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Petits meurtres à l'arrière : Les âmes grises


âmesgrises_1.jpgL’adaptation du roman de Philippe Claudel par Yves Angelo (et l’auteur lui-même) était très attendue, et le film ne déçoit pas. Si l'on lui reprocher une certaine complaisance dans la morbidité et la noirceur (un peu adoucie par rapport au roman : le meurtre final du nourrisson a été supprimé) au service d’une propos finalement assez fumeux ("Tout ce qu’on peut faire parfois avec la vie, c’est de feinter. Les peuples inventent des guerres, et les hommes les meurtres… Nous sommes des âmes grises, voilà tout."), il faut lui reconnaître deux réussites : nous servir une remarquable galerie de portraits (superbement interprétés) de notables de province dans la France de 1917, et nous rendre l’atmosphère pesante d’une petite ville à la fois préservée et proche du front.
Les enseignants de Français ne manqueront pas les emprunts au Giono d’Un roi sans divertissement. Pour ce qui est de l’adaptation, on peut les renvoyer au site mis en ligne au moment du tournage mais totalement laissé en friche depuis, et sur les pistes pédagogiques (3èmes et Lycée) proposées par le CRDP de Strasbourg, un peu frustrantes puisqu’elles ne concernent… que l’affiche.
Rien pour les enseignants d’histoire, mais ils pourront aiguiller les élèves sur deux thèmes intéressants, qui recoupent le programme de Première (1S : "les Français dans la guerre", 1ES/L : "la Première guerre mondiale") :
- la "brutalisation" de la guerre et ses effets à la fois sur les corps (l’utilisation des masques à gaz par les enfants, la scène dans l’hôpital de fortune ; la « gueule cassée » croisée dans la rue) et les comportements : les soldats répercutent la violence inouïe qu’ils subissent (le soldat qui tue un homme non mobilisé, le soldat amputé qui hurle dans l’hôpital, la folie de l’instituteur…)
- les liens humains intenses qui existent entre le front et l’arrière : le film montre bien que le lien avec le front est maintenu au moyen du courrier (via le personnage de l’institutrice qui correspond avec son fiancé, et qui fait écrire ses élèves). Son originalité est de montrer la situation d’une ville proche du front (bruit des canons, soldats qui passent en permanence), où s'exacerbent les rapports entre mobilisés et "planqués".
Ainsi le film montre bien que tous les Français sont impliqués dans la guerre mais qu’en même temps la vie continue (l’enquête policière du film n’a rien à voir avec la guerre).

[Les âmes grises d'Yves Angelo. 2005. Distribution : Warner. Sortie le 28 septembre 2005]


Posté dans Dans les salles par zama le 28.09.08 à 12:05

Commentaires

De proserpine, posté le 20.01.06 à 09:56

janvier 2006. auditions parlementaires sur "l'affaire Outreau". A entendre et lire les témoignages sur une justice autiste, cruelle et de classe (comment ne pas interpréter comme ça le mépris du juge Burgaud), j'ai repensé au personnage ignoble joué -magnifiquement- par Villeret dans les Âmes grises. 1917-2006 : rien n'aurait donc changé ?
De tity, posté le 23.02.07 à 18:21

je dois faire une comparaison entre les ames grises de philip claudel et un roi sans divertissement de jean gionno, pour l'école, est ce que quelqu'un pourrait m'aider et tonner des petits indices? merci

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