L'actualité educative du cinéma
Alors qu’il avait laissé le soin à François Dupeyron d’adapter son livre La Chambre des officiers, le romancier Marc Dugain passe à la réalisation en transposant lui-même à l’écran son roman Une exécution ordinaire (Gallimard, Paris, 2007). Il a choisi, pour incarner les protagonistes de son drame soviétique, un cocktail d’acteurs français qui brille par son éclectisme. André Dussolier en Staline, Edouard Baer en physicien amoureux et désabusé, Denis Podalydès en concierge aigri… Qui aurait osé ? L’entreprise pouvait paraître de prime abord aussi risquée d’incertaine. Et pourtant, la recette fonctionne. Le spectateur est pris par leur jeu, placé avec talent aux antipodes de leurs rôles habituels, et plonge volontiers dans l’URSS stalinienne, telle que Marc Dugain a décidé de la représenter. Posté dans Dans les salles par francis le 04.02.10 à 16:42 - Réagir
En guise d'apéritif au Festival Un Etat du monde et du cinéma 2010, nous publions la retranscription d'une conférence donnée lors de la première édition du Festival (2009), par le psychologue Serge Tisseron.
[> Voir également la conférence de François de Singly, La famille dans le cinéma contemporain]

D’après la conférence donnée par Serge Tisseron* au Forum des Images lors du Festival Un Etat du monde et du cinéma 2009
Cette conférence a été entrecoupée d'extraits des films suivants, que nous ne pouvons reproduire ici :
Le Projet Blair Witch de de Daniel Myrick, Eduardo Sanchez (1999)
Rec de Paco Plaza, Jaume Balagueró (2008)
Redacted de Brian de Palma (2008)
Cloverfield de Jim Abrams (2008)
Afterschool d’Antonio Campos (2008)
Les films dont vous venez des voir les extraits sont construits sur un même postulat : quelqu’un est en train de filmer, et ce qu'il filme c'est ce que nous voyons à l'écran. Ils se terminent tous de la même manière, par la disparition des différents protagonistes : le dernier à disparaître est celui qui a réussi à tenir la caméra jusqu’au bout. La caméra est une espèce de relais que les protagonistes se passent au fur et à mesure.
Au niveau de la mise en scène, l’idée est de faire croire que c’est tourné en continu : pour masquer les raccords la caméra se perd au plafond, au sol, ou dans des bousculades. Cette manière de tourner est destinée à rappeller les films que l’on peut faire soi-même. Il y a un rapport d’intimité, de proximité entre le preneur d’images et les personnes filmées, qui crée pour le spectateur un sentiment accru d’immersion dans l’action.
Le succès du Projet Blair Witch est lié au fait qu’il a été lancé sur Internet comme un document authentique. C’est le film qui a vraiment popularisé cette manière de filmer au cinéma, mais il faut savoir qu’avant les réalisateurs, des photographes l’avaient déjà fait : le photographe japonais Araki filme constamment sa vie depuis une vingtaine d’années.
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Posté par Zéro de conduite le 03.02.10 à 23:07 - Réagir
En guise d'apéritif au Festival Un Etat du monde et du cinéma 2010, nous publions la retranscription d'une conférence donnée lors de la première édition du Festival (2009), par le sociologue François de Singly.
[> Voir également la conférence L'irruption des nouvelles images par le psychologue Serge Tisseron]

D’après la conférence donnée par François de Singly* au Forum des Images lors du Festival Un Etat du monde et du cinéma 2009
Cette conférence a été entrecoupée d'extraits des films suivants, que nous ne pouvons reproduire ici :
Les Berkman se séparent de Noah Baumbach (2005)
Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2005)
Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin (2008)
L’Heure d’été d’Olivier Assayas (2008)
Nous remercions le Forum des Images et François de Singly pour nous avoir permis de mettre en ligne cette retranscription.
NB : Cette retranscription, a été réalisée à partir de notes prises lors de la conférence, et n’a pas été relue pas François de Singly : elle n’engage donc que le site Zérodeconduite.net.
Introduction : famille et l’individualisme
La sociologie de la famille est un sujet intéressant parce qu’elle charrie de l’imaginaire : on étudie certes des pratiques, mais également de l’imaginaire, d’où l’intérêt de l’étudier par le biais de la fiction.
Les films dont on va voir des extraits sont à l’image de la vision contradictoire de la famille contemporaine : il y a à la fois un regard bienveillant sur la famille et un regard plus critique. La famille reste une valeur attractive pour nos contemporains , mais elle se heurte à un impératif, qui est celui de rester soi-même. La problématique pourrait tenir dans cette phrase : comment être soi-même avec les autres ?
Il n’y a d’ailleurs peut-être pas de contradiction : dans Un Conte de Noël d’Arnaud Desplechin, le père lit un texte de Nietzsche, qui dit : « Chacun est à soi-même le plus lointain. » Or si chacun est à soi-même le plus lointain, c’est en restant avec ses proches que l’on peut être soi-même !
Emile Durkheim, le père de la sociologie française, a écrit de très beaux textes sur l’individualisme comme « religion du monde moderne » au moment de l’affaire Dreyfus (qui posait justement la question de l’émancipation). C’est très audacieux et novateur pour l’époque, c’est d’autant plus vrai aujourd’hui. Mais cette contradiction que l’on va voir dans les extraits, on la retrouve déjà chez Durkheim
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Posté dans Thèse-Antithèse par Zéro de conduite le 29.01.10 à 18:46 - Réagir
Un Etat du monde et du cinéma, deuxième ! Le Festival lancé l'année dernière par le Forum des Images entame ce vendredi sa nouvelle édition. A l'éparpillement des thèmes et des interventions de la précédente édition répond cette année un festival plus cohérent, recentré sur quelques axes forts : deux réalisateurs mis à l'honneur (une rétrospective de l'haïtien Raoul Peck, par ailleurs parrain du festival, et une rencontre avec le russe Nikita Mikhaïlkov autour de 12, son remake de Douze hommes en colère de Sidney Lumet), deux focus sur la Corée et l'Iran (avec de nombreux long-métrages inédits) et une grande thématique sur "Le Retour du religieux" (qui proposera entre autres de revoir Jesus Camp et Le Cahier).
Le festival offrira également son lot d'avant-premières (notamment Moloch Tropical de Raoul Peck ou White Material de Claire Denis…), et un bilan de l'année écoulée, qui évoquera la crise ("Quelles images de la crise" par William Karel), le cinéma écolo ("Le cinéma au secours de la planète ?") ou de "désobéissance", mais également la représentation de l'univers carcéral (Un prophète oblige ?) en présence de la journaliste Florence Aubenas et du controleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue.
En guise d’apéritif, Zérodeconduite.net met en ligne, en partenariat avec le Forum des Images, la retranscription de deux conférences données dans le cadre du Festival 2009 : La famille et le cinéma contemporain (vendredi) par le sociologue François de Singly, et (mardi) une conférence de Serge Tisseron sur les nouvelles images.
Un Etat du monde et du cinéma, du 27 janvier au 7 février au Forum des Images
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 29.01.10 à 10:48 - Réagir

Les films réalisés ou produits par Jacques Perrin sont un peu les Rolls du film animalier. Longues années de préparation et de repérage, budgets pharaonique, soin apporté à chaque étape de la réalisation, la méthode est désormais rôdée, déclinée sur terre (Le Peuple singe, Microcosmos), dans les airs (Le Peuple migrateur) et maintenant sur et sous l’eau. Océans ne déçoit pas les attentes, présentant des images sous-marines magnifiques et pour certaines inédites limitant les commentaires au strict minimum au profit d’une bande-son remarquable.
Celle-ci est un bon exemple de l'ambition du film : les sons les plus audibles et les plus "faciles" à capter comme les chants des baleines, ont été enregistrés directement et intégrés au film. Quant aux plus discrets, ils ont été isolés du bruit de fond ambiant (la marche de la langouste dans le sable), et, quand cela n’était pas possible techniquement, ils ont été recréés en studio à partir des sensations décrites par les plongeurs. Cela permet au spectateur de ressentir le plus fidèlement possible l’ambiance sonore du milieu. La plongée des fous du Cap, chassant les sardines est à cet égard particulièrement impressionnante. Mais on pourrait citer d’autres scènes tout aussi époustouflantes, qu’elles soient spectaculaires (prédateurs marins et aériens encerclant les bancs de sardines, bateaux fendant l'océan déchaîné…), insolites (migration des araignées de mers regroupées par milliers), ou révoltantes (pollutions marines et massacre des requins pour leur ailerons).
Sur le plan pédagogique, ce film présente un intérêt indéniable notamment pour les classes de 6ème et de 5ème. Il y a peu d’explications mais plusieurs thèmes traités dans les programmes sont abordés et pourront être approfondis en classe :
- la biodiversité,
- les actions de l’homme sur l’environnement (action néfastes : pollution, pêche intensive et actions positives : créations de zones protégées),
- la colonisation des milieux par les êtres vivants (un cocotier cassé lors d’une tempête flotte et emporte ses noix de coco sur une île voisine),
- le développement durable
Le site officiel du film, très complet, permet notamment de retrouver le nom et la présentation de toutes les espèces filmées, dans une classification malheureusement obsolète (poissons, invertébrés, reptiles…).
[Océans de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. 2009. Durée : Distribution : Pathé. Sortie : le 27 janvier 2010]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 27.01.10 à 12:08 - Réagir

