L'actualité educative du cinéma

3 jours pour 4 écrans… Le Festival Européen des quatre écrans, se tiendra cette année du 18 au 20 novembre entre la Bnf (site François Mitterrand) et, non loin de là, le Mk2 Bibliothèque. Le Festival est encore jeune (ce n’est que la troisième édition), mais on pourrait dire que le temps travaille pour lui : la "révolution numérique" qu'il promeut et accompagne est à chaque édition une réalité plus prégnante ; l'amélioration et la démocratisation constantes des moyens d’enregistrement (téléphones mobiles, appareils photo, caméras numériques) garantit une sélection chaque année plus riche et plus diverse. Celle-ci s'enrichit ainsi cette année d'une compétition de "web-documentaires", manière nouvelle (et encore entre friche) de "documenter le réel". Mais on retrouvera également la compétition de long-métrages documentaires, le focus sur les "phone-reporters" (des séquences d'actualité brute enregistrée par un téléphone portable", et l'université de l'image, qui invitera à réfléchir à "l'impact du digital sur le traitement et la consommation de l'information", impact "exponentiel" selon Hervé Chabalier, le président du Festival.
> Au chapitre des "films du réel", on saluera également ce mercredi la sortie de Lettre à Anna, documentaire d'Eric Bergkraut consacré à la journaliste Anna Politovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006, à la fois portrait intime et terrible état des lieux de la Russie des années Poutine (voir le site officiel du film, très complet).
Le Festival européen des 4 écrans, du 18 au 20 novembre 2009 au Mk2 Bibliothèque et à la Bnf (site François Mitterrand)
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 19.11.09 à 18:13 - Réagir

Ainsi donc le calendrier maya prendrait fin en 2012, et notre monde avec…
Que ce soit dans les salles (le film fait un tabac aux Etats-Unis comme en France) ou sur internet (une kyrielle de sites reprend ses prédictions apocalyptiques), le monde entier joue à se faire peur avec 2012 de Roland Emmerich ; le monde entier, à commencer par le public le plus friand de ce genre, les adolescents. L’avalanche de questions qui lui étaient envoyées a ainsi conduit la NASA à mettre en ligne une page démontant point par point les allégations du film ("le calendrier maya s’arrête certes au 21/12/2012, mais comme votre calendrier s’arrête chaque année au 31 décembre, pour mieux reprendre ensuite…")
Si le film en lui-même, véritable best-of de toutes les catastrophes possibles (écroulements, éruptions, tremblements de terre, tsunamis) au prix d’une nouvelle surenchère d’effets spéciaux, ne présente pas plus d’intérêt que ses prédecesseurs, il pourra être évoqué au détour d’une discussion en classe. C’est l’occasion ainsi de faire s’interroger les élèves sur leur goût (et celui du public) pour ces films dits "catastrophes" et les prédictions apocalyptiques. On pourra s’appuyer sur le dossier du mois du magazine Philosophies magazine ("A-t-on raison d’avoir peur ?"), encore en kiosques, et sur la vidéo de cette discussion entre les philosophes Jean-Pierre Dupuy et Dominique Lecourt. Le second y analyse ainsi ces films catastrophe comme une manière, dans des sociétés de plus en plus marquées par l’individualisme, de reconstituer de manière fantasmatique une communauté humaine, face à un danger qui la dépasse. Les deux s’accordent en tout cas à déplorer le manque de culture scientifique de nos concitoyens, qui fait le lit de tous les fantasmes…
On pourra aussi s’appuyer sur les présupposés du film pour quelques mises au point scientifiques, un peu à la manière de ce dossier pédagogique édité par le CNDP en partenariat avec le "Mois très très spatial" de la chaîne Ciné-Cinémas (pistes pédagogiques autour des films suivants : Le Voyage dans la lune de Georges Méliès, 1902, La Planète des tempêtes de Pavel Klushantsev, 1962, Deep Impact de Mimi Leder, 1998, Sunshine de Danny Boyle, Opération Lune de William Karel, 2002).
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 17.11.09 à 12:09 - Réagir
Il n’y a pas que le cinéma dans la vie ! Et quitte à vous en détourner quelque temps, on ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir un véritable coup de cœur : Histgeobox, le blog histoire-géographie et musique. Conçu par ses auteurs comme un "petit supplément d'âme" à leur travail en classe (voir cette interview donnée au site Evene.fr), il propose d’étudier les programmes d’Histoire-Géographie à travers les grandes chansons de ce siècle et du précédent.Posté dans Le classeur par zama le 13.11.09 à 12:30 - Réagir

Nous les avons vus et appréciés au dernier Festival de Cannes. Ils sortent aujourd'hui en salles : c'est A l'origine de Xavier Giannoli et L'imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam.
A l'origine de Xavier Giannoli : "Avec l'histoire vraie d'un escroc qui a réussi à monter un chantier d'autoroute, Xavier Giannoli réussit à conférer au fait divers des degrés divers de signification, comme des couches successives dont son film s'enrichit progressivement.
Naturalisme
Au départ, une impasse, celle de Paul le personnage principal en quête de réinsertion à sa sortie de prison. A travers les termes "Ce n'est pas ta place", "Faut pas rester ici", chaque rencontre lui confirme le rejet social dont il fait l'objet. On pourra lire ici l'ancrage naturaliste du film, à travers l'absence d'espoir qui naît de chaque plan. Paul ne va pas tarder à replonger, par désespoir et comme par atavisme. A l'origine, donc, un film social, où un destin se joue. Paul semble comme le premier homme, jeté hors de l'Eden, il y a du Germinal dans A l'origine."
Lire la suite de l'article ("A l'origine : du fait divers comme métaphore")
L'imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam : "L'imaginarium… "casse" avec justesse le langage politiquement correct : par la bouche d'un nain qui reprend le rôle si truculent du bouffon shakespearien (et qui n'est pas sans rappeler le meilleur humour des Farelly), par un diable somme toute sympathique, et enfin par un personnage d'escroc cynique —Heath Ledger et ses remplaçants— qui se sert des enfants pour récolter des fonds (on est même tenté de lire ici au-delà d'une satire des stars "engagées", une critique d'un cinéma qui fait son miel de la misère des enfants)… "
Lire le reste de l'article ("Les Herbes folles / L'imaginarium du Docteur Parnassus")
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 11.11.09 à 15:43 - Réagir

