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Augustine : l'invention de l'hyst?rie

Augustine

"Hyst?rique, madame, voil? le grand mot du jour. ?tes-vous amoureuse ? vous ?tes une hyst?rique. ?tes-vous indiff?rente aux passions qui remuent vos semblables ? vous ?tes une hyst?rique, mais une hyst?rique chaste (…) Vous ?tes ceci, vous ?tes cela, vous ?tes enfin ce que sont toutes les femmes depuis le commencement du monde ? Hyst?rique ! hyst?rique ! vous dis-je. Nous sommes tous des hyst?riques, depuis que le docteur Charcot, ce grand pr?tre de l’hyst?rie, cet ?leveur d’hyst?riques en chambre, entretient ? grands frais dans son ?tablissement mod?le de la Salp?tri?re un peuple de femmes nerveuses auxquelles il inocule la folie, et dont il fait, en peu de temps, des d?moniaques."
Maupassant, "Une femme", chronique parue dans le Gil Blas, 16 ao?t 1882

1885, Paris. Le docteur Charcot (Vincent Lindon), qui dirige ? l'h?pital de la Piti? Salp?tri?re un service de plus de 200 lits r?serv? ? des femmes souffrant de convulsions, poursuit ses recherches sur l’hyst?rie f?minine. S’il a acquis une grande notori?t? aupr?s du public parisien par ses fameuses "Le?ons" du mardi matin (voir le c?l?bre tableau de Brouillet), utilisant notamment l'hypnose pour recr?er de spectaculaires crises chez ses patientes, il lui reste encore ? convaincre d?finitivement ses pairs. Parmi la masse indistincte des malades, il rep?re en la personne d’Augustine (interpr?t?e par Soko), personnage historique dont les archives photographiques de l'h?pital gardent la trace (voir l'ouvrage du critique d'art Georges Didi-Hubermann, Invention de l'hyst?rie), la patiente qui lui permettra d’arriver ? ses fins.

Le grand sujet d’Augustine, c’est la fascination-r?pulsion des hommes pour le d?sir f?minin, ce d?sir que, dans la soci?t? corset?e de la fin du XIX?me si?cle, l’hyst?rie permettait d’exprimer, et d’exhiber (d’o? le succ?s des le?ons publiques de Charcot). Des b?chers dress?s pour les sorci?res du Moyen-?ge ? l’approche scientifique de Charcot, le progr?s est ind?niable, mais pas d?nu? d’ambigu?t?s. Alors que s’?tablit une relation de confiance entre Augustine et le m?decin, la libido sciendi (indissociable du d?sir de reconnaissance de Charcot), se confond peu ? peu avec la libido tout court, et on ne sait plus si le regard que Charcot porte sur Augustine est celui d’un th?rapeuthe, d’un chercheur, d’un esth?te (voir les photos d’Augustine qu'il r?alisait) ou plus prosa?quement d’un voyeur
En se passant avec une louable rigueur (le d?bordement de l’hyst?rie ?tant pr?cis?ment d? ? l’impossibilit? de les exprimer) des mots et des explications, se limitant ? une approche strictement behaviouriste de ses personnages, le film nous laisse un peu ? distance des ?motions d’Augustine ou du trouble de Charcot. Un pied dans l’ancrage documentaire (les t?moignages face cam?ra de patientes d’aujourd’hui dans des costumes d’hier), un autre dans le fantastique fin de si?cle (la musique du Dracula de Francis Ford Coppola sur le g?n?rique de d?but), il n'atteint vraiment le vertige escompt? que dans son dernier quart d’heure : quand l'h?ro?ne cesse enfin d’?tre passive pour s’?manciper du d?sir de Charcot. Magnifique ironie, c’est gr?ce ? une mascarade, celle qu’elle joue devant les membres de l’Acad?mie, que sera enfin reconnue la r?alit? scientifique de la maladie… Dialoguant, d’une s?lection ? l’autre, avec le prestigieux Au-del? des collines de Cristian Mungiu, le premier film d’Alice Winocour montre de tr?s belles promesses derri?re une ambition compl?tement aboutie…

Augustine d’Alice Winocour, France, 102 mn
Semaine de la critique
Sortie au cin?ma : le 3 novembre

Pour aller plus loin :
> Voir ce m?moire de DESS (12 pages) intitul? "Le regard m?dical R?flexions ? propos du tableau de Brouillet ? Une le?on clinique ? la Salp?tri?re ?" (pdf) qui montre ? travers le tableau de Brouillet que le regard m?dical, "en tant qu’il se r?f?re ? une conception de l’homme h?rit?e d’un cart?sianisme r?duit ? une techno-science" est intrins?quement an-?thique, car il ne permet pas la rencontre avec les patients.

Posté dans Festival de Cannes par zama le 22.05.12 à 13:09

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