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The Square : la déconfiture du mâle occidental

The Square

"De riches suédois perdant leur dignité" ("rich swedish men losing their dignity") : c’est ainsi que Ruben Östlund proposait, par boutade, d’intituler la rétrospective que lui avait consacré l'année dernière le Lincoln Center (finalement intitulée "In case of no emergency").
Nul ne pourrait mieux cette définition que Cristian, le "héros" de son nouveau film The Square. Conservateur d'un grand musée d'art contemporain, père divorcé mais attentif de deux filles, Cristian est le parfait exemple du grand bourgeois progressiste, tentant tant bien que mal de concilier son mode de vie ultra-privilégié avec ses généreux principes. Le film orchestre toute une série de dérèglements (le vol d’un portable, une rencontre amoureuse, une erreur de communication) qui vont le faire tomber de son piédestal, l’obligeant à se dévoiler dans sa très humaine médiocrité.
Servie par un implacable sens du cadre et du rythme, la satire réserve de francs éclats de rire et pose de nombreuses question philosophiques. Mais, à force d’accumuler les humiliations sur la tête de son personnage, sans jamais lui (et nous) offrir d’issue, The Square montre l’aporie qui menace le cinéma de Ruben Östlund, obsessionnelle mise à nu de nos travers par le décapage du vernis social.
Cette impression de circularité est encore renforcée par la dimension réflexive introduite dans The Square par le choix du cadre muséal et la mise en scènes d’autres œuvres (installations, vidéos, happenings…), à commencer par celle qui donne son titre au film. La scène du happening de l’homme singe (photo) est à cet égard révélatrice : à voir les invités du musée terrorisés par cette performance qui ne semble plus avoir de limites, on se rend compte que notre position de spectateur est par contraste bien confortable, et notre plaisir bien vain…

The Square de Ruben Östlund, Suède, 142 mn
Sélection Officielle, en compétition

Posté dans Festival de Cannes par zama le 23.05.17 à 10:44

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