Le Festival du film d’Histoire de Pessac fête ses vingt ans et revisite le communisme… Alors qu’en ce 9 novembre une autre commémoration bat son plein dans toute l’Europe (voir ce dossier du Café Pédagogique), il était difficile d’échapper au sujet. Malicieusement intitulée Il était une foi : le communisme, cette vingtième édition donne à voir et à réfléchir, en plus de quatre vingt-films (fictions et documentaires), sur cette idéologie qui a marqué la vie politique et la géopolitique du XXème siècle, "entre généreuses ardeurs et épouvantables barbaries" (Jean-Noël Jeanneney, président d’honneur du Festival). Du Cuba castriste à la Chine populaire en passant par l’Europe divisée en deux, un choix éclectique navigue entre films de propagande, brulôts anticommunistes ou regards nostalgiques (ce que les critiques ont ironiquement appelé le "syndrome de Pif", voir cette tribune de l'historien Antoine de Baecque sur le cinéma de propagande communiste, publiée par Le Monde), explore les expressions minoritaires ou majoritaires de l'idéologie communiste : "On trouvera donc dans cette programmation aussi bien des films chantant les luttes et les idéaux du communisme (La Grève, Octobre, la Ligne générale évidemment, mais aussi, produits par le parti communiste français, La vie est à nous, Le Temps des cerises), des films militants ou de propagande (l’Homme que nous aimons le plus), des œuvres plus distanciées et parfois critiques (J’ai 20 ans, Je demande la parole), mais aussi, dénonçant les perversions et les fautes du système, des films accusateurs et sans concession (L’Aveu, Kolonel Bunker, le Chêne, le Tchékiste)." (extrait du programme). Traditionnellement, le Festival se distingue aussi par la qualité de l’accompagnement intellectuel autour des projections : grands témoins comme Andreï Gratchev (qui fut le porte-parole de Mikhail Gorbatchev), historiens spécialistes du monde communiste tels Marc Ferro, Stéphane Courtois, Marc Lazar, Nicolas Werth ou Michel Winock, cinéastes et comédiens, aideront les spectateurs à décrypter et mettre en perspective les images.
Comme chaque année, en plus et à côté de la thématique, un double Prix du Film d’Histoire sera attribué à un film de fiction (parmi lesquels cette année : Contes de l’âge d’or, Vincere de Marco Bellochio…) et à un documentaire inédits.
Festival du Film d’Histoire de Pessac, Du 9 au 16 novembre
Les précédentes éditions du Festival : 2008 (1914-1919, la Guerre et la paix), 2007 (Liberté, liberté chérie), 2006 (Europe, histoire d'une passion)
Les films de cette édition chroniqués par Zérodeconduite.net :
[Films anciens]
Katyn d'Andrzej Wajda
La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck
Good night and good luck de George Clooney
L’Armée du crime de Robert Guédiguian
[Films à venir]
Vincere (sortie prévue le 25/11)
Contes de l’âge d’or (sortie prévue le 30/12)
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 09.11.09 à 18:18 - Réagir
Filmer local pour penser global : ce pourrait être le credo du documentariste Gilles Perret, dont la particularité est de proposer un cinéma profondément enraciné dans son environnement immédiat (la Haute-Savoie), mais qui questionne avec acuité le monde contemporain. Ainsi Ma mondialisation, son précédent long-métrage (2006), proposait une passionnante analyse de la mutation du capitalisme entrepreneurial en capitalisme financier (sous les effets conjugués de la déréglementation et de la mondialisation), à travers la situation de l’industrie du décolletage dans la vallée de l’Arve.Posté dans Dans les salles par zama le 04.11.09 à 15:34 - 1 commentaire

Nous les avions rapprochés lors de leur passage au dernier Festival de Cannes.
Coïncidence, ils sortent aujourd'hui en salles à une semaine d'intervalle : Les Herbes folles d'Alain Resnais aujourd'hui 4 novembre, et L'imaginarium du Docteur Parnassus mercredi prochain 11 novembre. A la différence de la plupart des critiques, nous avions nettement préféré le second ("C'est baroque, foisonnant, étrange, à la fois onirique et cauchemardesque, avec des rappels aussi bien aux contes de fées qu'à La quatrième dimension") au premier ("on peut légitimement se demander si le maître Resnais ne se livre pas ici à un condensé caricatural et confus de ce qui fait son style. Le non-sens n'est pas toujours gage de génie.").
A vous de vous faire votre opinion…
Les Herbes folles / L'imaginarium du Docteur Parnassus (article du 23/05/2009)
Posté par Zéro de conduite le 04.11.09 à 13:40 - 2 commentaires
Cinéhig, l’excellent site des Clionautes consacré au cinéma et à la vidéo en classe, bénéficie d’une nouvelle présentation sous SPIP, plus agréable (les illustrations ont fait leur apparition) et plus lisible. C’est l’occasion pour les enseignants qui ne le connaissent pas de découvrir ce site de mutualisation, et pourquoi pas d’y proposer une contribution. Bénéficiant d’un système de classement simple est pratique (les films sont classés par grandes périodes historiques : antiquité, moyen-âge, temps modernes, contemporaine), Cinehig propose à ce jour près de 300 fiches d’activités (collège et lycée). Le site fait également le point (rubrique « La Pratique») de manière synthétique et claire, sur les aspects techniques ou juridiques (voir l’article Vidéo en classe et droit), et s’efforce de mener une réflexion sur la pédagogie de et par l’image.Posté dans Le classeur par zama le 03.11.09 à 14:31 - Réagir

Le 20 novembre prochain, le monde entier célébrera le 20ème anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations-Unies le 20 novembre 1989 et ratifié depuis par 193 états (c’est le traité relatif aux droits de l’homme le plus largement ratifié de l’histoire), cette convention définit en 54 articles l’ensemble des droits de l’enfant.
A cette occasion sort en DVD le film collectif Les Enfants invisibles, déjà en salles depuis mai : sept histoires, sept destins d’enfants aux quatre coins du monde, sept regards sur les droits de l’enfant aujourd’hui, par huit réalisateurs de diverses nationalités (Medhi Charef, Emir Kusturica, Spike Lee, Katia Lund, Jordan et Ridley Scott, Stefano Veneruso et John Woo). Des rues de grandes métropoles comme São Paulo, Naples, Hong-Kong où des enfants sont obligés de travailler (Bilu & Joao, Song Song & Little cat), de voler (Ciro), pour survivre jusqu’à la brousse africaine où la guerre enrôle même les plus jeunes (Tanza), en passant par les maisons de redressement de Serbie (Uros), Les Enfants invisibles dresse un état des lieux poignant et rappelle de manière simple et frappante les grands principes énoncées par la Convention : le droit à l’éducation, à une vie familiale, au jeu, le droit à être protégé de la guerre, de la famine, des mauvais traitements…
Le film s’intègre très bien aux programmes d’Education civique, notamment le nouveau programme de Sixième (qui fait de l’enfant une de ses notions-clés). Par le découpage en sept films courts, aux thématiques différentes et complémentaires (le travail, l’éducation, le VIH-sida) et aux enjeux très forts (d’autant plus que les protagonistes ont l’âge des élèves) il se prête tout particulièrement à un travail en classe (notamment grâce au support DVD).
L’Unicef France (qui soutient la sortie française des Enfants invisibles) a commandé à Zérodeconduite.net un dossier pédagogique de 29 pages, qui propose de nombreuses activités en classe autour du film, et apporte les ressources les plus à jour sur la notion de droits des enfants et son actualité : Texte abrégé de la CIDE, historique, Fiches thématiques (Le droit à l’éducation, Les Enfants et la guerre…). Le dossier est librement téléchargeable sur le site pédagogique du film, qui propose également aux établissements d’acquérir le DVD avec ses droits institutionnels pour le visionnage en classe.
Les Enfants invisibles de Medhi Charef, Emir Kusturica, Spike Lee, Katia Lund, Jordan et Ridley Scott, Stefano Veneruso et John Woo. 2005. Durée 2h04
En salles depuis le 20 mai (Distribution Acte Films)
En DVD (avec droits institutionnels)
Posté par Zéro de conduite le 30.10.09 à 17:18 - Réagir
Ne serait l’actualité sociale particulièrement dramatique des derniers mois (suicides et tentatives de suicide de salariés, à France Telecom et ailleurs), le documentaire télévisuel La mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet, (dont les deux premiers épisodes ont été diffusés lundi, et dont le troisième passera mercredi sur France 3) aurait-il bénéficié d’une diffusion à une heure de grande écoute, et conséquemment d’une telle exposition dans la presse ?Posté dans Evènements par zama le 28.10.09 à 10:51 - 6 commentaires
Ces dernières années le cinéma américain a abondamment scruté sa frontière méridionale, et mis en scène les flux licites (marchandises) et illicites (drogue, immigrés) qui la traversent. L’originalité de Sin nombre du jeune réalisateur Cary Joji Fukunaga est de porter son regard un peu plus loin, jusqu’au cœur de l’Amérique centrale où l’attraction et l’influence des Etats-Unis ne se font pas moins sentir qu'à leurs portes.
Sin nombre fait se croiser les destins d’une famille hondurienne qui va tenter de rejoindre le nord à bord (ou plutôt sur le toit) d’un train de marchandises, et de deux jeunes mareros (membres d'une mara, un gang) : Casper qui va se mettre au ban du groupe, au péril de sa vie, et le tout jeune Mickey qui cherche lui à s’y faire accepter.
La plus grande qualité du film est le brio avec lequel le scénario entremêle les itinéraires de ces différents personnages, et mélange les registres fictionnel (la traque, l’histoire d’amour) et documentaire. En suivant les candidats à l’exil sur toute la longueur du trajet, en montrant les avanies qu’ils subissent (pourchassés par la police et les douanes, rackettés par les mareros) et les dangers qu’ils courent, le film donne une vision terriblement concrète d’un processus dont on ne considère généralement que l’aboutissement (comme Costa Gavras l’a fait, de manière plus symbolique, avec ). La peinture du monde codé et ultraviolent des maras semble en comparaison plus conventionnelle : comme si l’utilisation de codes visuels et de schémas narratifs très balisés par le cinéma et la télévision américaine déréalisait un phénomène dont le documentaire La vida loca (dont le réalisateur, Christian Poveda, est mort assassiné peu après le tournage) avait donné un aperçu saisissant.
Sin nombre montre ainsi de manière frappante les interconnexions entre Nord riche et Suds pauvres : le flux des clandestins venus de toute l’Amérique centrale pour se heurter à la porte étroite de la frontière étatsunienne ; mais aussi, dans l’autre sens, la destabilisation des sociétés d’Amérique centrale par ces phénomènes d’allers et retours.
Les maras ne sont ainsi que l’exportation, via notamment les immigrés expulsés en masse depuis les années 80, d’une forme de délinquance proprement américaine (les deux principales maras sont nées à Los Angeles), comme le dénotent les surnoms (Casper, Mickey) que se donnent les mareros, tout empreints de culture américaine.
Si la violence du film le rend difficilement exploitable en tant que tel en classe, on pourra donc néanmoins le signaler aux élèves de Seconde et de Terminale dans le cadre de leur programme de Géographie.
[MAJ 03/11/2009] A voir également le bel article de Betrand Pleven sur le site des Cafés Géographiques
[Sin nombre de Cary Joji Fukunaga. 2008. Durée : 1 h 36. Sortie le 25 octobre. Distribution : Diaphana]
Posté dans Dans les salles par zama le 26.10.09 à 15:57 - 2 commentaires