Chaque année, le Festival Télérama donne l'occasion de voir ou de (re)voir les grandes œuvres cinématographiques qui ont marqué l'année passée, dans un large éventail de salles (les petites villes ne sont pas oubliées), et à un prix défiant toute concurrence (3 € avec le pass, soit l'équivalent du "supplément lunettes" pour Avatar en 3D). Cette année, on signalera ainsi parmi la sélection, ces films, chroniqués (et généralement appréciés) par Zérodeconduite.net :
Un Prophète, Vincere, Le Ruban blanc, Welcome, Harvey Milk, Les Herbes folles…
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 22.01.10 à 12:17 - Réagir

Le réalisateur Eric Rohmer est décédé la semaine dernière et dans la presse française domine le sentiment mélancolique d’une page qui se tourne : alors que le triomphe mondial de l’Avatar en 3D de James Cameron promet de changer la face du cinéma, la mort d’un des derniers "maîtres" de la Nouvelle Vague française signe peut-être l’obsolescence d’une certaine forme de cinéphilie. Nous soulignions au moment de la sortie des Amours d’Astrée et Céladon, adaptation d’Honoré d’Urfé, le côté délicieusement (ou, au choix insupportablement) décalé du film dans le paysage cinématographique actuel. Un simple coup d’œil sur les affiches et bandes-annonces de ses films donne l’impression de se promener dans un monde aujourd’hui oublié.
Même si cela ne représente qu’une petite partie de sa filmographie, le journal Le Monde rappelle que ses films les plus originaux et stimulants sont ce que l’on pourrait appeler des adaptations "historico-littéraires" : soit la mise en scène d’une période de notre histoire à travers le prisme d’un texte littéraire. "Il parcourt tour à tour les premiers temps du romantisme (La Marquise d'O…, 1976), le Moyen Age (Perceval le Gallois, 1978), les débuts de la Révolution française (L'Anglaise et le Duc, 2001), la fin des années 1930 (Triple agent, 2004), et une Gaule imaginaire passée au filtre du XVIIe siècle naissant (Les Amours d'Astrée et Céladon, 2007)."
Aux antipodes d’une tendance dominante à formater les images d’hier au supposé goût du spectateur d’aujourd’hui (cf la série Apocalypse), Eric Rohmer essayait au contraire de faire adopter au spectateur "la vision des gens d’autrefois" : "recréer un monde tel que se le représentaient les gens du Moyen Age, et non pas le monde tel que l'on aurait pu le photographier si l'on avait eu l'appareil pour le faire". (cité par Le Monde à propos de Perceval le Gallois). Selon le point de vue duquel on se place on pourra saluer son "respect de l’intelligence du spectateur" ou regretter "l’élitisme" de son cinéma (même Barry Lyndon de Stanley Kubrick et son fameux éclairage à la bougie ne trouvait pas grâce à ses yeux : "le jeu des acteurs est trop XXe siècle, trop américain") qui le réserve à un public aujourd’hui restreint.
Force est de reconnaître toutefois l’intelligence et l’audace de certaines de ses propositions. On conseillera vivement de redécouvrir, entre autres, Perceval le Gallois (1978) et L’Anglaise et le Duc. Entièrement tourné en studio, Perceval le Gallois s’efforçait de respecter à la fois la langue de Chrétien de Troyes et une vision du monde d’avant la perspective. Moins daté sans doute, L’Anglaise et le duc résolvait la difficile question de la recréation du Paris révolutionnaire en incrustant numériquement les personnages sur des fonds peints (inspirés des paysagistes de l’époque) (voir cet entretien exhumé par Telerama.fr). L’un est un peu l’anti-Excalibur (John Boorman) et l’autre l’anti-La Révolution française (Enrico/Heffron, 1989) : rien qu’à ce titre ils méritent leur place en cours d’histoire, comme pendant au pseudo-naturalisme qui constitue aujourd’hui le seul viatique des films "historiques".
Illus. : affiche de Perceval le gallois (détail)
Posté dans Evènements par zama le 18.01.10 à 18:03 - 2 commentaires
Bon ? Toujours. Brute ? Parfois. Truand ? Jamais. Et ce n’est pas Invictus qui montrera le contraire… Adaptation cinématographique d’un roman de John Carlin (Playing the Enemy : Nelson Mandela and the Game that Made a Nation, 2008), le dernier long métrage de C. Eastwood montre comment le rugby, "sport de voyous pratiqués par des gentlemen" comme on le sait, fut mis par Nelson Mandela, à partir de son élection à la présidence de la République (1994) au service d’une cause supérieure : la réconciliation de la nation sud-africaine, alors même que son parti (ANC) et l’ensemble de la population noire entendent se venger des années d’oppression blanche en démolissant cet emblème de l’Apartheid.[Invictus de Clint Eastwood. 2009. Durée : 2 h 12 Distribution : Warner Bros Pictures France. Sortie le 13 janvier 2010]
Pour aller plus loin :
> Notre site pédagogique sur Goodbdye Bafana (2006) de Bille August, fiction sur les années de détention de Mandela.
> D'autres films de Clint Eastwood sur Zérodeconduite.net :
Mémoires de nos pères
Lettres d'Iwo Jima (+ site pédagogique)
L'échange
Posté dans Dans les salles par francis le 15.01.10 à 00:45 - 2 commentaires

Le dernier film de Jane Campion se situe en Angleterre au début du XIXème siècle et relate les amours du poète John Keats (1795-1821) et d'une jeune fille dont l'Histoire n'aura pas retenu le nom, Fanny Brawne, bien que la réalisatrice révèle son statut de muse.
La photographie magnifique, les robes chatoyantes de Miss Brawne et les décors champêtres anglais, tour à tour délicieusement "green" et obscurément "muddy", imposent une réussite visuelle d'autant plus efficace que l'intention est toujours modeste. En effet, Fanny Brawne est une jeune fille telle qu'aurait pu la peindre Jane Austen, d'un milieu simple mais à l'abri de la nécessité, qui va aux bals et se passionne pour la mode ; l'esprit droit voire acerbe, elle incarne une sorte de pré-féminisme, notamment lors de ses joutes verbales avec son homonyme, double et rival, Charles Brown, le protecteur de Keats.
Cette fraîcheur du personnage suscite une sympathie, mélange de tendresse et de comique, toute naturelle : Jane Campion réussit à faire de Miss Brawne l'archétype en chair et en os d'une jeune fille en fleur. Comme les aimants opposés s'attirent, Fanny va tomber sous le charme d'un jeune homme frêle, silhouette de Hamlet, dont on apprend en même temps la triple destinée maudite : il est poète, pauvre, et d’une famille décimée par la tuberculose (ou phtisie comme on disait à l'époque). Keats sera toujours vêtu de la même veste et des mêmes vêtements sombres, qu'il pleuve, neige ou vente. A travers ce contraste entre les deux personnages, la réalisatrice montre à la fois le fossé entre deux classes sociales, mais aussi deux manières d'envisager la vie, que l'amour de la jeune fille va transcender. La caméra de Jane Campion ne choisit pas d'ausculter les affres de la création poétique, mais suit pas à pas les étapes qui vont lier les deux amants jusqu'à la mort. Alors qu’avec Les Enfants du siècle (1999) Diane Kurys tentait de montrer comment Musset voulait de Sand qu'elle soit à la fois sa maman et sa putain, Jane Campion impose, à contre-courant des modes et de la modernité, un amour chaste mais non dépourvu de sensualité, un amour simple mais fort, qui s'éloigne des représentations de la passion telles qu'a pu les galvauder l'enseignement du romantisme.
Les témoins de ces amours sont eux aussi tirés au cordeau, qu'ils soient adjuvants ou opposants, ils en viennent presque à représenter les doubles des spectateurs les plus endurcis face à la "bluette", puisque chacun tour à tour abdiquera face à l'union interdite. Si le film rend hommage au poète, c'est uniquement parce qu'il aura su tomber amoureux d'une telle jeune fille, aux pouvoirs de création aussi puissants, comme en témoigne le titre "bright star" : de la couture à la battue en brèche d'un modèle social conformiste, Fanny Brawne est en effet "une "force qui va".
On conseillera à tous ceux que le film a séduits, la lecture des poèmes de Keats, sans oublier La belle dame sans merci représentée par Waterhouse, ou L'Ode au rossignol, que le film ne mentionne pas, mais également Corinne ou l'Italie (1807) de Madame de Staël, qui à travers une société cosmopolite et cultivée, nous fait voir non seulement les rigidités sociales à l'œuvre en Angleterre, mais aussi les spécificités de la poésie anglaise, plus mélancolique et philosophique que la poésie italienne, ce dont témoigne bien le vers le plus célèbre que le film répète : "Beauty is truth, truth beauty,-that is all Ye know on earth and all ye need to know".
[Bright star de Jane Campion. 2006. Durée : 1 h 59. Distribution : Pathé. Sortie le 7 janvier 2010]
Pour aller plus loin
> Un dossier pédagogique en Anglais, par le site National film Education
> Un dossier "John Keats superstar" sur le site Bibliobs
Posté dans Dans les salles par comtessa le 11.01.10 à 11:24 - 1 commentaire

