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Dans la peau du caïman : le politique chez Moretti et Zéro
Il pourra paraître incongru d’accoler le nom du réalisateur de Journal intime et celui du Tronc, de mettre sur le même plan l’auteur palmedorisé et l’animateur télé en rupture de ban.Mais les sorties presque concomitantes et largement médiatisées (par l’exposition cannoise pour l’un et le "buzz" politico-médiatique pour l’autre) du Caïman (le 22 mai) et de Dans la peau de Jacques Chirac (le 31 mai) rendent le rapprochement tentant. Car après tout, les deux films s’attaquent de front à un tabou que le cinéma a rarement transgressé : incarner un leader politique dans le temps même de son règne.
Les documentaristes se sont bien attaqués, prudemment, au temps de la campagne (la série marseillaise de Jean-Louis Comolli, Raymond Depardon avec Une partie de campagne, d’ailleurs interdit sitôt la victoire), les biographes ont célébré les morts (Le Promeneur du Champ de Mars de Robert Guédiguian et tous les biopics américains), les polémistes ont lancé leurs traits (les pamphlets Farenheit 9/11 ou Viva Zapatero)…
Nanni Moretti et Karl Zéro eux ont l’ambition de frotter la fiction au réel (et vice versa), en essayant de s’approprier les deux dirigeants comme personnages à part entière.
Chacun le fait à sa manière. Moretti utilise le procédé (déjà éprouvé dans Aprile, son dernier film politique) de la mise en abîme. Il met en scène un producteur qui voudrait tourner un film sur Berlusconi. Le caïman se pose de manière très littérale la question de l’incarnation : qui peut jouer le (désormais ex) dirigeant italien, mieux que l’intéressé lui-même ? Et à quoi bon quand, comme le dit le cliché, la réalité dépasse toujours la fiction ?
Karl Zéro, lui, fidèle aux méthodes du Vrai Journal ("Méfiez-vous des contrefaçons"), brouille la frontière entre documentaire et fiction. Dans la peau de Jacques Chirac n’est constitué que d’images d’archive récupérées dans les fonds télévisuels (dont on peut apercevoir de savoureux extraits sur le site officiel du film), mais le commentaire à la première personne est totalement fictif, et interprété par un imitateur. Il est intéressant de noter que dans le dossier de presse, l’animateur-réalisateur insiste sur la vraisemblance de ce texte, tout en dénonçant les mensonges induits par les images. Il ne désigne d’ailleurs le président en exercice que par des termes s’appliquant aux comédiens : "bête de scène", "monstre sacré", "notre plus grand acteur", termes que ne renieraient certainement pas Il Cavaliere.
Malgré tout ce qui sépare les deux hommes politiques et les deux films, Le Caïman et Dans la peau… procèdent ainsi de la même fascination (rigolarde chez Zero, glacée chez Moretti) pour l’histrionisation de la politique, et d’une même recherche paradoxale de vérité dans la fiction, quand le réel institutionnalise la communication mensongère.
A suivre…
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 17.05.08 à 00:36
Commentaires
De jurieu, posté le 17.05.06 à 09:52
à suivre, en effet. j'avoue que je me fais peu d'illussions sur le travail de KZ, surtout depuis que j'ai vu que Didier Gustin était de l'aventure (la voix de chirac, c'est lui), mais c'est peut-être un préjugé de cinéphile…
à suivre, en effet. j'avoue que je me fais peu d'illussions sur le travail de KZ, surtout depuis que j'ai vu que Didier Gustin était de l'aventure (la voix de chirac, c'est lui), mais c'est peut-être un préjugé de cinéphile…
De marie, posté le 17.05.06 à 20:35
il y a eu "Le bon plaisir" de Francis Girod qui brodait sur une histoire d'adultère (et d'enfant caché) présidentiel qui se heurtait à la raison d'état, mais le président en question était fictif, et le grand public n'avait pas forcément conscience que le film s'inspirait de faits avérés.
il y a eu "Le bon plaisir" de Francis Girod qui brodait sur une histoire d'adultère (et d'enfant caché) présidentiel qui se heurtait à la raison d'état, mais le président en question était fictif, et le grand public n'avait pas forcément conscience que le film s'inspirait de faits avérés.
De boby, posté le 20.05.06 à 00:20
Faut espérer que l'impact sera plus efficace que le dernier film de Michael Moore. Ca se retourne souvent en faveur de la victime.
Faut espérer que l'impact sera plus efficace que le dernier film de Michael Moore. Ca se retourne souvent en faveur de la victime.
De garou, posté le 22.05.06 à 20:20
j'ai pas trop de sympathies pour chichi, mais j'ai du mal à le comparer à un type comme berlusconi qui mélange ses affaires et celles du pays, qui se vote des lois à sa mesure, qui accumule les propos démagogiques et provocateurs (l'autrichien qu'il a traité de kapo)
j'ai pas trop de sympathies pour chichi, mais j'ai du mal à le comparer à un type comme berlusconi qui mélange ses affaires et celles du pays, qui se vote des lois à sa mesure, qui accumule les propos démagogiques et provocateurs (l'autrichien qu'il a traité de kapo)
De Toulalan, posté le 25.05.06 à 13:12
"Il caïman", Palme d'or ? C'est l'envie qui me pousse à défendre cette perle de cinéma-engagé. D'une rare subtilité, il est un film un film dans lequel l'humour se mélange à l'aigreur, au douloureux réveil, à l'angoisse, qui nous oblige à lever les yeux. Chirac Berlusconi même combat
"Il caïman", Palme d'or ? C'est l'envie qui me pousse à défendre cette perle de cinéma-engagé. D'une rare subtilité, il est un film un film dans lequel l'humour se mélange à l'aigreur, au douloureux réveil, à l'angoisse, qui nous oblige à lever les yeux. Chirac Berlusconi même combat
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