Le film de Michael Haneke, Palme d'or et Prix de l'Education Nationale, sort dans les salles françaises. Nous avions chroniqué le film au moment du Festival :
— Le Ruban blanc : le Village des damnés
— Le Ruban blanc : Palme d'Or… et Prix de l'Education Nationale
Pour compléter cette approche (voir aussi les dossiers pédagogiques français et allemand). Voici une "re-lecture philosophique" du même film
A la veille de la première guerre mondiale, un petit village protestant du nord de l'Allemagne. Une autorité traditionnelle, le baron, qui règne sur un peuple de paysans labourant ses terres, et fait office de garant de l'ordre social autant que d'employeur ; quelques notables, le pasteur qui règne sur les âmes, le médecin qui soigne les corps, et l'instituteur – dont on n'assiste jamais à la classe (qui est, devenu vieux, le narrateur invisible de l'histoire). C'est là tout le décor du Ruban blanc, le nouveau film de Michael Haneke, une parfaite illustration de ce que le sociologue Ferdinand Tönnies appelait, par opposition à la Gesellschaft (société) individualiste et fondée sur l'intérêt bien compris de ses membres, une Gemeinschaft (communauté), type de groupement caractérisé par la primauté du groupe sur l'individu et le caractère quasi organique du lien social, soudé autour de valeurs traditionnelles et gouverné par un hobereau (dernier reliquat d'un ordre féodal ancestral où les fonctions économiques, sociales et politiques sont confondues dans la personne du seigneur). C’est cet ordre traditionnel, rythmé seulement par les saisons et le travail de la terre, qui va être troublé par d'étranges actes de malveillance, dont le premier est le piège tendu au cheval du médecin, au cours de l'été 1913.
En toile de fond, on assiste également à quelques morceaux choisis de l'éducation rigoureuse que le pasteur dispense à ses enfants; coups de fouet en guise de punition pour être rentrés trop tard, ligotage nocturne du fils adolescent pour prévenir toute atteinte à la chasteté. Cette morale de la pureté – symbolisée par le ruban blanc que les enfants doivent porter jusqu'à ce qu'ils se soient amendés – a vocation à inscrire sa loi dans les corps : on ne peut s'empêcher de songer à la critique classique de la morale kantienne par Schopenhauer : la crainte de la torture et du châtiment est l'envers du devoir, et le ressort de son intériorisation.
De fait, tout est là ; on devine peu à peu, sans que jamais la vérité éclate au grand jour, que les auteurs de ces agressions qui troublent la paix de la petite communauté ne sont autres que les enfants du pasteur, menés par sa fille aînée. Si le père incarne la loi sur le mode d'une instance extérieure et transcendante, maniant la rétribution et le châtiment, les enfants l'ont intériorisée au point de s'en faire les interprètes, et d'en rendre eux-mêmes, en un tribunal secret, les sentences. On peut renvoyer aux analyses d’Hannah Arendt sur « l’impératif catégorique dans le 3e Reich » formulé par Hans Frank (gouverneur nazi de la Pologne) : « agissez de telle manière que le Führer, s’il avait connaissance de vos actes, les approuverait ». Il n'y a rien là, en apparence, de commun avec la morale kantienne ; rien, sinon « l’idée que l’homme doit faire plus qu’obéir à la loi, qu’il doit aller au-delà des impératifs de l’obéissance et identifier sa propre volonté au principe de la loi, la source de toute loi » ; en effet, continue Arendt, « il existe une notion étrange, fort répandue en Allemagne, selon laquelle "respecter la loi" signifie non seulement "obéir à la loi" mais aussi "agir comme si l’on était le législateur de la loi à laquelle on obéit". D’où la conviction que chaque homme doit faire plus que son devoir » (Eichmann à Jerusalem, Paris, Gallimard, 1966).
Si, comme le dit Haneke, Le Ruban blanc est une méditation sur le danger essentiel qui consiste à faire d’un principe un absolu, sans distance ni, surtout, médiation, et non pas seulement sur les conditions de possibilité du fascisme – ces enfants de 1914 seront adultes dans l’entre-deux-guerres -, il y a néanmoins là une tentative d’apporter un élément de réponse à ce qui reste un défi pour l’entendement – ou pour la « raison pratique » -: comment comprendre, comme le dit encore Arendt, « que la Solution Définitive ait été appliquée avec un tel souci de perfection » ?
Notions : le Devoir, la Justice, l'Inconscient.
[Le Ruban blanc de Michael Haneke. 2009. Durée : 2 h 24. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 21 octobre 2009]
Pour aller plus loin :
— Le site officiel du film
— Dossier pédagogique français (Pdf, Cinédoc)
— Dossier pédagogique allemand (Kino macht Schule)
D'autres films de Michael Haneke sur Zérodeconduite.net
— Funny Games USA
D'autres "Re-lectures philo" :
— Les trois singes de Nuri Bilge Ceylan
— Valse avec Bachir d'Ari Folman
— Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry
Posté par Didier le 20.10.09 à 17:05 - 7 commentaires
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 16.10.09 à 18:12 - 1 commentaire

