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Jacques Chirac, une vie française…

Avouons que nous attendions au tournant ce documentaire hybride aux relents par trop télévisuels (Vrai Journal/Guignols de l'Info), au "casting" hétéroclite (Zéro/Gustin/Zemmour, l'animateur en rupture de ban, l'imitateur franchouille et le polémiste néo-macho) et au sujet trop beau pour être traité honnêtement…
Dans un sens nous avions raison de nous méfier. Dans la peau de Jacques Chirac est tout sauf pédagogique : il ne nous explique ou apprend à proprement parler rien sur l'histoire de la France des quarante dernières années (et les transformations que certaines décisions ou prises de position effleurées dans le film ont entraînées). Dans la peau de Jacques Chirac n'a rien de citoyen ou de politique au sens où on l'entend ici : il n'y est pas question d'idées ou de convictions, mais de course au pouvoir, d'aventure personnelle et de luttes de clans…
Il faut le prendre pour ce qu'il est : un somptueux (par la qualité des archives présentées, qui prennent une force nouvelle projetées sur l'écran de cinéma) album-souvenir des 40 dernières années, et une formidable fiction sur le pouvoir (comment on le gagne et comment on fait tout pour le garder ensuite)…
Sans escamoter ses zones d'ombre (les implications dans les affaires et la complaisance envers l'extrême droite), la magie du montage fait du président en exercice un incroyable héros romanesque, tout à tour ridicule (le portrait du français en beauf macho et satisfait n'est pas sans rappeller celui que donnait Jean Dujardin dans OSS 117) et touchant (cf la reprise du poème de Kipling, Tu seras un homme mon fils). Le film orchestre le petit théâtre du pouvoir, tantôt comédie tantôt drame, théâtre où il est question de pères (De Gaulle, Pompidou, Mitterrand), de (faux)frères (Balladur, Jospin) et de fils (Juppé, Sarkozy, Villepin, Claude Chirac)… On pense ainsi (malgré tout ce qui les sépare) au travail dramaturgique de Jean-Louis Comolli (et du journaliste Michel Samson) sur la politique Marseillaise, et notamment à Marseille de père en fils consacré à la succession de Gaston Defferre (voir cet article de la revue ethnologique Terrains).

[Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer. 2005. Durée : 1 h 30. Distribution : Rezo Films. Sortie le 1er Juin 2006]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 02.06.08 à 15:15

Commentaires

De barbare lanar, posté le 02.06.06 à 23:49

N'allez pas donner des sous a karl zero. C'est pas le besancenot de la télévision et c me parait trop médiatique et publicitaire pour etdre bénéfique.
De Luto, posté le 04.06.06 à 16:35

Donnez des sous à Karl Zéro plutôt que des voix à Besancenot, je dirais !
De franziska, posté le 05.06.06 à 13:27

je suis d'accord avec vous, j'ai été plutôt séduite, mais le film ne risque-t-il pas de conforter la "guignolisation" en cours de la politique, le jeu des petites phrases et des belles gueules, la démagogie en totu cas ?
De ben, posté le 07.06.06 à 00:57

ok le montage est plutôt réussi, ok les images d'archive sont incroyables (même si on a déjà l'impression d'en avoir vu un bon nombre : par ex Chirac avec Danièlle Gilbert, ou la reprise des débats télévisés Chirac-Jospin, Chirac-Mitterrand, Jospin-Chirac). Moi ce qui m'a gêné, c'était les rires forcés, voire hystériques, de la salle… comme s'ils étaient là pour ça de toute façon, et qu'il n'y avait pas à réfléchir plus. Certes j'ai souri souvent, ri parfois… mais l'ensemble laisse un goût plutôt amer, même si on se laisse aller à le prendre en sympathie le Jacquot. Se dire que la France a été gouvernée non pas par un médiocre car il est plutôt intelligent, mais dans une médiocrité boutiquière et une hypocrisie affichée depuis bientôt douze ans, ça ne me donne pas particulièrement envie de s'esclaffer grassement… J'avais l'impression que ces gens se sentaient tellement du bon côté du manche (ceux qui sont plutôt de gauche, ceux qui savent de qui se moquer) que ça les dispensait de mener une quelconque réflexion sur ce qu'ils étaient en train de regarder…
De Harpo, posté le 07.06.06 à 17:12

Il faut, je crois, le prendre pour ce qu'il est: un pamphlet sur le pouvoir incarné par un homme que le pouvoir obsède.Ce qui est incroyable , c'est que les traits de caractère de Chirac,même déformés ou rendus excessifs par les commentaires de Karl Zéro ne trahissent pas le personnage.
Ce qui est troublant et qui devrait nous donner à réfléchir, c'est que, par le jeu de la démocratie, et sans vraiment se dissimiler, il ai gardé le pouvoir aussi longtemps.
De buitone, posté le 09.06.06 à 12:58

on pourrait haïr Chirac si c'était un tyran arrivé au pouvoir par la force ou en ayant truqué les élections mais non : il a été deux fois élu au suffrage universel par une majorité de français (même si dans des circonstances particulières la seconde fois, ce qui n'empêche pas qu'il est arrivé en tête du premier tour)… on a eu la médiocrité que l'on méritait. C'est en ça que j'ai trouvé le film touchant : c'est un portrait de la France, dans ce qu'elle a de sympathique et de détestable…

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