On ne dira jamais assez ce que le support DVD, qui va bientôt fêter ses quinze ans, a apporté à l’histoire du cinéma. Au-delà (et à cause) de ses qualités (interactivité, robustesse, coût réduit) intrinsèques, il a surtout suscité des vocations chez les éditeurs : le travail passionné de quelques indépendants a permis redécouvertes, réhabilitations, réévaluations, faisant de la cinéphilie contemporaine un work in progress en constant bouillonnement.
Ainsi Carlotta (qui restauré et réédité des merveilles comme Cria Cuervos et Berlin Alexanderplatz) nous propose aujourd’hui de découvrir rien moins que le "chaînon manquant" du cinéma moderne, qui relierait les deux grands mouvements que furent le néo-réalisme italien et la Nouvelle Vague française.
L’expression est d’Alain Bergala (critique et historien du cinéma, directeur de la collection L’Eden Cinéma) qui nous raconte sur le DVD le destin singulier d’un film dont l’influence sera inversement proportionnelle au budget (30 000 dollars de l’époque). Tourné en 1953 à Brooklyn dans une totale liberté artistique et économique par un débutant, le photographie Morris Engel (le film est co-signé par ses collaborateurs Ruth Orkin et Ray Ashley), Le Petit Fugitif met en œuvre des principes (légèreté du tournage en extérieurs, liberté de la narration) qui influenceront profondément le cinéma indépendant américain (Cassavettes tourne Shadows quelques années plus tard) et surtout la Nouvelle Vague française : de l’aveu même de François Truffaut, c’est un film sans lequel ni A bout de souffle ni les 400 coups n’auraient existé. On se rend d’ailleurs compte que c’est lui qui fait la couverture du mythique numéro 31 des Cahiers du Cinéma (où Truffaut écrit sa charge contre une "certaine tendance du cinéma français").
Au-delà des questions historiques,
il se dégage du film, plus de cinquante ans après, une étonnante impression de fraîcheur (bien mise en valeur par la qualité de la copie en noir et blanc) : tirant partie de la légéreté de son dispositif (Morris Engel avait spécialement fait construire une caméra 35 mm très compacte et maniable pour les besoins du tournage) le film restitue de manière saisissante l’ambiance du New York populaire (les rues de Brooklyn et des plages de Coney Island) de l’époque ; mais il frappe également par la présence juvénile des comédiens, au premier rang desquels le héros, le petit Joey (Richie Andrusco). A partir d’un canevas assez lâche (et qui rappelle A bout de souffle : croyant avoir tué accidentellement son grand frère, le petit Joey erre à travers la ville), Le Petit fugitif s’attache en effet surtout à capter successivement les émotions et les états d’âme d’un garçonnet d'une dizaine d'années. 
La liberté et la sensibilité qui se dégagent de cette ballade placent cette œuvre dans la lignée des plus beaux films sur l’enfance, aux côtés de Kes de Ken Loach ou Ponette de Jacques Doillon, en passant évidemment par les 400 coups, film-frère de François Truffaut.
Le Petit fugitif de Morris Engel, Ray Ashley et Ruth Orkin, DVD Carlotta, 80 mn, 1953
Le DVD inclue également les documentaires Le Chaînon manquant (11 mn) et Morris Engel, l’indépendant (29 mn) et un livret photo de 36 pages
> Gagnez 25 DVD sur le Club Zérodeconduite.net (Jeu-concours jusqu'au 27/01/2010)
Posté par Zéro de conduite le 10.01.10 à 17:36 - 3 commentaires

Il a fallu sept jours à Dieu pour bâtir le Monde. Cinquante millions d’euros ont suffi à Alejandro Amenabar pour créer son propre univers. Colossale, personnelle et singulière, Agora est l’œuvre d’un réalisateur conscient de l’importance démiurgique de son travail. Après s’être frotté au genre fantastique avec Ouvre les yeux et Les Autres puis au biopic mélodramatique (Mar Adentro), la nouvelle figure montante du cinéma espagnol s’attaque, comme bien d’autres récemment, au péplum pour dépoussiérer un genre considéré comme épuisé.
A chacun sa méthode : une débauche de moyens et un art de l’action savamment orchestrée pour Gladiator de R. Scott, un hyperréalisme déstabilisant et un respect minutieux du détail historique pour la série Rome, un rare mépris du texte homérique et une réalisation particulièrement kitsch pour Troie de W. Petersen ou bien encore un goût immodéré pour la violence (et une idéologie douteuse) pour 300 de Zack Snyder. Amenabar, lui, décide de prendre à rebours la tradition du péplum pour livrer un film aux prétentions intellectuelles assumées, mêlant habilement scènes de foules et discussions scientifiques ou philosophiques.
Adieu donc jupettes, carton pâte et torses musculeux des péplums à la grand papa. Place aux effets numériques au service de la vraisemblance historique. L’Alexandrie du IVe siècle est reproduite de façon magistrale. Amenabar prend le spectateur par la main et le plonge directement dans une ville cosmopolite, grouillante, mêlant inextricablement architecture romaine, égyptienne et chrétienne. De cette expérience saisissante seuls sortiront indemnes les rares spécialistes de la période, peut-être déçus par la modernité de certaines croix chrétiennes, par la célérité surprenante des messagers ou par le mode de lapidation d’Hypatie (qui ne fut pas exécuté avec des pierres mais, d’après la tradition, avec des tessons de poterie).
A l’incroyable minutie de la reconstitution d’Alexandrie répondent des choix scénaristiques étonnants. Contre la tradition des péplums qui ont régulièrement mis en scène les épisodes les plus connus de l’histoire grecque, romaine ou chrétienne, Amenabar jette son dévolu sur une femme largement ignorée des sources anciennes comme des historiens contemporains. A peine mentionnée par Socrate le Scolastique dans son Histoire ecclésiastique, étudiée en quelques pages seulement dans le récent ouvrage de P. Chuvin (Chronique des derniers païens, 1999), Hypatie est une oubliée de l’histoire en raison du dernier incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie dans lequel a brûlé l’ensemble de son œuvre. Elle n’en est pas moins placée au centre d’Agora, les longues séquences mettant en scène ses cours ou ses expériences scientifiques faisant pendant aux scènes de rue où les foules fanatiques se déchaînent.
Epoustouflante, inédite, Agora surprend également par sa réalisation. Des vues aériennes, voire même spatiales d’Alexandrie, on ne sait que penser. Effet esthétique aussi impressionnant que tape-à-l’œil ? Prétention un rien mégalo du metteur en scène qui, tel dieu, porte un regard désapprobateur sur les foules alexandrines en proie aux violences fanatiques ? L’hypothèse n’est pas à exclure, car le film se présente comme une œuvre à charge contre les chrétiens qui, obscurantistes et avides de pouvoir, saccagent, à la fin du IVe siècle, le temple de Sérapis où étaient conservés les restes de la Bibliothèques d’Alexandrie, pour mieux mettre hors-la-loi, quelques décennies après, les religions païenne et juive. Si le film s’attache à reproduire avec exactitude la réalité historique d’un empire en voie de décomposition miné par les troubles religieux, ses partis pris restent flagrants et desservent largement les chrétiens des premiers temps, avec lesquels le réalisateur semble avoir des comptes à régler.
C’est sans doute ici que réside la principale faiblesse du film. Dans la tradition du péplum qui n’a souvent fait que refléter les préoccupations de son temps, Agora peut se lire comme une allégorie de la situation géopolitique contemporaine. Aux barbes, aux tuniques noires et aux discours misogynes des fanatiques d’Alexandrie répondent aisément ceux des islamistes actuels. De manipulation des Ecritures saintes, de martyrologie politiquement orientée, de lapidations violentes et de prêches enflammés appelant à la haine et à la destruction, il est encore question aujourd’hui. Dans un monde déboussolé et miné par les extrémismes religieux, Rome fait, comme les Etats-Unis au Moyen-Orient, figure de puissance politique lointaine et malhabile. L’utilisation même d’Hypatie comme personnage emblématique prend encore des accents très contemporains, assez éloignés des préoccupations des Anciens. Mal connue, la philosophe païenne s’est longtemps prêtée à des relectures partisanes. Alors qu’elle pouvait à l’époque médiévale faire figure de chrétienne modérée victime de l’extrémisme, elle est aujourd’hui, incarnée avec fougue par l’actrice Rachel Weisz, l’héroïne du positivisme scientifique en butte à l’extrémisme religieux.
Pour servir son œuvre pamphlétaire, il a bien fallu qu’Amenabar crée de toutes pièces Hypatie. Mais peut-on vraiment lui en vouloir… Dieu lui-même n’a-t-il pas créé la femme ?
[Agora d’Alejandro Amenabar. 2009. Durée : 2 h 06. Distribution : Mars. Sortie le 6 janvier 2010]
Posté dans Dans les salles par francis le 07.01.10 à 17:42 - 8 commentaires

