recherche

blog

Syriana : petrotrafic


syriana1.jpgSyriana a les défauts de ses qualités. Sa volonté affichée de ne pas réduire la complexité du réel en fait un film aussi riche que difficile d'accès pour les élèves ; alors même que son propos fait parfaitement écho au programme d’Histoire-Géographie de Terminale.
Car le réalisateur Stephen Gaghan, qui fut le scénariste de Traffic, a choisi d’entremêler quatre trames narratives dans son film ambitieux – mais souvent allusif – sur les implications internationales de la politique extérieure américaine en matière de pétrole. En effet, "Syriana désigne, dans la langue des tacticiens de Washington, un très hypothétique remodelage politique du Moyen Orient. Dans notre film [dit Stephen Gaghan], Syriana désigne le rêve fallacieux de refaire des Etats nations à notre image". On y suivra donc l’épopée d’un émir du Golfe désireux de s’affranchir de la mainmise américaine sur ses ressources pétrolières – et les agissements de la CIA pour contrer ces tentatives, les manœuvres d’un groupe américain pour récupérer un gisement d’or noir au Kazakhstan et le parcours d’un ouvrier immigré du Golfe qui sombre dans le terrorisme islamiste.
Une des forces du film est de montrer que le trafic de pétrole est un équivalent du trafic de stupéfiants : espionnage, corruption, assassinats, violations des droits de l’homme sont pratiqués pour fournir à l’économie américaine – et en particulier à ses grandes compagnies pétrolières, dont le chiffre d’affaire équivaut au PIB de certains Etats – le carburant dont elle a besoin. Grâce à une documentation rigoureuse due à l’utilisation des mémoires d’un ancien de la CIA, Robert Baer (La chute de la CIA, éd. JC Lattès) et à de nombreuses enquêtes de terrain, le film aboutit à une relecture du nouvel ordre mondial, de la superpuissance américaine et de l’islamisme (programme d’Histoire des Terminales L-ES et S), ainsi que des logiques d’organisation de l’espace mondial (Géographie, Terminales L-ES et S). Enfin, le tournage en décors naturels et la très belle photographie dirigée par Robert Elswit (qui a entre autres signé celle de Good Night, and Good Luck) aboutissent à des vues peu fréquentes sur les gratte-ciels en plein désert du Golfe, ou sur les préfabriqués y abritant la population immigrée, et donne une illustration originale pour le chapitre de Géographie de Terminale L-ES sur la diversité des Suds.
On notera pour finir la dimension ouvertement militante (le journal Le Monde consacre d'ailleurs un long article au nouvel engagement politique à Hollywood), du "projet Syriana", de sa production à sa promotion : le site du film  y consacre une page entière ("S'impliquer"), détaillant la philosophie de Participant Productions ("Participant croit qu'une bonne histoire peut changer notre vision du monde. (…) Notre ambition est en premier lieu de vous divertir, puis de vous inciter à jouer un rôle actif dans le monde actuel.") et mettant en avant des partenaires tels que le Fonds Français pour la Nature et l'Environnement, le site Econologie, et l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI). On trouvera d'ailleurs sur ce dernier site de nombreuses ressources sur la géopolitique du pétrole, notamment cet entretien sur Les Etats-Unis et le pétrole du Moyen-Orient.

[Syriana de Steven Gaghan. 2006. Durée : 2 h 06. Sortie le 22 février. Distribution : Warner Bros]

Posté dans Dans les salles par marion le 22.02.08 à 10:34

Commentaires

De Isabelle, posté le 26.02.06 à 13:43

Le titre du film est révélateur de ses ambitions et ses limites: dénoncer un projet bushien fou pour le moyen orient (c'est l'ambition), rester obscur pour les pauvres spectateurs moyens desquels je fais partie (ce sont les limites). C'est exactement le double aspect qui ressort de la vision du film, à mon avis. Du coup, à part les qqes images inédites de paysages du Moyen Orient, je ne m'en servirai sans doute pas pour les élèves.
De jojo, posté le 03.03.06 à 11:59

A vrai dire, j'ai raté certaines subtilités dans ce film qui mérite une certaine attention. Tout d'abord parce qu'il a le mérite de montrer les situations, les enjeux et les protagonistes de la manière la plus crédible qui soit. L'anglais n'est pas la langue universelle, les américains affichent clairement leurs besoins devant, le pétrole domine les démocracie. Malheureusement, comme le dit Isabelle, certains points restent obscurs, les ambitions floues ; les personnages perdent en substance et en profondeur. le spectateur moyen se perd et manque les subtilités du sujet.
De roman, posté le 05.03.06 à 18:01

merci de le dire ! On se sent quand même un peu con en sortant de ce film, et un peu énervé parce qu'on a l'impression confuse que c'est ce que recherchaient les auteurs. Or toute la subtilité du monde ne donne pas le droit de faire des films obscurs, ratés. J'ai l'impression que la posture "engagée" des auteurs a intimidé les critiques qui n'osent plus dire du mal ensuite…
De houdinee, posté le 07.03.06 à 23:49

moi j'ai bien aimé ce film. Bien sûr il y a des moments où l'on s'agace d'être à la traîne de l'histoire (quelle est la fonction exacte de l'avocat noir ? quel est au juste le boulot de Matt Damon, que vend-il au prince Nasir ?) mais le côté ne me dérange pas tant que ça. Comme toujours dans ce genre de film, c'est la fin qui emporte le morceau, quand les différentes histoires se rencontrent, et que leur enchevêtrement trouve un sens. C'est moi réussi que Traffic, mais difficile de dire à quoi c'est dû : le talent de la mise en scène (que j'ai trouvée très bien) ? un sujet plus casse-gueule car difficile à appréhender (dans Traffic on se baladait des Etats-Unis au Mexique, pas sur trois continents) ? ou alors qu'avec les nouvelles séries (24 h) on a été habitué à des formes plus élaborées de narration,e tque ce qui étonnait à l'époque ne paraît plus si original ?
De lenine, posté le 09.03.06 à 09:23

j'avais vu le film la semaine de sa sortie… disons qu'il prend une saveur nouvelle quand on voit M. le président aller faire le VRP au Moyen-orient en se félicitant des progrès démocratiques…

Ajouter un commentaire






 


 

Newsletter

La Boutique DVD

Le DVD du jour

Le Roi Danse

Une répresentation convaincante du règne de Louis XIV, qui interroge les rapports entre artet pouvoir au prisme de la musique de Lully et du théâtre de Molière. Un film très utile à la fois en français, et au collège pour traiter de front le programme d’histoire (« L’émergence du roiabsolu ») et celui d’Histoire des arts (« Arts, Etats et pouvoir »).
Prix avec droits institutionnels :
39.50 €

 

Tous les films

Tous les réalisateurs

Tous les dossiers