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Duch, le maître des forges de l'enfer : face au bourreau

Duch le maître des forges de l’enfer

« Les bourreaux et les victimes échangent des mots, mais il n’y pas de dialogue. »
La phrase de Jean Hatzfeld (tirée d'un passionnant entretien) s’appliquait à S 21, la machine de mort khmère rouge, le précédent documentaire de Rithy Panh consacré au génocide cambodgien.
Elle éclaire tout aussi bien l’impression de malaise que l’on ressent à la vision de son nouveau film, Duch, le maître des forges de l’enfer. Dans le rôle de la victime, le cinéaste, dont la famille a été exterminée par les khmers rouges (il raconte son histoire ainsi que la genèse du film dans le livre L'Élimination, écrit avec Christophe Bataille) ; dans le rôle du bourreau, Duch, filmé au moment de son procès à Pnom Penh.  « Duch », de son vrai nom Kaing Guek Eav, a entre autres dirigé le centre S 21, principal des innombrables lieux de torture mis en place de 1975 à 1979 par la dictature de Pol Pot (responsable de près de 2 millions de mort dans la population cambodgienne). Il a été condamné à 35 ans de prison et à fait appel (jugement qui sera rendu en février prochain).
Le dispositif est très simple : il s’agit de nous confronter à la personne et à la parole de l’accusé, dont l’interview (rarement entrecoupée d’archives ou d’extraits de S21) constitue l’essentiel du film. Le cinéaste s’efforce, fidèle à son éthique, de ne jamais condamner a priori (Rithy Panh a propos des bourreaux de S21 : « il ne s’agissait pas de les traiter comme des assassins, ç’aurait été prendre le chemin qu’ils avaient eux-mêmes pris : pour eux, une victime qui arrivait au centre était déjà l’ennemi »), d’être en un mot le plus « humain » possible. En face, Duch louvoie, entre vérité et mensonge, entre rires et gravité, entre autojustifications et débuts (timides) d’examen de conscience (dont on peine à saisir la part de sincérité). Insaisissable et indéchiffrable, il échappe aux deux attitudes communément admises en la matière : la repentance ou le défi (à l’instar de dictateurs comme Slobodan Milosevic ou Saddam Hussein contestant la légitimité de leurs juges).

Souvent déconcertant, voire déceptif de par la personnalité de son unique protagoniste, le film n’en est pas moins toujours passionnant, parce qu’il pose de façon aigüe les questions du mal, de la responsabilité individuelle, de la justice (et de son impossibilité après un génocide). En complément à S21, la machine de mort khmère rouge, le documentaire éclaire également d’un jour nouveau le totalitarisme khmer rouge, notamment sous l’angle du langage : l’archive d’un court discours de Pol Pot au début du film, et surtout les terribles slogans de l’AngkarA te garder, on ne gagne rien. A t'éliminer, on ne perd rien. »), que le cinéaste soumet à Duch pour qu'il les commente, montrent le travail de redéfinition du réel (et de viol des consciences) à partir de la matière même des mots.

[Duch, le maître des forges de l’enfer de Rithy Panh. 2011. Durée : 1 h 43. Distribution : Les Acacias. Sortie le 18 janvier 2012]

Pour aller plus loin :
Interview de Rithy Panh par Télérama.fr
Entretien avec Jean Hatzfeld autour de S 21, la machine de mort khmère rouge (publié en 2004) sur le site Vacarme.net
— Dossier Lycéens au cinéma de S 21, la machine de mort khmère rouge

Également sur Zérodeconduite.net :
Un Barrage contre le pacifique, le précédent film de Rithy Panh (2009)
Site pédagogique (Histoire, Philosophie) sur La Révélation de Hans-Christian Schmid (2009), le procès d'un criminel de guerre serbe par la Cour Pénale Internationale

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Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l'éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d'elle... même à faire sa bar mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Joann Sfar a construit un univers riche et composite, nourri de son histoire familiale et de ses lectures, empruntant tout à la fois aux romans d’Albert Cohen (pour la chronique) et aux bandes dessinées d’Hugo Pratt (pour l’aventure).
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