Nous l'avions vu à Cannes, et nous avions beaucoup aimé… Contes de l'âge d'or, le film à sketchs scénarisé, produit et (pour partie) réalisé par Cristian Mungiu, chef de file de la "nouvelle vague" roumaine depuis sa Palme d'Or (4 mois, 3 semaines et 2 jours), sort le 30 décembre dans les salles. Quatre (les autres épisodes feront peut-être l'objet d'un deuxième volet), "légendes urbaines", entre horreur et hilarité, quatre facettes de la vie sous le régime communiste de Ceaucescu, qui chutait il y a vingt ans de cela sous les yeux médusés des télespectateurs (voir ce dossier proposé par Ina.fr).
[Contes de l'âge d'or. 2009. Durée : 1 h 20. Distribution : Le Pacte. Sortie le 30 décembre 2009]
Contes de l'âge d'or, la vie des uns sur Zérodeconduite.net
Le site officiel du film
Pour aller plus loin
La Révolution roumaine de 1989, un dossier proposé par Ina.fr
Ma vie sous Ceaucescu, une émission de L'atelier de l'Histoire la marche du monde (sur rfi.fr)
Posté dans Dans les salles par zama le 29.12.09 à 20:30 - Réagir

Plébiscité dans les festivals internationaux depuis sa découverte à la fin des années 80 (avec la consécration de 1997 et la Palme d’or remportée par Abbas Kariostami), le cinéma iranien a paradoxalement retourné en marque distinctive les contraintes que lui imposait la sourcilleuse censure islamique : une capacité subtile à exprimer un discours critique à travers la peinture du quotidien, un talent pour la parabole l’élaboration symbolique.
C’est dire ce qui frappe dans Les Chats persans du réalisateur Bahman Ghobadi (Un temps pour l’ivresse des chevaux, Les tortues volent aussi) film qui tourne totalement le dos au système officiel (tourné dans la plus totale clandestinité, il a valu à son réalisateur un exil qui s’annonce durable) : la frontalité du constat sur la désespérance de la jeunesse, l’urgence et la rage d’appeler un chat… un chat…
Le début des Chats persans, en forme de mise en abyme, pose ainsi le décor : las d’attendre des autorisations de tournage qui ne viendront jamais, un metteur en scène réputé, Bahman Ghobadi, décide de tourner un documentaire sur la musique underground (au sens premier du mot : jouée clandestinement dans des caves). Il va rencontrer deux jeunes musiciens, Negar et Ashkan, qui eux-mêmes ont décidé, de guerre lasse, de quitter le pays pour aller tenter leur chance à l’étranger.
A mi-chemin entre fiction et documentaire, le film se présente comme une fuite en avant : quelques jours pour monter un groupe, se procurer visas et passeports, peut-être organiser un concert d’adieu ; le prétexte à une exploration du Téhéran d’aujourd’hui et à un kaléidoscope musical d’une étonnante diversité (de l’indie-rock au rap : le seul point commun de ces groupes est d'être interdits). Si la structure narrative est relativement lâche et si les nombreux moments musicaux (clips forcément rudimentaires) pourront lasser, le film donne comme rarement au cinéma l’impression de se confronter au réel d’une société ; la tension vécue par les protagonistes est celle même du tournage, réalisé au nez et à la barbe de la police. Quelques mois après le soulèvement post-élections de la jeunesse iranienne, vécu avec empathie mais de loin par les opinions occidentales, Les Chats persans apporte de nombreuses clés de lecture de la société téhéranaise d’aujourd’hui : dichotomie entre l’espace privé, celui d’une relative permissivité et d’une ouverture au monde (Dvd et CD qui circulent sous le manteau, internet) et l’espace public soigneusement contrôlé par les polices du régime ; culture de l’arbitraire et du passe-droit, les lois islamiques étant soumises à l’interprétation fluctuante des agents de l’état ; désespérance d’une jeunesse aux horizons sociaux et culturels bouchés. Si le film est parsemé de nombreuses notes d’humour (personnage du faussaire cinéphile, la répétition dans l’étable), c’est un humour un peu désespéré qui rappelle celui qui avait cours dans les dictatures communistes (cf le film collectif roumain Contes de l’âge d’or qui sort la semaine suivante). Et au-delà de la beauté et de l’énergie de ses jeunes héros, le film a tôt de nous rappeler l’impasse tragique dans laquelle se trouve leur génération.
[Les Chats persans de Bahman Ghobadi. 2009. Durée : 1 H 41. Distribution : Mars films. Sortie le 23 décembre 2009]
Posté dans Dans les salles par zama le 22.12.09 à 20:30 - 6 commentaires

