Image du film The Happy Prince
Le comédien Rupert Everett a attendu toute sa vie pour porter à l'écran la vie de son idole, Oscar Wilde. C'est chose faite avec The Happy Prince, qui suit le roi des poètes anglais dans les derniers jours de sa vie, passés en exil à Paris. Une demi-réussite qui a tout de même le mérite d'offrir à l'acteur britannique son plus grand rôle.
Rupert Everett a attendu près de 20 ans. Après un début de carrière à succès  dans les années 90 (Le Mariage de mon meilleur ami,  Shakespeare In Love), l'acteur britannique s'est fait de plus en plus rare sur le grand écran. La raison ? Il l'a lui-même expliqué dans une interview en 2010 : son coming-out homosexuel l'aurait banni d'Hollywood. Il paraît donc tout à fait logique que son grand retour se fasse sous les auspices d'un autre grand exlié des arts à cause de son homosexualité : Oscar Wilde. On suit le prince des poètes anglais dans les dernières années de sa vie, condamné pour sa relation avec le jeune Bosie (Colin Morgan), en exil en France, loin de sa femme Constance (Emily Watson), de ses enfants et de la célébrité. 

Un film narcissique 

The Happy Prince est donc à la fois un hommage et une façon poignante pour Everett de régler ses comptes. L'acteur-réalisateur s'est donné le rôle principal, celui du poète, et a centré tout son film autour de sa personne. Il y interprète l'auteur du Portrait de Dorian Gray à la fin de sa vie, affaibli autant physiquement que mentalement, grimaçant de douleur, au bord du gouffre. Si ses mimiques sont parfois poussives, force est de constater que Rupert Everett délivre l'une des meilleures performances de sa carrière. Une rimbambelle d'acteurs et d'actrices talenteux (Colin Firth, Emily Watson, Edwin Thomas et même Béatrice Dalle) campent les proches qui ont accompagné Wilde dans ses derniers jours. Malheureusement, le film les sous-exploite, préférant revenir sans cesse à la figure fantomatique de l'écrivain. Désargenté, en proie à la maladie, le poète anglais se décompose peu à peu. Le film tente de mimer cette lente destruction en éclatant sa narration, en entremêlant souvenirs et temporalités, mais parvient surtout à perdre son spectateur dans des effets visuels parfois à la limite du grotesque. Le jeu d'acteur fascinant d'Everett, qui semble donner de tout son être, ne parvient malheureusement pas à sauver ces maladresses de style, et c'est surtout dans son intérêt biographique et historique que The Happy Prince trouve son salut.

Découvrir l'oeuvre de Wilde

Car si le film ne rend guère hommage à la poésie d'Oscar Wilde, il a au moins le mérite d'être une bonne porte d'entrée pour la découvrir. The Happy Prince, qui tire son titre d'une nouvelle de Wilde, est en effet parsemé de discrètes références à l'oeuvre du poète, qui pourront aisément être étudiées en cours d'anglais ou de littérature. On y voit même l'auteur à l'oeuvre, qui achève son De Profundis et rédige son dernier poème, La Ballade de la géôle de Reading. La retranscription du Paris des faubourgs de l'époque, dans lesquels Oscar Wilde traîne sa carcasse en compagnie de jeunes éphèbes, est plus ou moins convaincante, et et offre a minima une occasion d'aborder le tournant du XIXè et du XXè siècle. Il faudra prévenir les élèves de l'aspect lugubre du film, et de certaines scènes scabreuses, mais certains pourront peut-être y trouver un autre regard sur la période, plus cru que les films historiques habituels. 

The Happy Prince n'est donc pas une franche réussite. Rupert Everett a probablement voulu échapper au biopic conventionnel, et c'est tout à son honneur. Mais si sa dénonciation de l'homophobie à travers les âges est une cause noble, il la défend avec de trop gros sabots, et perd son spectateur dans un montage confus et une narration éclatée.
 

Ilyass Malki

The Happy Prince

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