C'est une des plus jolies surprises de l'année 2008, justement saluée par la critique et récompensée par le prestigieux Prix Louis Delluc du premier film (le Louis Delluc ayant récompensé une autre vision de la ruralité, La Vie moderne de Raymond Depardon). Après une belle carrière en salles, L'Apprenti de Samuel Collardey est aujourd'hui disponible en DVD, et devrait intéresser les enseignants, de la filière agricole mais aussi générale. Rappelons l'existence du dossier pédagogique édité par Zérodeconduite.net (avec des activités pédagogiques en Français et en SES), et la possibilité pour les établissements d'acheter le DVD avec ses droits institutionnels directement sur le site pédagogique du film.
L'Apprenti de Samuel Collardey. DVD TF1 Vidéo
En bonus le DVD propose un entretien filmé avec Samuel Collardey et son court-métrage Du Soleil en hiver (2005, 17 mn)
Posté par Zéro de conduite le 13.10.09 à 16:44 - Réagir

Participer à une « révolution des esprits », « mobiliser le génie humain », « faire des utopies d’aujourd’hui les réalités de demain » : c’est le programme, un rien ambitieux, que s’assigne Le Syndrome du Titanic.
Le premier film du militant écologiste Nicolas Hulot (co-réalisé avec le documentariste Jean-Albert Lièvre) a le mérite de ne pas nous repasser les plats du film écolo (du précurseur Une vérité qui dérange au récent Home de Yann Arthus-Bertrand) : on n’est plus dans la pédagogie du changement climatique ou dans la célébration de la nature en péril, mais dans une réflexion "philosophique" sur la crise globale que traverse notre civilisation.
Entre le ton intime de la confession d’un enfant du siècle (« Je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu », « Jusqu’où suis-je prêt à aller dans le renoncement ? »), et celui, plus pompeux, du moraliste (« On ne consomme pas, on consume », « Seul l’excès est toxique », « Le modèle économique dominant n’est plus la solution, mais bien le problème »), Nicolas Hulot nous entretient de ses réflexions sur la notion de progrès, la société de consommation, le scandale de la pauvreté dans le monde…
Le film a l’intérêt de ne pas fétichiser l’enjeu écologique, replaçant la crise climatique dans un contexte plus global (la surconsommation des uns n’étant que l’envers du dénuement des autres), insistant sur la nécessité de traiter de front le problème de la préservation des ressources et celui de leur partage.
Mais à se placer à un telle hauteur de vue, à naviguer dans l’ether des généralités, le brûlot annoncé se transforme en robinet d’eau tiède, entre enfonçage de portes ouvertes (les hommes sont constitués des mêmes atomes que la nature, la vie est l’exception et pas la règle), clichés rebattus (« Je nous regarde, ballotés entre le virtuel et le réel, qu’on n’arrive plus à distinguer. ») et vaines incantations (« On ne doit rien admettre de tout ça, car c’est tout simplement inadmissible. »).
Surtout, c’est sur la pertinence cinématographique de cette proposition que l’on s’interroge : quel intérêt y-a-t-il à plaquer ces images sur ce commentaire en voix-off (et vice-versa), unique ? Qu’est-ce que ces « 11 mois de travail, 300 heures de rushes » (dixit le site officiel) auront-ils apporté au propos déjà développé dans un livre du même nom (Le syndrome du Titanic, Calmann-Levy, 2004) ? Si le film porte une indéniable ambition visuelle (compositions très graphiques) et sonore, on se demande ce que ce maëlstrom d'images cent fois vues (forêts de gratte-ciel, enchevêtrements d'autoroutes, mines à ciel ouvert), cette suite de décharges visuelles (la figure privilégiée est le contraste : on passe sans cesse du très riche au très pauvre, de l'homme cage), sont censés nous apprendre. A vouloir rejouer "le poids des mots, le choc des photos", Nicolas Hulot se prend les pieds dans le spectacle, et nous livre finalement un produit aussi vite consommé qu'oublié.
[Le Syndrome du Titanic de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre. 2009. Durée : 1h33. Distribution : Mars. Sortie le 7 octobre 2009]
> Le site officiel du film (qui proposera "Prochainement" un dossier d'accompagnement pédagogique)
> D'autres films "écolo" sur Zérodeconduite.net :
- Une vérité qui dérange
- Un jour sur terre
- La Onzième heure
- Nous resterons sur terre
- Home
Posté dans Dans les salles par zama le 08.10.09 à 15:46 - 2 commentaires

Consacrant leur nouvelle édition, après "L'Opinion" ou "L'Argent", au "Corps dans tous ses états", Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois continuent à donner une place importante au cinéma. Outre les prestigieuses avant-premières (cette année c'est rien de moins que la Palme d'Or qui fait l'ouverture : Le Ruban blanc de Michael Haneke) ou projections spéciales (Claude Lanzmann présentera son film Sobibor, 23 octobre 1943, 16 heures, conjointement à son livre Le Lièvre de Patagonie), le festival donne ainsi à voir ou à revoir de nombreuses œuvres de fiction qui entrent en résonance avec le thème choisi et ses différentes déclinaisons (corps au travail, corps en mouvement, corps et sexualité, corps en guerre, …) : ainsi Hiroshima mon amour d'Alain Resnais, Les Témoins d'André Téchiné, Katyn d'Andrzej Wajda, Les Poupées du diable de Tod Browning ou Hair de Milos Forman… Mais le thème du corps donnera aussi l'occasion d'explorer un spectre d'images beaucoup plus large : émissions de télévision, films sanitaires, archives de guerre, films… pornographiques, témoins privilégiés de l'évolution centenaire du rapport d'une société au(x) corps…
Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois, du 8 au 11 octobre 2009
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 05.10.09 à 17:59 - Réagir