Tirer un long-métrage d’un album de 39 pages et 338 mots ; transposer le style graphique de Maurice Sendak en prises de vues réelles ; confier un best-seller de la littérature enfantine à un des réalisateurs les plus cérébraux d’Hollywood. Cette équation résume la triple gageure que constituait le projet d’adaptation de Max et les Maximonstres par le metteur en scène Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich, Adaptation), et explique l’énorme attente qu’il avait fait naître.
Si la séquence d’ouverture du film transpose très littéralement la deuxième planche du livre (affublé d’un costume de loup, Max poursuit son chien une fourchette à la main) elle nous transporte d’emblée très loin des codes lénifiants du cinéma pour enfants : caméra portée, couleurs désaturées, montage "cut", Spike Jonze reste fidèle à son style. Le premier quart d’heure du film, entre bataille de boule de neiges qui tourne mal, rebuffade de la grande sœur et conflit avec la mère, suffira pourtant à nous convaincre de la justesse de cette approche : il ne s’agit rien de moins pour Spike Jonze que de prendre au sérieux le livre de Maurice Sendak et les émois de son héros ; d’accorder au petit Max le même crédit et la même attention qu’aux personnages adultes de ses films précédents. On conviendra que ce n’est pas la pire manière d’être fidèle et au potentiel subversif d’un livre qui, à sa parution en 1963, fit se dresser les cheveux sur la tête des associations de parents ; et à l’esprit de Maurice Sendak qui déclarait notamment : "Au contraire de la propagande assénée dans une grand partie des livres pour enfants, l’enfance n’est qu’en partie un âge de l’innocence. Selon moi, elle est également un temps de sérieux, de confusion et qui comprend une grande part de souffrance."
On remarquera ensuite les parallèles entre Max, trouvant un exutoire à sa rage au pays des Maximonstres, et les précédents héros de Spike Jonze : le marionettiste qui fuyait la grisaille de sa vie en se glissant Dans la peau de John Malkovich, et le scénariste d'Adaptation, enchâssant les récits imaginaires pour échapper à l’angoisse de la page blanche.
Spike Jonze met en scène ainsi le conte de Sendak avec le même sérieux et la même logique qu’il suivait les délires de son scénariste Charlie Kaufman, réitérant au passage sa foi dans les pouvoirs narratifs du cinéma (des peluches géantes filmées en décors naturels). Mais, et c’est ce qui fait tout le prix de Max et les maximonstres, il y ajoute une sensibilité qu’on ne lui connaissait pas. Le scénario de Jonze et de Dave Eggers se base sur une connaissance et une compréhension intimes de l’œuvre de Sendak : chaque développement apporté (aussi bien dans la définition, par petites touches subtiles, du personnage de Max, que dans les personnalités délicieusement excentriques des maximonstres) résonne comme un aprofondissement et pas une trahison (voir ce dossier réalisé par l’Ecole des Lettres qui montre comment chaque élément imaginaire est un écho déformé des premières séquences réalistes). Si dans le livre le voyage imaginaire de Max n’était qu’une manière de décharger ses pulsions, en laissant libre cours à ses "choses sauvages" (les wild things du titre original), il s’enrichit dans le film d’une dimension initiatique : jouissant d’abord de sa liberté et de sa toute-puissance de roi des maximonstres, Max se trouvera bientôt dépassé par les responsabilités, et se surprendra à jeter à la tête des maximonstres les mêmes mots que sa mère lui adressait ("You’re out of control"). Il faut citer ainsi le magnifique plan de Max, apaisé et rassassié, regardant sa mère s’endormir sur la table de la salle à manger : dans le regard du jeune comédien passe un éclair de maturité qui montre, pour paraphraser une autre grand film sur l’enfance, que "l’exercice a été profitable".
Comme l’expliquait la psychologue Maria Teresa Sá, "le charme qu’exercent les histoires et les illustrations de Sendak repose sur un don rare pour nommer la qualité et l’intensité de certains moments de l’enfance et des moments qui nous habitent alors. Au fur et à mesure que nous parcourons ses livres, leur impact reflète l’inquiétante étrangeté et l’étrange familiarité ressenties par chacun à retrouver ces moments à l’intérieur de lui."
La beauté du film de Spike Jonze est précisément d’offrir une transcription cinématographique, voire cinétique à cette dimension du livre de Sendak. On pense par exemple à la manière qu’il a de mettre en scène le corps de l'enfant : sa merveilleuse énergie (la bande-annonce, euphorisante, compilait en musique les scènes ou Max courait, sautait, tombait) mais aussi sa bouleversante fragilité (on tremble souvent, avec et pour Max, qui manque d'être écrasé par les Maximonstres).
Alors, Max et les maximonstres, film pour enfants ou film sur l’enfance ? On laissera répondre Bruno Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées) : "Pour qu’une histoire accroche vraiment l’attention de l’enfant, il faut qu’elle le divertisse et qu’elle éveille sa curiosité. Mais, pour enrichir sa vie, il faut en outre qu’elle stimule son imagination, qu’elle l’aide à développer son intelligence et à voir clair dans ses émotions; qu’elle soit accordée à ses angoisses et à ses aspirations ; qu’elle lui fasse prendre conscience de ses difficultés, tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent."
[Max et les maximonstres de Spike Jonze. 2009. Durée : 1 h 42. Distribution : Warner Bros. Sortie le 16 décembre 2009]
Pour aller plus loin :
— Toutes les citations de cet article sont tirées de Une lecture psychanalytique de Max et les maximonstres de Maria Teresa Sá
— Le dossier pédagogique réalisé par l'Ecole des Lettres propose une analyse de la transposition à l'écran de l'album. Il donne quelques pistes d'activité pour les professeurs des écoles.
— Le site officiel du film
Posté dans Dans les salles par zama le 18.12.09 à 17:14 - 5 commentaires

Plus de dix ans s'abstenir ! Tourné dans les conditions extrêmes du grand Nord et "dans les conditions du réel" (dixit le dossier de presse) par le cinéaste-explorateur Nicolas Vanier (Le Dernier Trappeur) , Loup semble pourtant aussi fabriqué et aseptisé qu'un bon vieux Disney des familles. A la mièvrerie assumée du scénario et des dialogues s'ajoute le catéchisme rebattu sur le respect de la belle nature.
Mais le plus gênant n'est pas là. Figés dans leur nature immuable de "peuple premier" qui n'est pas entré dans l'histoire (à la différence des Indiens et Inuits qui, comme il l'explique candidement, ont "déçu" Nicolas Vanier : "ils circulent à motoneige, touchent les chèques de leur gouvernement…"), réduits à l'état de figurants de leur propre histoire (tous les rôles principaux sont assurés par des comédiens français aux traits asiatiques), les Evenes ne sont finalement pas beaucoup mieux traités que les "indigènes" africains ou asiatiques dans les films exotiques des années trente. Il semble ici que le Vanier cinéaste, soucieux de vendre du "dépaysement" formaté à un public familal, soit en totale contradiction avec le Vanier explorateur, et son souci humaniste de rencontre avec l'autre.
Le Cinédoc du CNDP propose un site d'accompagnement pédagogique autour du fil, qui propose activités et ressources pour le premier degré ("La Yakoutie, le territoire de Loup ?") et le Collège, en Géographie et SVT ("Habiter des espaces à forte contrainte").
[Loup de Nicolas Vanier. 2009. Durée : 1 h 42. Distribution : Pathé. Sortie le 9 décembre 2009]
Posté par Zéro de conduite le 10.12.09 à 11:39 - Réagir

Sur le Lac des Signes, le blog culture du Monde Diplomatique, Mehdi Benallal propose un intéressant retour sur le dernier film de Michael Moore, Capitalism : a love story (sorti le 25 novembre 2009) (voir notre critique ici). Il se livre pour cela à un exercice d’inspiration universitaire, familier aux étudiants en lettres : une étude de la réception de l’œuvre, en l’occurrence les critiques publiées dans la presse française. L’analyse est intéressante en ce qu’elle montre un embarras généralisé, de L’Humanité au Figaro, face au "cas" Michael Moore : de plus en plus réticents sur un plan esthétique (sur "la forme"), les critiques se sentent toutefois tenus à une certaine bienveillance politique ("le fond"). Comme le fait remarquer l’auteur, la crise économique mondiale est sans doute passée par là, qui "complique le rejet idéologique de la défense des classes populaires, fût-elle élémentaire et schématique".
Cette ambivalence les empêche de le livrer à une critique approfondie du langage cinématographique de Moore, que beaucoup mettent en parallèle avec la grammaire télévisuelle. C’est sur ce point que Medhi Benallal porte son analyse :
"Le principal problème que posent les films de Michael Moore, et qui est peu relevé, réside dans le sort fait à l’image. Car l’image est son talon d’Achille, étant invariablement, dans Capitalism comme dans ses précédents longs métrages, à la remorque d’un discours militant plein à craquer. Jamais chez lui elle ne constitue une donnée concrète indépendante de ce que la voix-off lui fait dire. Or, le bât blesse quand Michael Moore brandit n’importe quelle image comme preuve. Le plan furtif sur Obama acclamé par la foule, par exemple, semble donner raison au commentaire qui prophétise que le nouveau président pourrait tendre l’oreille vers le peuple plutôt que vers les milieux d’affaires. Seulement, on peut sans difficulté trouver des images des néoconservateurs John McCain ou George W. Bush devant des foules enthousiastes… Aux mains du monteur habile qu’est Moore, la priorité est au discours et à son ordre. Et l’image peut tomber bien bas, au niveau du micro-trottoir (témoignages pris à la volée) voire du voyeurisme, comme lorsque des gros plans nous montrent de pauvres gens pleurant leurs proches.
(…)
Tout comme font les chaînes d’info ou la publicité, Moore s’emploie à refouler le contenu des images, toujours plus fuyantes et ambiguës que ce qu’un commentaire et une musique pourront bien en dire. Raccourcies par le temps (le film va à toute allure), aplaties par le commentaire (omniprésent), ses images n’existent pas, puisqu’elles ne laissent à rien ni personne le temps d’exister à l’écran. Il n’est guère étonnant que ses films aient si peu d’impact et que Michael Moore finisse par se lasser d’en faire (il songerait à passer à la fiction). On ne fera pas bouger le spectateur en le traitant comme font les médias dominants."
Dans la même veine, Le Lac des Signes propose des analyses approfondies et croisées d'autres films récents :
- L'Armée du crime face aux bâtards sans gloire
- L'Affaire Farewell, Ultimatum, The Informant ! : rideaux de fumée
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 04.12.09 à 17:27 - 2 commentaires

