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Djourou, où comment la dette étrangle l'Afrique

coton.jpgAvec son unique salle parisienne et ses deux séances par jour, Djourou, une corde à ton cou pèse aussi peu dans le paysage cinématographique français que le Mali dans l’économie internationale. Raison de plus pour accorder la place qu’il mérite à ce documentaire qui dénonce le scandale de la dette du Tiers Monde.
Ici pas d’interpellation directe du consommateur européen comme dans le Cauchemar de Darwin, mais, à travers le cas du Mali, une analyse rigoureuse et percutante d’un fait économique complexe (quoi de plus virtuel pour le citoyen lambda que ces sommes astronomiques qui planent comme une épée de Damoclès au dessus des populations du tiers-monde) aux conséquences pourtant cruelles.
Par sa construction (voir les critiques du film de Libération et surtout du Monde) alternant images d’archives, plans fixes du quotidien malien et quelques interviews ciblés (un ministre, un paysan, un représentant du FMI), par son commentaire très écrit surtout, le film du suisse Olivier Zuchuat rappelle le superbe Le Profit et rien d’autre de Raoul Peck et sa lancinante litanie : « Je viens d’un pays qui n’existe pas ».
C’est potentiellement (et pour l'année prochaine !) un bon support pédagogique pour le programme de géographie des terminales (principalement le chapitre sur "Les Suds", voire pour illustrer l’explosion des flux financiers mondiaux dans la partie "L’espace mondialisé"), mais il peut également servir en histoire (le film revient sur la décolonisation et l’histoire post-coloniale du Mali) et en SES (pour évoquer le problème du financement de la croissance des pays en développement).
En attendant, on pourra se précipiter aux débats proposés dans les salles autour du film (les 8, 9, 10, 11 et 13 juin à Paris puis en province) mais également approfondir le sujet sur le Net : sur le site du film d’abord (qui propose dossier de presse, articles de presse et interview du réalisateur) puis sur les innombrables sites militants consacrés à l’annulation de la dette ou à la réforme des institutions financières internationales. Pour ne citer qu’un article, le plus clair et le plus pédagogique : La tragédie de la dette en cinq actes, sur le site du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde, qui analyse l’origine et la nature (dette privée, dette multilatérale, dette bilatérale) de l’endettement du tiers-monde, expose les causes de la « crise de la dette » au début des années 1980 et raconte l’étau qui se resserre depuis sur les pays pauvres (le Mali par exemple, toujours débiteur de 2,7 milliards de dollars, alors qu’il a déjà payé sept fois les montants empruntés). On pourra compléter par le point de vue plus institutionnel (mais on arrive aux mêmes constats) de la Documentation française.
NB, pour conclure : En bambara, le mot djourou a deux significations : il désigne à la fois la dette et la… corde du pendu.

[Djourou, une corde à ton cou d'Oliver Zuchuat, 2003 Distribution : Paradoxe ; sortie le 8 juin 2005]

Posté dans Dans les salles par zama le 08.06.08 à 16:01

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