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Les Chevaux de Dieu et Le Repenti

Les Chevaux de Dieu

Deux longs m?trages pour une seule interrogation : pourquoi devient-on terroriste ? C’est bien l’humanit? des islamistes que Merzak Allouache et Nabil Ayouch entreprennent d’explorer dans Le Repenti et Les Chevaux de Dieu. Passent ainsi ? la question Rachid, terroriste alg?rien tout comme Hamid, Nabil et Tarek, trois des marocains responsables des attentats de Casablanca en 2003.?

Les motivations du premier laissent dubitatif. Apr?s une d?cennie d’amn?sie collective mise au service de la concorde civile alg?rienne, le r?alisateur Merzak Allouache s’engage, au d?but des ann?es 2000, dans l’?laboration d’un sc?nario dont le parti pris est de laisser le spectateur libre d’interpr?ter le comportement ambigu de Rachid. Menac? dans son petit village de l’arri?re-pays alg?rien, le terroriste repenti s’installe en ville pour vivoter gr?ce ? un petit boulot de serveur. Doux de caract?re, il ne parvient pas v?ritablement ? convaincre son entourage de la sinc?rit? de sa repentance. Quel est cet hypocrite qui, tout en matant du coin des yeux les jeunes femmes et go?tant son plaisir devant les ?missions de t?l?vision, tarde ? livrer des informations au commissaire de police et propose, contre une grosse somme d’argent, de conduire un couple bris? par la trag?die terroriste sur la tombe de leur fille ex?cut?e par ses anciens fr?res d’armes ? Peut-il sinc?rement couper tous les liens qui l’unissaient aux fondamentalistes ? Fait-il passer sa survie avant sa foi ? Cherche-t-il simplement ? s’enrichir ou bien ? œuvrer cyniquement pour le sinistre djihad ? A toutes ces questions, la fin du film de M. Allouache pr?f?re h?las ne pas r?pondre, et la d?ception est ? la hauteur de l'attente.

Tel n’est pas le parti pris de Nabil Ayouch qui se livre dans Les Chevaux de Dieu (photo) ? une fine et minutieuse dissection du cheminement de trois jeunes qui les conduit des bidonvilles de Casablanca aux missions suicide organis?es dans la M?dina. Claire et argument?e, sa r?ponse ? la question des origines de l’islamisme est ? trouver dans l’incapacit? de la soci?t? marocaine ? int?grer toutes ses composantes. C’est bien la destruction de leur r?seaux de sociabilit? qui pousse les jeunes vers le radicalisme religieux. Jeune ca?d alcoolique, dealer de drogue sans vergogne, terreur de son bidonville, Hamid se range aux c?t?s des fondamentalistes une fois jet? en prison. Son jeune fr?re Tarek et son ami d’enfance Nabil s’engagent quant ? eux dans la sanglante voie du djihad quand, livr?s ? eux-m?mes apr?s un meurtre accidentel, ils n’ont plus personne vers qui se tourner pour demander r?confort et s?curit?.
Pour tous ces naufrag?s de la soci?t? marocaine, le processus d’enr?lement djihadiste para?t incontournable. Accueillis chaleureusement, nourris, encadr?s, choy?s, ils franchissent, une ? une, les diff?rentes ?tapes de l’apprentissage du terrorisme, depuis l’enseignement des arts martiaux jusqu’au lavage de cerveau fondamentaliste. Non content de livrer une passionnante description des rouages des organisations islamistes, le long m?trage de Nabil Ayouch s’offre ? un public fran?ais, r?cemment traumatis? par la folie meurtri?re de Mohammed Merah, comme une invitation stimulante ? relancer les d?bats sur la pluralit? des itin?raires emprunt?s par les terroristes fondamentalistes dans le monde.

Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch, Maroc, France, Belgique, 115 mn
Un certain Regard

Le Repenti (Et taaib) de Merzak Allouache, Alg?rie, France, 87 mn
Quinzaine des r?alisateurs?

Posté dans Festival de Cannes par Francis Larran le 24.05.12 à 13:44

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