L’agriculture représente 13 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que les transports. Ce chiffre, qui sera sans doute rappelé à l’occasion de la quinzième Conférence des Nations unies sur le climat à Copenhague (7 au 18 décembre 2009), suffit à prouver l’impact environnemental de nos modes de consommation.
Véritable radiographie de la filière agroalimentaire aux Etats-Unis, le documentaire Food, Inc de Robert Kenner ne s’arrête pas à cette dimension environnementale. Il montre les conséquences, innombrables et insoupçonnées, d’une course au productivisme qui s’est emballée lors des cinquante dernières, avec le soutien des gouvernements américains successifs : conséquences environnementales donc, mais également sanitaires (intoxications, recrudescence de l’obésité), sociales (pression sur les salaires, dégradation des conditions de travail), voire politiques (la puissance des lobbys de l’agro-industrie) et géopolitiques (exportations massives de produits subventionnés qui destabilisent les agricultures des pays émergents).
Partant des rayons plaisamment bariolés d’un supermarché, Robert Kenner remonte toute la filière de l’agro-industrie, en s’appuyant sur les récentes enquêtes de Robert Schlosser (Fast food nation, adapté au cinéma sous forme de fiction) et Michael Pollan (The omnivore’s dilemma, best-seller aux Etats-Unis, pas encore traduit en France), tous les deux interrogés dans le documentaires. On découvre ainsi les réalités souvent peu ragoûtantes qui se cachent derrière les emballages clinquants et les publicités rassurantes : conditions « d’élevage » des bovins ou des volailles, usines de transformation gigantesques, uniformisation de la nourriture industrielle, absence de traçabilité… Mais ce qui frappe peut-être le plus, c’est l’agressivité des quelques géants (le marché se répartit entre quatre ou cinq firmes) de l’agro-industrie pour prévenir tout durcissement de la législation, empêcher l’information des consommateurs, ou faire pression sur leurs "fournisseurs", agriculteurs réduits au rang d'exécutants.
Documentaire militant (le film rappelle au consommateur son pouvoir, et se termine par une série de recommandations pratiques), Food, Inc. n’oublie pas d’être pédagogique. On apprécie ainsi beaucoup le découpage en chapitres, et les nombreuses infographies qui donnent corps à des notions économiques parfois abstraites. Si le film s'intéresse exclusivement à l'exemple américain, il est possible de le compléter par un travail de recherche sur la situation européenne. Food, Inc. entre dans le cadre du programme de Géographie de Seconde (Chapitre « Nourrir les hommes »), à l’instar de We Feed the world d’Erwin Wagenhoffer, voire de celui de SVT de Première L. Mais c’est toutefois en Sciences Economiques et Sociales qu’il sera le plus utile, à quasiment tous les niveaux du lycée : en Seconde il peut servir pour introduire le programme (puisqu’il permet de montrer, à travers l’exemple de l’alimentation, la complémentarité des approches économiques, sociales et politiques) ou pour illustrer la partie 5 ("La consommation : une activité économique, sociale et culturelle et plus particulièrement dans la sous partie portant sur la consommation et les modes de vie"). En Première ES il pourra illuster le chapitre sur "L’entreprise et les marchés". Enfin en Terminale ES il peut être utilisé de manière transversale, accompagnant de nombreuses parties du programme.
Le film fait l’objet d’un site pédagogique édité par Zérodeconduite.net. Un dossier pédagogique comportant de nombreuses activités en classe sera mis en ligne le 16 décembre au plus tard.
[Food, Inc. de Robert Kenner. 2007. Durée : . Distribution : CTV International. Sortie 2 le décembre 2009]
Pour aller plus loin :
Food, Inc. le site officiel
Food, Inc, le site pédagogique
D’autres films sur Zérodeconduite.net :
We Feed the World (2007) (voir notre site pédagogique)
Notre pain quotidien (2007)
Posté dans Dans les salles par zama le 02.12.09 à 13:05 - Réagir

Vouloir allonger son pénis fait-il de vous un tueur de masse en puissance ? Commençant par interroger des patients prêt à passer sur le billard pour gagner quelques centimètres sous la ceinture (mais surtout dans la tête, de leur propre aveu), La Domination masculine de Patrick Jean s’achève sur l’évocation de la tuerie de l’école Polytechnique (6 décembre 1989), fait divers tragique qui vit un forcené anti-féminisme assassier froidement quatorze étudiantes sur un campus québécois (cf Polytechnique de Denis Villeneuve, pas encore sorti en France). Le film reprend ainsi à son compte l’idée (qu’il attribue à Gisèle Halimi, voir cet article) d’un continuum dans multiples formes de violences faites au femmes, qui ne seraient séparées que par une différence de degré et non de nature. La Domination masculine évoque donc tour à tour les stéréotypes véhiculés par les livres pour enfants, le caractère sexuellement normatif des jouets et jeux, la marchandisation publicitaire du corps de la femme (d’un corps fantasmé, retouché jusqu’à l’iréel), les inégalités salariales, les violences conjugales, etc., dans un crescendo qui va du plus —apparemment— anodin au plus grave.
Si la validité théorique de ce concept de continuum reste à discuter, on se permettra de douter de son efficacité pédagogique. En mettant en scène des actes (la tuerie de l'école Polytechnique) et des discours extrêmes (le film donne la parole à un quarteron de militants anti-féministes ou "masculinistes") le film déjoue la dynamique d’identification qu’il avait réussi à mettre en place dans sa première partie : d’abord subtilement interpellé sur ses préjugés inconscients et ses comportements quotidiens (ainsi de cette séquence dans laquelle des participantes à un speed-dating font un portrait très traditionnel de leur homme idéal, forcément plus grand, plus riche, plus puissant), le spectateur ne pourra que se récrier devant les exemples qu’on lui oppose, du mari violent à Marc Lépine (le tueur de l’école Polytechnique) en passant par le polémiste "machiste" Eric Zemmour, et se révolter contre la stigmatisation généralisée de la gent masculine.
Faute d’avoir choisi entre différents sujets (violence symbolique, inégalités et discrimination, et violence physique), et à défaut d’un appareil théorique qui permettrait de les relier (étonnamment, le livre Pierre Bourdieu n’est jamais cité), le film tourne au catalogue d’exemples, parfois plaisant (étonnantes archives de Pierre Tchernia présentant la femme comme un outil ménager , ou de Léo Ferre éructant sa haine des femmes intellligentes) ou effrayant, mais finalement assez vain.
C’est dommage pour l’enseignant, tant le film tombait à point nommé et aurait pu constituer un outil pédagogique utile : on voit réapparaître chez les jeunes générations (garçons comme filles) préjugés sexistes et réflexes patriarcaux. Peut-être d’ailleurs que le sujet le plus brûlant et les plus intéressant était là : dans le pourquoi et le comment d’un reflux du féminisme (les anglo-saxons parlent également de backclash, le retour de bâton), malgré ou à cause des acquis des trente dernières années.
[La domination masculine de Patrick Jean. 2007. Durée : 1 h 43. Distribution : UGC. Sortie le 25 novembre 2009]
> Le site officiel du fllm propose de nombreux extraits classés par thème, un dossier pédagogique réalisé en Belgique, et des liens pour approfondir le sujet
Posté dans Dans les salles par zama le 30.11.09 à 13:55 - 2 commentaires

