Justine, respectivement aspergés de bleu Klein et de jaune Van Gogh afin d'obtenir un vert, dont on imagine qu'il ne va pas le rester longtemps. Une atmosphère à la Cronenberg, étrange et glaçante, s'installe, que zèbrent des réminiscences de la Carrie de Brian de Palma. L’horizon du film restant l'horrifique, le spectateur est cueilli par quelques scènes-choc, mais jamais quand il l'attend. En effet, l'horreur est constamment désamorcée par une vis comica qui tient à la fois du jeu parodique sur les codes du teen movie et d'une réflexion sur les bouleversements physiques de l’adolescence ("ton corps change"). Grave est plein de rebondissements et de retournements, et qui ne laissent pas les hauts le cœur s'éterniser dans l'œsophage. La naïveté désarmante de Juliette opposée à l'exubérance d'Alexia renouvelle l'étude des relations sororales ; le désir profondément animal qui étreint les corps adolescents n'est pas non plus oublié, et peut-être faut-il y voir l'empreinte profonde qu'aura laissé un roman comme Twilight sur toute une génération d'apprentis-réalisateurs (et peut-être chez Bruno Dumont lui-même, car dans Ma Loute aussi, les estomacs grondent lorsque le désir presse). Le bizutage, la mode vegan, l'esprit de compétition, les parents largués (hilarant Laurent Lucas à la présence discrète) mais trop taiseux pour être blancs comme neige : tout passe à la moulinette de Julia Ducournau, pour notre plus grand plaisir. 

Grave de Julie Ducournau, France, 2016, 95 mn
Semaine de la critique

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 17.05.16 à 18:47

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