
Nous l'annoncions il y a presque un an comme
l'événement 2006. Nous ne mesurions pas alors à quel point. Rarement un film aura semblé plus en phase avec les attentes et les contradictions de la société française qu'
Indigènes de Rachid Bouchareb.
A l'immense
attente de la jeunesse (il n'est qu'à voir les messages d'encouragement sur les forums et blogs) ont répondu le
couronnement cannois (un
Prix d'interprétation hautement symbolique) et un véritable déferlement médiatique. La
reconnaissance officielle, enfin est venue du plus haut de l'état : en annonçant par la voix du ministre aux anciens combattants une
revalorisation des pensions cristallisées, Jacques Chirac a entériné la "victoire" du film avant même sa sortie en salles.
Avant de dresser un inventaire des copieuses
ressources disponibles sur le film, on soulignera deux points :
— On peut saluer le talent des producteurs et le génie du "coup marketing" (réunir un quatuor emblématique de la France "issue de l'immigration")… Mais il faut également rendre justice au
profond engagement personnel du réalisateur, des comédiens et des producteurs, au premier rang desquels Jamel Debbouze qui a quitté avec courage sa défroque d'amuseur pour porter un message plus profond.
— Il faut également souligner les efforts engagés par le producteur (Tessalit) et le distributeur (Mars films) du film pour aider à une exploitation pédagogique de ce film : notamment l'organisation à une échelle encore inédite (dans une cinquantaine de villes de France) d'
avant-premières pour les enseignants, la création de nombreux
outils d'accompagnement pédagogique listés ci-après.
Résumons, donc. De notre point de vue,
Indigènes est un excellent matériau pour l'enseignant d'Histoire : il permet bien sûr, en
Troisième et en
Première, de resituer le rôle de la France dans la Libération de l'Europe, en rendant justice à la participation des tirailleurs nord-africains (sans exagérer leur rôle non plus). Mais il peut offrir également une ouverture intéressante sur la séquence
colonisation/décolonisation : produits de l'Empire, ces hommes seront aussi les ferments de la révolte (un leader indépendantiste comme Ahmed Ben Bella a fait ses classes dans l'armée française). Il y a enfin tout un travail à faire sur la
mémoire de la Seconde Guerre Mondiale, en montrant comment la participation de ces soldats indigènes, d'abord exaltée pour glorifier la France d'Outre-Mer, a été ensuite occultée (en France et dans les pays africains) avant de revenir dans le débat public (cf l'éclairante
interview de Pascal Blanchard sur le site
Vousnousils.fr).
On retrouvera tous ces points analysés lors d'une
séquence pédagogique d'une vingtaine de pages, réalisée par Valérie Marcon, enseignante d'histoire, disponible sur notre
site pédagogique Indigènes. On pourra également s'appuyer sur les ressources suivantes :
— le
mini-site pédagogique Indigènes mis en ligne par France 5 Education qui propose, outre quelques repères chronologiques et webographiques,
une analyse de la bande-annonce du film, mais également des extraits vidéo et une exploitation pédagogique du documentaire
Jamel, Rachid, Roschdy, Sami, petits- fils de tirailleurs, diffusé prochainement sur la chaîne éducative.
— le
dossier Télédoc rédigé par Philippe Leclercq, professeur de lettres, et quelques compléments en ligne (interview du réalisateur et des acteurs principaux) sur le site "Actualités pour la classe" du CNDP.
— un
dossier d'orientation plus cinéphile, réalisé par un enseignant de cinéma (commandé par la région Ile de France, il a été réalisé par l'ACRIF, opérateur du dispositif "Lycéens au cinéma").
[
Indigènes de Rachid Bouchareb. 2005. Durée : 2 h 08. Distribution : Mars. Sortie le 27 septembre]