« Du popcorn et des fourches » : on ne saurait, mieux que le cinéaste lui-même (la formule est tirée du dossier de presse), résumer le cinéma de Michael Moore, ce mélange de divertissement à gros sabots et d’engagement radical, cette volonté paradoxale de satisfaire l’estomac du spectateur tout en réveillant la conscience du citoyen.
Capitalism : a love story se base sur une recette éprouvée : une bonne dose de farce (via les happenings dont il a le secret), quelques louches d’émotion (les petites gens broyés par le système, ici expropriés par la crise immobilière), enrobés par un sens inné du raccourci… Mais il y mêle, pour la première fois peut-être, un lancinant goût d’amertume, qui rend ce Moore-là plus intéressant et attachant que les précédents (Sicko, le dernier en date, accusait les limites de la « méthode Moore »). En revenant, accompagné de son père, sur les ruines du site General Motors de Flint, Michigan (où ce dernier travaillait), Moore ne fait pas seulement un retour sur l’Amérique industrieuse de son enfance, celle de la fin des Trente Glorieuses. Il revient également aux origines de son cinéma (Roger et moi, 1989), et reconnaît une forme d’impuissance. Après tout, Roger et moi et The Big One n’ont pas empêché la désindustrialisation des Etats-Unis, pas plus que Bowling for Columbine n’a fait avancer la législation sur les armes ou Sicko le dossier d’une assurance-santé universelle ; et Farenheit 9/11, malgré une Palme d’Or complaisante, n’a en rien contrarié la réélection de George W. Bush. L’autoproclamé (cf bande-annonce de Capitalism…) « cinéaste le plus redouté au monde », ne serait-il qu’un tigre de papier ?
A la fois bilan et remise en cause, Capitalism : a love story s’interroge sur l’indécrottable foi des américains en un système qui fait objectivement le malheur de la grande majorité d’entre eux, sur l’incroyable résistance aux faits de l’idéologie du « rêve américain » et de la « liberté de choisir ». S’il lance quelques pistes, comme la collusion entre les pouvoirs politique et économique (ou plutôt le contrôle du second sur le premier), l’utilisation du mensonge et de la peur pour contrôler les masses (cf le parallèle entre les discours de George W. Bush sur la guerre en Irak et le plan de sauvetage des banques), s’il pose quelques balises historiques (ainsi le basculement de la « révolution conservatrice » reaganienne), Michael Moore pose cette fois-ci plus de questions qu'il n'en résout.
On l’aura compris, Capitalism : a love story n’est pas une leçon d’économie sur la crise des subprimes ou alors une anti-leçon (à la manière des « anti-manuels » d’économie publié par Bernard Maris chez Breal). Plutôt que de se perdre dans les explications techniques ou d’envisager des « solutions à la crise », il s’interroge sur les racines idéologiques d’un système qui a mené le monde au bord de la ruine (en attendant de savoir ce que nous réserve l’avenir). A cet égard, autant sinon plus qu’en Sciences Economiques et Sociales, c’est en regard du programme d’Histoire de Terminale que le film nous paraît le plus instructif, pour l’étude et la contestation du modèle américain depuis la seconde moitié du XXième siècle.
[Capitalism : a love story de Michael Moore. 2009. Durée : Distribution : Paramount. Sortie le 25 novembre 2009]
Egalement sur Zérodeconduite.net :
> Sicko : Amérique, grand corps malade
> La séquence du mois (S.E.S) : Sicko
Posté dans Dans les salles par zama le 26.11.09 à 18:09 - 1 commentaire

Le titre est trompeur. Faisant mine de se référer à des histoires de passion tragique, qu'elles soient biblique ou shakespearienne, il masque une représentation nue et crue de la condition de la jeune génération aborigène. Construit en triptyque, le film s'ancre dans une communauté aborigène du centre de l'Australie, un désert où tout n'est que vide, ennui et désespérance : des baraquements bidonvillesques, une cabine téléphonique qui sonne dans le vide, un groupe de musiciens qui répète inlassablement les mêmes accords, une chaise roulante qui sert indifféremment aux personnes âgées et aux adolescents désœuvrés. Comme dans Un jour sans fin d’Harold Ramis, chaque journée se déroule quasi à l'identique, si ce n'est le rapprochement millimétré opéré par Samson pour séduire Delilah. Ce rapprochement déplace insensiblement les lignes du no man's land infernal vers un burlesque chaplinesque (les deux protagonistes restant quasi mutiques). Samson rêve d'Ailleurs et ce n'est pas étonnant, quand le réalisateur filme la violence des aînés qui s'exerce contre lui et Delilah : anesthésié mais exalté par la sniffette journalière de solvant, il s'enfuit emmenant sa compagne d'infortune sur le mode baudelairien du "Emporte-moi wagon, enlève-moi frégate".
La deuxième partie déroule plus classiquement la confrontation entre les cultures, un peu à la manière de La Terre des hommes rouges de Marco Bechis (sur un autre continent). Projetés dans l’univers urbain d’une métropole australienne (qui pourrait être Alice Springs, la ville d’origine du réalisateur), les personnages se transforment en Tantale : l’abondance des biens de consommation les renvoie à leur dénuement, l'enfer du plein leur fait regretter l'enfer du vide. Est-ce-à-dire que les aborigènes ne peuvent trouver de place dans la société moderne qui les a spoliés, et qu’ils ne doivent pas quitter leur univers matriciel, là où les codes de la consommation et de l'argent sont radicalement différents ? Cette partie est moins séduisante car plus classique (le portrait à charge de la société blanche : cupidité, égoïsme, violence) et explicative (l'absurdité mécanique de la cabine téléphonique est démontée au lieu d'être suggérée) ; et l’accumulation d’avanies qui tombent sur les épaules de nos pauvres héros finit par lasser le spectateur le plus compatissant.
Heureusement la dernière partie nous rend à la quiétude et à la beauté des paysages désertiques, dont l’attrait n’est pas pour rien dans la séduction opérée par le film. Comme un triptyque, il faut imaginer pour le spectateur que les premier et dernier volets, ici les plus riches et les plus signifiants, recouvrent le panneau central.
Le site français du film propose (dans le dossier de presse à télécharger) une longue interview de l’ethnologue Barbara Glowczewski, qui travaille depuis trente ans avec les Aborigènes d’Australie, notamment les Warlpiri du désert central. Cet entretien donne de nombreuses clés pour mieux comprendre certaines scènes du film, notamment sur les rituels de deuil (cf la scène très marquante au cours de laquelle toutes les femmes du village frappent Delilah pour la "punir" de la mort de sa grand-mère), l’art aborigène, ou le rapport des jeunes à la communauté. Même s’il n’est sans doute pas accessible à tous les jeunes de cet âge, Samson & Delilah illustre bien le premier thème du programme de Seconde (Plus de six milliards d'hommes sur la Terre), par le contraste (géographique, économique, social et culturel) entre deux espaces à l’intérieur d’un même pays.
Mais il serait dommage de réduire le film à une approche ethnologique. Samson et Delilah évoque une condition universelle déjà portée au théâtre par Samuel Beckett, où des vagabonds sont des clowns, où des personnages se révèlent sadiques jusqu'à l'insupportable et s'apaisent aussitôt comme des enfants, où le silence est érigé comme langue, où le dénuement est riche de sens : on pourrait à ce titre conseiller Samson et Delilah aux élèves de Terminale littéraire qui ont cette année au programme la pièce Fin de Partie.
[Samson & Delilah de Warwick Thornton. 2009. Durée : 1 h 41. Distribution : Why Not Productions. Sortie le 25 novembre 2009]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 23.11.09 à 16:02 - Réagir

3 jours pour 4 écrans… Le Festival Européen des quatre écrans, se tiendra cette année du 18 au 20 novembre entre la Bnf (site François Mitterrand) et, non loin de là, le Mk2 Bibliothèque. Le Festival est encore jeune (ce n’est que la troisième édition), mais on pourrait dire que le temps travaille pour lui : la "révolution numérique" qu'il promeut et accompagne est à chaque édition une réalité plus prégnante ; l'amélioration et la démocratisation constantes des moyens d’enregistrement (téléphones mobiles, appareils photo, caméras numériques) garantit une sélection chaque année plus riche et plus diverse. Celle-ci s'enrichit ainsi cette année d'une compétition de "web-documentaires", manière nouvelle (et encore entre friche) de "documenter le réel". Mais on retrouvera également la compétition de long-métrages documentaires, le focus sur les "phone-reporters" (des séquences d'actualité brute enregistrée par un téléphone portable", et l'université de l'image, qui invitera à réfléchir à "l'impact du digital sur le traitement et la consommation de l'information", impact "exponentiel" selon Hervé Chabalier, le président du Festival.
> Au chapitre des "films du réel", on saluera également ce mercredi la sortie de Lettre à Anna, documentaire d'Eric Bergkraut consacré à la journaliste Anna Politovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006, à la fois portrait intime et terrible état des lieux de la Russie des années Poutine (voir le site officiel du film, très complet).
Le Festival européen des 4 écrans, du 18 au 20 novembre 2009 au Mk2 Bibliothèque et à la Bnf (site François Mitterrand)
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 19.11.09 à 18:13 - Réagir