Entre les élections fédérales et les vingt-ans du "Mur", l'Allemagne a actuellement les honneurs de l'actualité. Raison de plus pour découvrir une nouvelle cuvée de cinéma germanique avec la 14ème édition du Festival du Cinéma Allemand. Les sélectionneurs ayant privilégié des films totalement inédits pour les faire découvrir au public parisien et aux distributeurs français, il s'avère difficile de mettre en exergue un film plutôt qu'un autre ; on attend tout de même avec curiosité le film de clôture, La Révélation (Sturm) de Hans-Christian Schmid, très remarqué au dernier Festival de Berlin, et Allemagne 09, film collectif (Dani Levy, Fatih Akin, Dominik Graf, Hans Weingartner, Tom Tykwer, Wolfgang Becker, Christoph Hochhäusler…) qui dresse un panorama cinématographique de l’Allemagne contemporaine. Les intrépides pourront également s'embarquer pour les six heures et quelques de Passage Sud-Est (Südostpassage) lors de la Nuit du cinéma allemand. Ce documentaire d'Ulrike Ottinger nous mène à travers l’Europe de l’Est, jusqu’aux "nouvelles taches blanches de la carte de l’Europe, en Bulgarie, en Slovaquie … ", jusqu'à Odessa et Istanbul, suivant "les anciennes voies de transit et de commerce à travers les empires déchus de l’Europe du Sud-Est." Vingtième anniversaire de sa chute oblige, le Mur sera également bien présent à travers la section "Le Mur en doc" qui propose deux documentaires inédits (voir cette série de liens proposé par l'historien suisse Lyonel Kaufmann sur son blog).
Autre manière de célébrer cet anniversaire, l'Ina.fr propose un grand concours en partenariat avec le site Dailymotion : Berlin remix. Il s'agit de "réaliser un nouveau montage autour du mur, de la ville et de la vie berlinoise" à partir d'une vingtaine de vidéos sélectionnées par l'Ina (voire d'archives personnelles). "Remixer l'histoire" ? Les puristes apprécieront.
Festival du Cinéma Allemand, du 30/09 au 6/10 au cinéma L'Arlequin (Paris 6ème)
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 30.09.09 à 12:59 - Réagir
"(…) quelles que soient les controverses plus que justifiées concernant cette série télévisuelle, son impact médiatique et ses scores d’audience en font en 2009 un objet culturel médiatique qui a un impact plus que certain sur nos élèves. Quoique nous en pensions, et surtout si nous sommes extrêmement mitigé à son sujet, un travail en classe à son sujet avec nos élèves paraît nécessaire."
C'est ainsi que Lyonel Kaufman présente le dossier qu'il consacre à la série Apocalypse dans la dernière livraison mensuelle du Café Pédagogique. L'historien mène sa réflexion en trois temps :
— une analyse de l'utilisation des images d'archive qui le conduit in fine à conseiller au professeur d’histoire de "considérer et à travailler cette série comme un film de fiction".
— une remise en perspective dans le cadre de l'historiographie de la Seconde Guerre Mondiale qui lui permet de mettre à jour de nombreux biais et partis pris (la sur-représentation du front occidental, une vision très pro-américaine, la focalisation/diabolisation sur la figure d'Hitler).
— enfin une série de pistes de réflexion pour amener les élèves à questionner les partis pris de ce "documentaire événement", notamment en travaillant sur d'autres sources documentaires ou fictionnelles (Le Jour le plus long de Daryl Zanuck, film… en noir et blanc, la série Band of brothers, La Chute de Oliver Hirschbiegel)…
Pour compléter cette utile mise au point, et concernant la question spécifique du respect de l'intégrité des images d'archive, on pourra passer cette très plaisante et pédagogique vidéo créée et mise en ligne à l'initiative de la Scam (Société civile des Auteurs Multimédia) pour porter un slogan explicite : "Les images ne sont pas des chewing-gums !"
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 29.09.09 à 12:59 - Réagir

D’un côté un grabataire qualifié de "vieux con", de l’autre un ancien acteur amateur de western, au milieu un socialiste guindé… et tout en bas, un couple improbable composé d’un traître idéaliste et d’un jeune Français dépassé par les événements. Le monde de la Guerre froide, tel qu’il est présenté dans L’Affaire Farewell, se scinde en deux blocs, eux-mêmes structurés par deux univers parallèles. Si Christian Carion s’attarde sur les relations diplomatiques tendues entre Mitterrand et Reagan, il se focalise surtout sur les deux hommes à l’origine de "la plus grande affaire d’espionnage du XXème siècle" (dixit Ronald Reagan et l'affiche du film), qui a permis de démanteler un gigantesque réseau d’agents soviétiques chargés par Brejnev de surveiller différents lieux stratégiques occidentaux (la Nasa, la Maison-Blanche, les bases françaises de sous-marins nucléaires…).
La réussite du long métrage réside dans l’art subtil du réalisateur de décortiquer les relations unissant ces deux mondes : celui des Grands conseillés par les services secrets et celui des "taupes" empêtrés dans la vie quotidienne. Ce sont bien les soubresauts de l’articulation entre ces deux univers qui rythment le film et entraînent le spectateur dans la folle entreprise de Pierre Froment (G. Canet) et de Sergueï Grigoriev (E. Kusturica). Porté par son désir de sauver le modèle communiste alors sclérosé par la nomenklatura brejnévienne, le colonel du KGB choisit, au cours de l’été 1981, la voie de la trahison en livrant au camp adverse des informations hautement confidentielles. Partagés entre la suspicion, l’angoisse d’être neutralisés par les Soviétiques et l’obligation impérieuse de réagir face à des révélations aussi fracassantes, les dirigeants occidentaux sont contraints de suivre Grigoriev et de se plier à ses exigences. La taupe soviétique, désormais surnommée "Farewell", refuse les règles classiques du contre-espionnage, impose comme intermédiaire le jeune et naïf Froment contre les souhaits de la D.S.T. et décide de transmettre, selon son propre calendrier, les dossiers top secret de son choix. Après le démantèlement des services secrets soviétiques établis en Allemagne, en Ecosse comme à Washington, les puissances occidentales reprennent la main et décident, contre la volonté de l’ingénieur français, de livrer Farewell au KGB afin de sauver leur réseau d’espions implantés en U.R.S.S.
Situé à la croisée entre l’univers cynique des espions de John Le Carré et la description réaliste des sphères du pouvoir politique (comme chez le Stephen Frears de The Queen ou l’Oliver Stone de Nixon), L’affaire Farewell ouvre une fenêtre sur le monde des années 1980. Il constitue à cet égard un angle d’attaque stimulant pour aborder en classe de Troisième et de Terminale les relations internationales et la chute de l’URSS. Plus encore qu’un simple miroir de la réalité historique, il permet d’apprécier la pluralité des facteurs qui ont amené l’empire soviétique au bord du gouffre. En entrecroisant ainsi le monde de Grigoriev qui décide, seul, de restaurer l’idéal communiste dans un pays en déliquescence et celui des dirigeants occidentaux décidés à abattre le système soviétique par la course aux armements et par le contre-espionnage, Christian Carion passe en quelque sorte de la petite à la grande Histoire. L’affaire Farewell pourrait bien être considérée comme un patchwork intelligent des causes circonstancielles et des causes profondes habituellement convoquées pour expliquer la tragédie soviétique de la fin du XXème siècle.
Des circonstances nées durant la décennie 1980 qui ont accéléré la fin de la Guerre froide, on retiendra ainsi surtout le jeu diplomatique des puissances occidentales et leur ingérence dans les affaires soviétiques par le biais des espions tout comme des entreprises implantées en U.R.S.S. Motivé par la volonté de passer pour un "bon occidental", François Mitterrand, qui a alors nommé dans son gouvernement des ministres communistes, décide de transmettre l’intégralité des informations livrées par Farewell aux Etats-Unis. Ronald Reagan, dont l'appréhension des relations internationales se limite le plus souvent à la seule crainte des communistes, charge ses conseillers de les mettre à profit pour porter un coup mortel aux services secrets soviétiques. Pris à la gorge, Gorbatchev reconnait lui-même que les révélations de Farewell font prendre à l’URSS dix ans de retard dans la course aux armements. Le coup est tel qu’il condamne les réformes (perestroïka) entreprises pour sauver le modèle soviétique.
Les heurs et malheurs de la vie quotidienne de Grigoriev permettent quant à eux de mettre en avant les principales causes profondes qui ont provoqué la chute de l’U.R.S.S. La caméra s’attarde ainsi longuement sur les dysfonctionnements de la société soviétique. Terrorisé par les arrestations arbitraires, surveillé par l’appareil d’Etat, étouffé par les mises en scène politiques et les monuments à la gloire du régime, confronté aux problèmes de ravitaillement alimentaire, le peuple soviétique, à l’image du fils de Grigoriev, ne rêve que d’Occident. Les rocks endiablés de Freddy Mercury, les chansons de Léo Ferré, les poèmes d’Alfred de Vigny mais aussi le cognac et le champagne sont autant de voies vers un exil intérieur, indispensable pour oublier une société folle qui va jusqu’à photographier de jeunes mariés sur un char d’assaut ou bien encore qui doit tromper la vigilance des micros en montant le son des chaines hifi.
L’entreprise de Christian Carion est aussi méritoire que salvatrice. Après un long métrage (Joyeux Noël, 2005) discutable sur le plan historique (tant la focalisation sur les actes de camaraderie sur le front de 1914 pouvait faire douter de la réalité des sentiments nationalistes qui animaient les troupes françaises et allemandes lors de la Première Guerre Mondiale), il s’attache dans L’Affaire Farewell à ne pas violenter l’histoire. Si le scénario respecte le cours des événements, il réussit surtout à brosser un tableau inspiré du monde des années 1980 et de la complexité des tensions diplomatiques qui l’animent. Il se distingue par ailleurs par son originalité en s’attaquant à un genre auquel les cinéastes français n’ont jamais véritablement réussi à se confronter, si ce n’est en le parodiant avec OSS 117. Inhabituel, intelligent et stimulant… autant de qualités dont ne pouvait se targuer "ce vieux con de Brejnev" !
[L’Affaire Farewell de Christian Carion. 2009. Durée : 1 h 53. Distribution : Pathé. Sortie le 23 septembre 2009]
Posté dans Dans les salles par francis le 24.09.09 à 18:04 - 5 commentaires

