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The Road to Guantanamo

The Road to Guantanamo où comment quatre jeunes anglais partis de Tipton pour assister à un mariage au Pakistan reviendront trois, deux ans et demi plus tard, après être passés par l'Afghanistan en guerre et les geoles américaines de Guantanamo Bay.
On pourra faire plusieurs reproches, esthétiques et moraux au film de Michael Winterbottom et Mat Whitecross :
- en mêlant les images d’interviews des vrais protagonistes (Ruhel Ahmed, Asif Iqbal et Shafiq Rasul), et la reconstitution filmique de leur parcours (plus quelques archives de reportages télévisuels), le film entretient une confusion sur le réel qu’on pourra juger dangereuse. Et donne les atours de l’objectivité à des témoignages dont on ne se permettrait pas de remettre en cause ici l'honnêteté, mais dont il faut reconnaître qu'ils sont rien moins que partiels.
- en s’attachant aux cas très particuliers des "Trois de Tipton", le film peut sembler vouloir faire croire que le camp de Guantanamo n’est peuplé que de bons garçons malchanceux, ce qui n’est pas plus honnête que de dire l’inverse (qu’il n’abriterait que des djihadistes assoiffés de sang occidental). Ou considérer que la dénonciation des conditions carcérales et de l’arbitraire juridique institués par les Etats-Unis à Guantanamo ne vaut que pour ces cas particuliers de présumés innocents, et pas pour les autres prisonniers du camp, présumés coupables.
Ceci posé, force est de reconnaître à la fois l’efficacité cinématographique (reconstitution de l'Afghanistan en guerre et des camps X-Ray et Delta, tournage caméra à l'épaule façon reportage) du film de Michael Winterbottom et la force de questionnement politique et citoyen qui en découle. C’est encore les Cafés Géographiques qui parlent le mieux d'un film dont le point de départ est après tout hautement géographique : combien il en coûte de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Olivier Milhaud souligne qu'"en montrant des visages, en filmant des paysages, en suivant une route, où Guantanamo n’est par chance qu’une étape, [le film] propose une vision étonnamment réaliste du monde." Il démonte aussi "l'erreur géographique" de l'administration américaine : "En entendant lutter contre le réseau Al-Qaida, les Américains se sont attaqués au territoire afghan. Si bien que le contresens est vite fait entre les Afghans, leur territoire et les terroristes : on ne peut pas être dans la ville de Kunduz, une des dernières places fortes des Talibans du nord, sans être forcément un Taliban. Et on ne peut pas être un Taliban sans être un terroriste. Les interrogateurs américains reproduisent cette erreur classique de la géographie des identités - confondre un lieu avec ses habitants et réduire les habitants à leur lieu - tout au long du film."
Même si la période est plus au bachotage qu'à l'ouverture culturelle, on rappellera que les thématiques du film recoupent de nombreux notions du programme d'Histoire (La recherche d'un nouvel ordre mondial depuis 1970) et de Géographie Diversité des Suds, Superpuissance américaine, un Espace mondialisé) de Terminale, en les reliant à l'actualité la plus récente. Mais on peut aussi élargir la réflexion à un point de vue moral et philosophique sur les droits de l'homme, la justice et l'expérience carcérale comme le font Olivier Milhaud (citant Michel Foucault et Emmanuel Levinas) et Nicolas Bauche (qui rappelle la citation de Saint-Just : "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté").
Pour faire le point sur le dossier Guantanamo, on renverra à l'article de Wikipedia, au dossier mis en ligne par Amnesty International, et au petit 4 pages réalisé par le distributeur, qui donne l'essentiel des informations sur le film et le sujet (téléchargeable en pdf par exemple ici sur le site de Reporters sans frontières). Et, par curiosité, sur cette étonnante visite virtuelle du camp Delta proposée par le site Zone interdite.net, créé par deux artistes suisses, dont on ne garantit cependant pas l'exactitude.

[The Road to Guantanamo de Michael Winterbottom et Mat Whitecross. 2005. Durée : 1 h 35 mn. Sortie le 7 juin 2005]

Posté dans Dans les salles par zama le 07.06.08 à 15:59

Commentaires

De Groucho, posté le 07.06.06 à 17:23

Je l'ai vu à l'avant-première du ciné-cité Bercy, en présence des 3 de Typton et ça a été un moment fort. Je voudrais saluer le courage et le sang froid de ces 3 hommes qui n'ont exprimé ni rancoeur, ni haine. J'espère qu'ils obtiendront des dédommagements à la mesure du calvaire qu'ils ont vécu ( et que les ong et assocs de défense des droits de l'homme se porteront parti civil), au moins autant que la somme versée aux victimes du tabac par les industries du tabac, car si il est difficile d'admettre que l'on ai pu laisser faire de telles atrocités, au nom des valeurs de la démocratie, il me semble inadmissible de ne pas exiger réparations, au nom de ces mêmes valeurs .
De Cristina, posté le 07.06.06 à 17:42

J'entends dire, ici et là, que le film de Winterbottom est contestable parce les témoignages des ex-prisonniers ne prouvent pas leur innocence. Mais les tribunaux les ont innocenté, tandis, qu'à ma connaissance, aucun tribunal n'a condamné l'administration américaine pour ses agissements arbitraires et inhumains!
De fortresseurope, posté le 09.06.06 à 12:51

ces types sont admirables parce qu'ils n'expriment aucune haine contre ceux qui leur ont fait tant de mal.
une blague aussi pour montrer qu'ils n'ont pas perdu le sens de l'humour : à la question "lors des interrogatoires quelle différence y avait-il entre les militaires américains et les militaires anglais" l'un d'eux a répondu : "l'accent" !
De apu, posté le 09.06.06 à 14:55

hmmm, docufiction… ça fait pas un peu "vis ma vie de prisonnier" sur TF1 ça ?
De jade, posté le 10.06.06 à 01:26

c ironique la blague de fortressseurope? Espérons une nouvele fois que ce film changera les menttalités mais on risque de se rendre compte encore une fois que ce nest pas son rôle ou simplement qu'il n'en est pas capable.
De jean-o, posté le 12.06.06 à 12:11

trois suicides à guantanamo révélés ce week-end par l'armée américaine… ce film est d'une actualiité urgente !!! allez le voir et signez la pétition sur le site d'amnesty !!! ne vs laissez abrutir par le foot et la bière !!!
De panisse, posté le 12.06.06 à 13:15

tourné un peu dans le même style, In this world de Winterbottom qui suivait deux pakistanais jusqu'en angleterre était une vraie claque…
De Ramon, posté le 13.06.06 à 11:23

je n'ai pas encore vu le film mais j'ai très envie depuis cette histoire de suicide… Le cynisme des Etats-Unis est incroyable : circulez, il n'y a rien à voir. J'imagine la réunion de crise : bon les gars il y a eu trois suicidés, comment on communique ?

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