
Originellement prévu pour l’automne,
Marie-Antoinette de Sofia Coppola a vu son plan de sortie bousculé par une sélection officielle au
Festival de Cannes 2006 et sera dans les salles
dès le 24 mai. Attisée par de nombreux avant-papiers dans la presse grand public (les journalistes s’étant bousculé sur "
le tournage le plus hype du moment", qui avait l’avantage de se tenir à
trois stations de RER), la curiosité est montée d’un cran avec la mise en ligne du
teaser et de la bande-annonce sur le
site du film.
Le message délivré par les premières images et les interviews semble clair : Marie-Antoinette est une
fille d’aujourd’hui ! Elle écoute de la new wave (New Order sur le teaser et la bande-annonce) et de l'electro (le groupe Air signe la Bande Originale), elle aime le rose et les robes de princesse, elle ne pense qu’à flirter et à faire la fête… Une cousine des
jeunes filles en fleur (de lys) de
The Virgin Suicides et
Lost in Translation, en somme…
Les
historiens risquent évidemment de faire les gros yeux :
- parce que le scénario de Sofia Coppola, qui s’inspire d’une biographie anglaise d’Antonia Fraser, risque de verser dans l’hagiographie sinon le martyrologe
- parce que le film (qui semble suivre la reine jusqu’au
16 octobre 1793, même si la promotion insiste plutôt sur le côté "Petit Trianon") présente la reine sous les traits éternellement adolescents de l'actrice Kirsten Dunst, alors qu'il s'écoule 23 ans entre son mariage avec le Dauphin et sa rencontre avec la guillotine.
Alors, le film constituera-t-il une audacieuse recréation de la fin de l'Ancien Régime, susceptible de donner aux élèves et au grand public le goût de cette période, ou bien comme on peut le craindre, une réinterprétation kitsch et larmoyante de l'Autrichienne en
Lady Di avant la lettre ?
On méditera ces mots de Cécile Berly, universitaire spécialiste de la période, dans un
article intitulé "Marie-Antoinette sur le Net : de l’usage de la reine ou des usages d’une mémoire royale et féminine", où elle analyse la pérennité d'une
mémoire mythique de la reine :
"Internet obéit à la loi biographique propre à ce personnage historique : superposer "deux" Marie-Antoinette, étrangères l’une à l’autre. Enfin, ce monde virtuel "cristallise" cette mémoire autour d’objets, de lieux ou d’individus ; l’art et la légendaire douceur de vivre du règne de Marie-Antoinette permet une adroite politique commerciale de son nom et de sa mémoire."