Dans Le Cœur conscient (1960), Bruno Betteleheim écrivait : "Si vous voulez briser la résistance des hommes, c’est très simple. Il suffit de créer de l’incertitude. Il suffit qu’ils ne sachent plus de quoi demain sera fait. Confronté à l’incertitude permanente, au fait de savoir si son poste va être transformé ou non, sa place prise ou non, son métier changé ou non, l’homme perd toute espèce de résistance". Si l’on connaissait déjà la précarisation du monde ouvrier, le premier film de Mathias Gokalp vient nous confirmer que celui des cadres n’est pas épargné.
Rien de personnel nous entraîne au sein des laboratoires Muller et nous fait découvrir des techniques de management très particulières. Au cours d’une soirée les cadres de l’entreprise vont devoir se livrer à une sorte de "speed dating", exercice censé permettre d’évaluer leurs compétences. Mais les rumeurs de rachat de l’entreprise, la présence de l’époux de la directrice de communication (peu au fait des us et coutumes du monde des cadres et des techniques de management), ou l’homme de ménage qui finit par être confondu avec le PDG des laboratoires Muller sont autant de grains de sable qui vont venir faire dérailler cette séance de travail un peu particulière. La soirée va devenir le miroir d’une société malade, d’un monde vivant dans l’insécurité permanente. Ce qui n’aurait pu être qu’un film quasi documentaire sur le monde précarisé des cadres devient alors, une formidable réflexion sur l’individualisme poussé à son paroxysme, une fable des temps modernes, où le cynisme et la peur font bon ménage.
Rien de personnel permettra aux enseignants de Sciences Economiques et Sociales d’aborder de nombreux thèmes proposés dans les programmes de seconde, de première ES et de terminale ES.
Ainsi, en Seconde et en Terminale ES, le film peut être l’occasion de travailler le lien entre les modes d’organisation du travail et les relations de travail ( les conditions de travail, ou la question du conflit). En effet, l’individualisation des rapports au sein de l’entreprise peut permettre de comprendre pourquoi les conflits du travail, qui n’ont pas disparu, sont cependant moins importants que dans les années soixante dix. La scène entre le syndicaliste et le chef d’entreprise est, à ce titre, éloquente. Ces éléments trouvent aussi leur place spécifiquement dans le programme de terminale ES (dans la partie "mutation du travail et conflits sociaux").
De même, le film peut être exploité dans le cadre de l’étude de la cohésion sociale et les instances d’intégration, la question du lien social, ici dans le monde des cadres, et plus généralement dans l’entreprise, est posée, et permet de s’interroger sur ce qui le fonde. La concurrence entre les individus peut-elle être facteur d’efficacité économique et sociale ? La solidarité, le collectif ont-ils encore leur place dans le monde du travail ? Ces questions peuvent aussi être abordées en Première ES, en option sciences politiques, où la notion de pouvoir est travaillée (sous-partie portant sur la citoyenneté et le lien social). En tronc commun, on pourra aussi travailler le notion de culture et celle de la socialisation secondaire.
Pour tous les enseignants qui éduquent à l’image, c’est aussi un exercice de style particulièrement réussi, qui permet d’analyser sans difficultés la question du point de vue, et de décortiquer les parti pris du metteur en scène : la construction en trois "chapitres" nous fait revivre une même scène plusieurs fois (mêmes personnages, même lieu, même temps) sous un angle différent, ce qui déstabilise le spectateur et fait évoluer son appréhension des personnages (ainsi la jeune cadre interprétée par Mélanie Doutey ou le personnage de Jean-Pierre Darroussin).
[Rien de personnel de Mathias Gokalp.2009. Durée : 1h31. Distribution : Rezofilms. Sortie le 16 septembre 2009]
Posté dans Dans les salles par Patricia le 24.09.09 à 11:30 - 1 commentaire

Les amateurs de musique pop passeront leur chemin : pas de Janis Joplin, de Jimi Hendricks ou de Joe Cocker (pour ne prendre que les têtes d'affiche) dans le nouveau film de Ang Lee (pour cela on pourra se référer au documentaire Woodstock de Michael Wadleigh sorti en mars 1970 et téléchargeable gratuitement sur une plateforme légale). Hôtel Woodstock (Taking Woodstock) s’intéresse moins au festival en lui-même (les « trois jours de paix et de musique », en réalité quatre, du 15 au 18 août 1969) qu’à sa genèse et à ses à côtés. Il les raconte du point de vue d’Elliot Tiber, le fils d’hôteliers du coin qui prit une part déterminante à l’événement (qui a raconté son histoire dans un livre autobiographique : Taking Woodstock : a true story of a riot, a concert, and a life) : c’est lui qui, après avoir appris que la ville de Wallkill voisine refusait d’accueillir le festival, appela le businessman hippie Wichael Lang pour lui proposer le terrain de ses parents. C’est finalement le terrain d’un fermier voisin qui fut choisi, mais la famille Tiber sut tirer partie de la venue de près de 500 000 spectateurs.
Tout l’intérêt d’Hôtel Woodstock est d’orchester la confrontation entre la famille Tiber (juive immigrée), la communauté conservatrice du village de White Lake… et la contre-culture dans tous ses avatars la fin des années 1960.
Le film peut donc contribuer à définir le modèle américain (Première partie du programme d’Histoire de Terminale) dans les années 1960 : celui-ci est alors contesté par une partie de cette jeunesse qui refuse la guerre du Vietnam et qui forge cette contre-culture dont le film donne un large aperçu (à travers la troupe de théâtre nudiste, la célébration de la drogue, la libération sexuelle, le modèle du hippie avec ses cheveux longs, ses vêtements orientaux…) ; mouvement qui rencontre la résistance de la société américaine de la fin des années 1960, très largement conservatrice (ici le héros n’ose pas avouer son homosexualité à ses parents, eux-mêmes victimes de l’antisémitisme de leurs voisins).
Si Woodstock a été considéré comme le symbole festif de cette contre-culture, le film en montre bien les contradictions : il est beaucoup question d’argent dans le film et le festival est d’abord une entreprise commerciale ; ce seront finalement les couches les plus à l’aise de la société qui tireront parti de changements qui laissent les plus modestes désemparés.
Si Ang Lee évacue la scène de concert à travers une vision fantasmagorique, il propose des images rendues familières par le documentaire (glissages dans la boue par exemple, embouteillage le plus important de toute l’histoire des Etats-Unis). Son film est à la fois un récit d’apprentissage (il est adapté d’une histoire vraie et du livre d’Elliot Tiber), une reconstitution historique à grand spectacle (qui n’exclut pas le comique), mais dont on regrettera la longueur du dernier tiers.
[Hôtel Woodstock de Ang Lee. 2008. Durée : 2 h. Distribution : Universal Pictures France. Sortie le 23 septembre 2009]
Pour en savoir plus :
Le site officiel du film (en anglais)
Un dossier sur le site Ina.fr
Posté dans Dans les salles par Valérie M. le 23.09.09 à 11:49 - Réagir

