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Retour sur le caïman

Extrêmement attendu en France en général et au Festival de Cannes en particulier, le dernier film de Nanni Moretti a quelque peu déconcerté le public et les commentateurs, qui se sont rendus compte avec une surprise parfois mêlée de déception de ce que serinaient le réalisateur et les critiques italiens depuis la sortie du film en Italie : à savoir que Le Caïman n'était pas ni pamphlet politique ni un film sur Silvio Berlusconi
Avouons que nous n'avons nous-mêmes trop su que faire, d'un point de vue pédagogique, de ce film qui a la malice de déjouer une à une les attentes que son brûlant sujet peut faire naître.
Alors, en guise de rattrapage tardif, signalons quelques approches en ligne du Caïman :
- pour les italianistes le Café Pédagogique n° 73 présente quelques articles en lien (dans le cadre d'un dossier spécial qui présente également les autres films italiens présentés au Festival de Cannes, classiques compris, et le palmarès des David di Donatello).
- les Actualités pour la classe du CNDP présentent le film dans leur sélection de juin. Philippe Leclercq conseille le film "au lycée en histoire pour l’Italie moderne, en classes audiovisuelles pour l’état du cinéma italien contemporain et en sciences politiques pour la question du « berlusconisme". Il insiste, à travers l'analyse de la structure narrative du film, sur le jeu avec les différentes incarnations du Cavaliere, et sur l'intelligente avec laquelle Moretti renouvelle le genre du film "politique" : "Au lieu de tordre le récit et de l’inféoder au discours ou message politique (contrainte courante du genre dans les années 1960-1970), c’est ici la chose politique qui suit la ligne directrice tracée par les déceptions et trahisons de l’infortuné Bruno."
- un joli article sur le blog d'une enseignante de philosophie, Laurence Hansen-Love (par ailleurs prof de cinéma) intitulé "L'humour amer de Nanni Moretti". Encadrant son article de deux citations, l'une de la Boëtie (Discours de la servitude volontaire, 1549) et l'autre de Tocqueville (De la démocratie en Amérique, 1840), elle s'interroge avec Nanni Moretti sur le joug que les Italiens se sont démocratiquement imposé : "L’énigme est la suivante : pourquoi les Italiens ont-ils câliné puis porté au pouvoir un caïman (crocodile à museau large et court) ?"

[Le caïman de Nanni Moretti. 2005. 1 h 52. Distribution : Bacfilms. Sortie le 22 mai 2005]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 12.06.08 à 18:22

Commentaires

De khadidja, posté le 13.06.06 à 11:19

ce film est magnifique… je pense qu'il méritait le prix du scénario à Cannes, plutôt que de le donner en lot de consolation à Almodovar (en revanche le prix d'interprétation collectif était une bonne idée) : la façon dont l'histoire personnelle et l'histoire politique sont mêlées, la construction subtile de l'histoire au début, le décalage subtil de l'humour (la façon dont bruno lit le scénario en imaginant le caïman sous les traits de Berlusconi mais sans s'avouer que c'est bien lui), c'est du pur Moretti et c'est génial…
De joffrin, posté le 13.06.06 à 12:51

Entièrement d'accord avec khadidja. Un film fort, puissant, un film à propos tout en restant un pur moment de spectacle. Merci de nous éclairer de ces nouveaux articles.
De karl, posté le 14.06.06 à 02:47

La fin pessimiste et fictive est magnifique. Elle témoigne bien de ce qu'est le fascisme. Le mélange des deux histoires est exellent, on retrouve le talent des grands de la veille avec ce film.
De LNA, posté le 14.06.06 à 15:46

tout à fait d'accord avec les témoignages ci-dessus… on attendait un pamphlet, on a eu un film, et un grand ! Tant mieux
De BIBI, posté le 15.06.06 à 18:07

"Elle témoigne bien de ce qu'est le fascisme."
Ah bon où est-ce que tu as vu une critique du fascisme dans ce film??? Berlusconi ne l'a jamais été!!
De renaud, posté le 16.06.06 à 17:23

bien sûr Berlusconi n'a jamais été "fasciste" au sens fort du terme, même s'il a pu s'allier avec les néo-fascites d'Alleanza Nazionale. Il y a néanmoins chez lui (même s'il ne passe pas à l'acte) une forte tentation antidémocratique dans ses attaques contre le pouvoir judiciaire (ses mots sur les juges "dégénérés" dans le film sont véridiques), sa mise au pas du parlement et des médias, ses tentatives pour transformer chaque élection en plébiscite sur sa personne, sa démagogie permanente ; et évidemment dans ses valeurs : autoritarisme, nationalisme, anti-intellectualisme…
Ce que Moretti expose dans la dernière partie du CaÏman, c'est ce danger fasciste. Fallait-il attendre qu'ils aient exterminé la majorité des juifs d'Europe pour combattre les nazis ?

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