Ainsi donc le calendrier maya prendrait fin en 2012, et notre monde avec…
Que ce soit dans les salles (le film fait un tabac aux Etats-Unis comme en France) ou sur internet (une kyrielle de sites reprend ses prédictions apocalyptiques), le monde entier joue à se faire peur avec 2012 de Roland Emmerich ; le monde entier, à commencer par le public le plus friand de ce genre, les adolescents. L’avalanche de questions qui lui étaient envoyées a ainsi conduit la NASA à mettre en ligne une page démontant point par point les allégations du film ("le calendrier maya s’arrête certes au 21/12/2012, mais comme votre calendrier s’arrête chaque année au 31 décembre, pour mieux reprendre ensuite…")
Si le film en lui-même, véritable best-of de toutes les catastrophes possibles (écroulements, éruptions, tremblements de terre, tsunamis) au prix d’une nouvelle surenchère d’effets spéciaux, ne présente pas plus d’intérêt que ses prédecesseurs, il pourra être évoqué au détour d’une discussion en classe. C’est l’occasion ainsi de faire s’interroger les élèves sur leur goût (et celui du public) pour ces films dits "catastrophes" et les prédictions apocalyptiques. On pourra s’appuyer sur le dossier du mois du magazine Philosophies magazine ("A-t-on raison d’avoir peur ?"), encore en kiosques, et sur la vidéo de cette discussion entre les philosophes Jean-Pierre Dupuy et Dominique Lecourt. Le second y analyse ainsi ces films catastrophe comme une manière, dans des sociétés de plus en plus marquées par l’individualisme, de reconstituer de manière fantasmatique une communauté humaine, face à un danger qui la dépasse. Les deux s’accordent en tout cas à déplorer le manque de culture scientifique de nos concitoyens, qui fait le lit de tous les fantasmes…
On pourra aussi s’appuyer sur les présupposés du film pour quelques mises au point scientifiques, un peu à la manière de ce dossier pédagogique édité par le CNDP en partenariat avec le "Mois très très spatial" de la chaîne Ciné-Cinémas (pistes pédagogiques autour des films suivants : Le Voyage dans la lune de Georges Méliès, 1902, La Planète des tempêtes de Pavel Klushantsev, 1962, Deep Impact de Mimi Leder, 1998, Sunshine de Danny Boyle, Opération Lune de William Karel, 2002).
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 17.11.09 à 12:09 - 1 commentaire
Il n’y a pas que le cinéma dans la vie ! Et quitte à vous en détourner quelque temps, on ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir un véritable coup de cœur : Histgeobox, le blog histoire-géographie et musique. Conçu par ses auteurs comme un "petit supplément d'âme" à leur travail en classe (voir cette interview donnée au site Evene.fr), il propose d’étudier les programmes d’Histoire-Géographie à travers les grandes chansons de ce siècle et du précédent.Posté dans Le classeur par zama le 13.11.09 à 12:30 - Réagir

Nous les avons vus et appréciés au dernier Festival de Cannes. Ils sortent aujourd'hui en salles : c'est A l'origine de Xavier Giannoli et L'imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam.
A l'origine de Xavier Giannoli : "Avec l'histoire vraie d'un escroc qui a réussi à monter un chantier d'autoroute, Xavier Giannoli réussit à conférer au fait divers des degrés divers de signification, comme des couches successives dont son film s'enrichit progressivement.
Naturalisme
Au départ, une impasse, celle de Paul le personnage principal en quête de réinsertion à sa sortie de prison. A travers les termes "Ce n'est pas ta place", "Faut pas rester ici", chaque rencontre lui confirme le rejet social dont il fait l'objet. On pourra lire ici l'ancrage naturaliste du film, à travers l'absence d'espoir qui naît de chaque plan. Paul ne va pas tarder à replonger, par désespoir et comme par atavisme. A l'origine, donc, un film social, où un destin se joue. Paul semble comme le premier homme, jeté hors de l'Eden, il y a du Germinal dans A l'origine."
Lire la suite de l'article ("A l'origine : du fait divers comme métaphore")
L'imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam : "L'imaginarium… "casse" avec justesse le langage politiquement correct : par la bouche d'un nain qui reprend le rôle si truculent du bouffon shakespearien (et qui n'est pas sans rappeler le meilleur humour des Farelly), par un diable somme toute sympathique, et enfin par un personnage d'escroc cynique —Heath Ledger et ses remplaçants— qui se sert des enfants pour récolter des fonds (on est même tenté de lire ici au-delà d'une satire des stars "engagées", une critique d'un cinéma qui fait son miel de la misère des enfants)… "
Lire le reste de l'article ("Les Herbes folles / L'imaginarium du Docteur Parnassus")
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 11.11.09 à 15:43 - Réagir

Le Festival du film d’Histoire de Pessac fête ses vingt ans et revisite le communisme… Alors qu’en ce 9 novembre une autre commémoration bat son plein dans toute l’Europe (voir ce dossier du Café Pédagogique), il était difficile d’échapper au sujet. Malicieusement intitulée Il était une foi : le communisme, cette vingtième édition donne à voir et à réfléchir, en plus de quatre vingt-films (fictions et documentaires), sur cette idéologie qui a marqué la vie politique et la géopolitique du XXème siècle, "entre généreuses ardeurs et épouvantables barbaries" (Jean-Noël Jeanneney, président d’honneur du Festival). Du Cuba castriste à la Chine populaire en passant par l’Europe divisée en deux, un choix éclectique navigue entre films de propagande, brulôts anticommunistes ou regards nostalgiques (ce que les critiques ont ironiquement appelé le "syndrome de Pif", voir cette tribune de l'historien Antoine de Baecque sur le cinéma de propagande communiste, publiée par Le Monde), explore les expressions minoritaires ou majoritaires de l'idéologie communiste : "On trouvera donc dans cette programmation aussi bien des films chantant les luttes et les idéaux du communisme (La Grève, Octobre, la Ligne générale évidemment, mais aussi, produits par le parti communiste français, La vie est à nous, Le Temps des cerises), des films militants ou de propagande (l’Homme que nous aimons le plus), des œuvres plus distanciées et parfois critiques (J’ai 20 ans, Je demande la parole), mais aussi, dénonçant les perversions et les fautes du système, des films accusateurs et sans concession (L’Aveu, Kolonel Bunker, le Chêne, le Tchékiste)." (extrait du programme). Traditionnellement, le Festival se distingue aussi par la qualité de l’accompagnement intellectuel autour des projections : grands témoins comme Andreï Gratchev (qui fut le porte-parole de Mikhail Gorbatchev), historiens spécialistes du monde communiste tels Marc Ferro, Stéphane Courtois, Marc Lazar, Nicolas Werth ou Michel Winock, cinéastes et comédiens, aideront les spectateurs à décrypter et mettre en perspective les images.
Comme chaque année, en plus et à côté de la thématique, un double Prix du Film d’Histoire sera attribué à un film de fiction (parmi lesquels cette année : Contes de l’âge d’or, Vincere de Marco Bellochio…) et à un documentaire inédits.
Festival du Film d’Histoire de Pessac, Du 9 au 16 novembre
Les précédentes éditions du Festival : 2008 (1914-1919, la Guerre et la paix), 2007 (Liberté, liberté chérie), 2006 (Europe, histoire d'une passion)
Les films de cette édition chroniqués par Zérodeconduite.net :
[Films anciens]
Katyn d'Andrzej Wajda
La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck
Good night and good luck de George Clooney
L’Armée du crime de Robert Guédiguian
[Films à venir]
Vincere (sortie prévue le 25/11)
Contes de l’âge d’or (sortie prévue le 30/12)
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 09.11.09 à 18:18 - Réagir
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