L’Histoire reste un matériau délicat à manier aux heures de grande écoute. Un an après la polémique autour du téléfilm L'Evasion de Louis XVI l'année dernière (voir sur les éléments du débat sur Clioweb), une création estampillée « service public audiovisuel » fait à nouveau débat chez les historiens. Apocalypse, la série documentaire en six parties, plebiscitée par la presse (« France 2 à hauteur de la BBC », « Un grand moment pour le service public ») et les télespectateurs (si l’on en croit les chiffres d’audience), n’en pose pas moins de nombreuses questions sur l’utilisation des images d’archive. L’hebdomadaire Télérama consacre un article très fouillé au « débat ». Mobilisant historiens et philosophes, il s’interroge sur le danger qu’il y a extraire les archives de leur contexte (absence ou erreur de légende, voire détournement pur et simple) pour leur donner un rôle purement illustratif, et à les manipuler (colorisation mais aussi sonorisation, mise au format 16/9 et recadrage) pour les « conformer aux modalités de la perception actuelle » (Laurent Veray, auteur de La Grande guerre au cinéma). Il confronte leur point de vue à celui des auteurs du documentaire :
« Pionniers en la matière, les réalisateurs Daniel Costelle et Isabelle Clarke affirment que ce traitement de l’image vise moins à séduire qu’à se rapprocher du réel, n’hésitant pas à qualifier le noir et blanc d’« amputation » et préférant au terme de « colorisation » celui de « restitution des couleurs » ! « Les événements ont été vécus en couleurs, rappelle le « restitueur de couleurs » François Montpellier, qui travaille avec eux depuis Les Ailes des héros (en 2003). S’ils nous ont été transmis en noir et blanc, c’est uniquement pour des raisons d’insuffisance technique… que l’on est aujourd’hui capable de corriger ! » Une telle confusion entre le réel et l’archive, l’histoire et ses représentations, se double dans Apocalypse, d’Isabelle Clarke, d’une volonté revendiquée de réactiver l’impact émotionnel des événements eux-mêmes. « La couleur rend une proximité à des images qui peuvent sembler très lointaines à des jeunes », explique Louis Vaudeville, qui a produit cette série dont France 2 diffuse mardi 22 les deux derniers volets. Mais chercher à rendre proche ce qui est lointain en le conformant aux standards du flux télévisuel, c’est aussi sacrifier au « présentisme » dénoncé par l’historien François Hartog dans Régimes d'historicité. Présentisme et expérience du temps (Le Seuil, 2003) – cette propension très actuelle à rapprocher l’hier de l’aujourd’hui. »
On pourra prolonger la réflexion avec cet article de Teledoc qui analysait (sous la plume de Laurent Juiller, historien du cinéma) un autre de ces « néo-documentaires », 14-18, le bruit et la fureur de Jean-François Delassus (diffusé en novembre 2008), convoquant notamment le concept de « degré d’iconicité ». « Ajouter de la couleur et du son à des plans en noir et blanc muets fera donc logiquement augmenter cette impression de réalité, car l’image ainsi enrichie ressemblera davantage au monde réel. Pour le dire avec les mots adéquats, cet ajout provoquera une hausse du « degré d’iconicité », concept forgé par le pragmaticien américain Charles Morris (1901-1979) dans son livre de 1946 Signs, language and behavior, et popularisé en France (au moins dans le champ académique) par Abraham Moles (1920-1992) dans sa Théorie de l’information et perception esthétique (1973). Plus le degré d’iconicité d’une image est élevé, plus son spectateur a tendance à voir en elle une fenêtre ouverte sur un monde à contempler à travers elle (on parle alors, en pragmatique et en sémiotique, de seeing through : « voir à travers »).»
Apocalypse, La seconde guerre mondiale, le site officiel
"Les images d'archive peuvent-elles mentir ?" sur Telerama.fr
"Images fenêtres ou images d'images" sur Teledoc
Posté dans Thèse-Antithèse par Zéro de conduite le 18.09.09 à 17:24 - Réagir

L’Armée du crime s’ouvre sur une scène poignante, la traversée de Paris en fourgon des prisonniers du groupe Manouchian, qui vont être bientôt fusillés au Mont Valérien. Tandis que la caméra s’attarde sur les visages juvéniles, la voix-off égrène leurs noms, chacun suivis de la mention "Mort pour la France". Le contraste entre la jeunesse des personnages et leur mort prochaine, entre le tragique de la situation et le quotidien qui continue à quelques mètres de là, provoquent une émotion irrépressible…
Le film se conclura sur un carton qui signale, fait rare, les rares arrangements pris par le scénario avec les faits (par exemple la coïncidence entre les arrestations de Krasucki et de Manouchian, alors qu’elles ont eu lieu à huit mois d’intervalle), justifiant ces quelques libertés par les nécessités de la fiction.
Toute l’ambition du nouveau film de Robert Guédiguian est là : concilier le souffle romanesque et l’honnêteté intellectuelle, l’émotion inhérente à l’hommage (le groupe Manouchian comme symbole de ces étrangers qui se sont battus pour la France) et la rigueur de la reconstitution. Le pari est amplement réussi : même s’il s’enlise parfois dans l’académisme de la reconstitution, le film parvient à donner chair à ses personnages, et tension à un récit recentré autour de trois figures principales (Manouchian, Marcel Rayman, Thomas Elek).
L’Armée du crime présente un tableau à la fois juste et vivant de l’acte résistant (à la différence des fantaisistes Femmes de l'ombre de Jean-Paul Salomé), de ses ressorts et ses risques. Il s’attarde en particulier sur le faisceau de raisons et de convictions qui poussèrent ces jeunes gens à s’engager au péril de leur vie : l’attachement fort aux valeurs républicaines (pour ces étrangers qui constituèrent le groupe Manouchian, la France était bien la patrie des Droits de l’homme, et souvent un refuge dans une période marquée par la montée des périls), l’engagement communiste, (si le PC mène une lutte antinazie très modérée jusqu’en 1941, il en devient l’un des promoteurs ensuite) la résistance aux persécutions antisémites (beaucoup d’entre eux étaient juifs, à l’image de Marcel Rayman)… Il montre le passage d’actes de résistance d’abord spontanés et isolés (diffusion de tracts, fabrication de bombes artisanales) à la mise en place de réseaux clandestins (Manouchian dirige, à partir de 1943, une cinquantaine de FTP-MOI), le difficile passage à l’action violente (parmi lesquelles l’assassinat de Julius Ritter, un des responsables du STO en France). pour ces hommes dont certains sont guidés par le rejet de la violence, les contradictions et débats internes aussi (ils doivent aussi se plier aux exigences du Komintern, qui leur transmet armes et instructions générales, mais qui sert les intérêts de l’URSS).
Mais le film de Robert Guédiguian présente aussi un tableau particulièrement frappant de l’occupation allemande en France, en particulier à Paris. On est saisi, dès les débuts de L’Armée du crime, par la prise de possession de Paris par les Allemands : l’occupant n’y est pas seulement une force militaire, mais apparaît sans cesse dans le quotidien de la capitale (ici un orchestre militaire qui joue dans un square, là des jeunes soldats à la terrasse d’un café, ou jouant au football dans un parc), jusqu’à cette banderole apposée sur la Tour Eiffel, qui rappelle à perte de vue la main-mise de l’occupant. Le film de Robert Guédiguian montre également, jusqu’à l’écoeurement, la compromission zélée de la France de Vichy dans la collaboration, symbolisée le personnage de l’inspecteur Pujol (Jean-Pierre Darroussin). Affiches de propagande pro-allemandes (pour la Relève ou le STO…), mesures antisémites (désignation des magasins juifs, port obligatoire de l’étoile…), institutions dédiées à la collaboration (le Commissariat aux questions juives, la préfecture de police et les Brigades spéciales… mais aussi Radio Paris, dont les archives sonores font revivre la voix antisémite de Philippe Henriot) y manifestent l’ampleur de la soumission à l’occupant, sans parler de l’existence, sur le territoire français, de camps d’internement (dans lesquels le régime de Vichy regroupe des étrangers et des individus « dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ») ou d’initiatives comme la rafle du Vel'd'Hiv' (dont les archives ne conservent aujourd'hui qu’une seule photographie donnant à voir le rôle de la police française)…
Pour toutes ces raisons, L’Armée du crime se révèle hautement recommandable aux élèves de lycée, notamment dans le cadre du programme d'Histoire de Première. Le site du film propose un dossier d’information réalisé en partenariat avec le Musée de la Résistance Nationale, et quelques autres ressources dont une analyse de la célèbre « Affiche rouge » par lequel l’occupant essaiera de souiller la mémoire des membres du groupe.
[L’Armée du crime de Robert Guédiguian. 2008. Durée : 2 h 19. Distribution : StudioCanal. Sortie le 16 septembre 2009]
Posté dans Dans les salles par marion le 16.09.09 à 14:37 - 1 commentaire

Si le Verbe était au commencement, le cinéma a lui longtemps été muet…
Pour sa deuxième saison depuis sa réouverture, le bouillonnant Forum des Images propose un aussi passionnant que touffu cycle "Paroles" en deux parties… Par quel biais aborder en effet aborder cette question protéiforme de la parole au cinéma : la philosophique, l'anthropologie, l'histoire et la sociologie, l'esthétique et l'analyse cinématographique ? Pour ne pas se perdre dans les marais de la théorie, le Forum choisit de multiplier les approches ("Naissance de la parole", "Le Verbe et le sacré", "Au tribunal", "la parole au pouvoir", "La voix du peuple", "La parole enfermée", mais aussi "Jeanne d'Arc"), en prenant pour boussole les films.
C'est l'occasion de voir et revoir des grands classiques (L'Enfant sauvage de Truffaut, Douze hommes en colère, Le Dictateur…) ou des chefs d'œuvre récents (Bamako, Dernier maquis, Hunger…) mais aussi de redécouvrir des raretés, notamment documentaires : ainsi le Koko, le gorille qui parle de Barbet Schroeder ou les films de Jean Rouch… Mais c'est aussi la possibilité de réfléchir avec de nombreux intervenants (Caroline Masson, Didier Eribon, Jean Collet, Marc Cerisuelo), à commencer par le cinéaste et critique Jean-Louis Comolli qui dirige un séminaire intitulé "Prendre la parole".
Rappelons en ce début d'année qu'en dehors de ses programmes thématiques le Forum propose de nombreuses activités pédagogiques, et que… les enseignants bénéficient d'un abonnement à tarif réduit !
Cycle Paroles au Forum des Images
Première partie du 16 septembre au 1er novembre 2009
Deuxième partie du 9 décembre 2009 au 28 janvier 2010
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 15.09.09 à 17:02 - Réagir

Voila un titre qui sonne comme de juste, en ce premier jour de juillet… Mais qu'on ne s'y trompe pas : la re-sortie en salles des Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati (1953) est l'aboutissement d'un travail de restauration de longue haleine, destiné à rendre à l'image et (surtout) au son du film leur éclat originel ; originel ou presque puisque c'est non la version de 1953 que l'on verra sur les écrans, mais celle de 1978, la dernière revue et approuvée par Jacques Tati. Perfectionniste inlassable, le cinéaste avait l'habitude de revenir sur le montage de ses films pour les améliorer encore et toujours : pour Les Vacances de Monsieur Hulot il alla jusqu'à retourner des plans pour ajouter le gag du canoë-requin, inspiré par le succès planétaire récent du film d'un tout jeune cinéaste… Les Dents de la mer de Steven Spielberg.
Les Vacances de Monsieur Hulot est une œuvre-charnière dans la carrière de Tati : parce qu'il réédite et amplifie l'énorme succès que fut Jour de fête (1949) ; parce qu'il introduit un personnage auquel le public l'identifiera, et qui l'accompagnera, bon gré mal gré, jusqu'à Trafic (1973). Au-delà du portrait, historiquement passionnant, d'une France d'après-guerre qui se reconstruit dans le loisir de masse — les vacances à la mer — (au même titre que ceux de Louis de Funès, les films de Tati, de Jour de fête à Playtime, constituent un document de première main sur vingt ans d'évolutions de la société française), Les Vacances de Monsieur Hulot est d'abord un chef d'œuvre du burlesque, avalanche de gags dont chacun mériterait d'être décortiqué pour comprendre comment les divers éléments du langage cinématographique (le cadrage, le son, le jeu des comédiens) concourent à provoquer le rire. Quelques-uns de ces aspects sont abordés dans cette fiche Teledoc du CNDP. Mais ceux qui ne l'ont pas vu ont encore l'occasion d'aller se plonger dans l'univers du cinéaste en découvrant l'Exposition que lui consacre la Cinémathèque Française, que nous avions chroniqué ici.
[Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati. 1953, version revue en 1978. Durée : Distribution : Carlotta. Sortie le 1er juillet 2009]
Posté dans Dans les salles par zama le 01.07.09 à 12:29 - 2 commentaires
Education
Le Café pédagogique
La Maison des enseignants
Les cafés géographiques
Curiosphere.tv
Lesite.tv
Cinéhig
Weblettres
CNDP
Spinoo
Le Quai des images
Educnet
Vous nous ils
Blogs
Ecrans
Sortie de secours
Cinéma
La Bifi
Cadrage
Cinéchronique
Les Cahiers du cinéma
La Cinémathèque
Le Forum des Images
Fluctuat.net
Imbd
Télérama