L'actualité educative du cinéma

A l’heure où la commémorationnite de mai 68 atteint son apogée, au risque de l’overdose, on pourra s’étonner de l’indifférence qui semble accueillir Bataille à Seattle de Stuart Townsend, relatant les manifestations anti-mondialisation qui perturbèrent le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce en septembre 1999. Du joli mai qui enflamma le Quartier Latin aux cinq jours d’émeutes qui secouèrent Seattle, se posent en effet, à près de trente ans de distance, les mêmes questions (sur la place de l’idéal en politique, sur la question de la violence), se reformulent les mêmes enjeux (l’irruption de mouvements alternatifs à côté des organisations instituées comme les syndicats, l’intensité plus ou moins forte de la répression policière, l’importance des médias)… L’anti-(devenu alter depuis) mondialisme des années 00 serait-il à ce point passé de mode tandis que l’on célèbre l’actualité de 68 ?
On mettra au crédit de Bataille à Seattle son efficacité visuelle et narrative, ainsi que sa ferme volonté pédagogique. Le jeune réalisateur Stuart Townsend fait preuve d’une maîtrise incontestable dans la mise en scène des mouvements collectifs et des affrontements de rue entre police et manifestants. Par des choix de mise en scène souvent ingénieux et l’utilisation judicieuse des images d’archive, sa reconstitution n’en paraît pas une, et parvient à recréer l’effervescence de l’événement en train d’advenir, la fébrilité et l’urgence de l’instant. Surtout, le film prend un grand soin à replacer les événements qu’il dépeint dans leur contexte géo-économique, et à resituer les enjeux que représentait le sommet de l’O.M.C., notamment via une très pédagogique présentation liminaire (voir ce dossier de la Documentation Française sur l’OMC et cette page sur l’échec de Seattle). Il ne se contente d'aileurs pas de filmer la cinégénique bataille qui se déroule dans le rues de Seattle, il parcourt aussi les travées du théâtre où se déroulait tant bien que mal le sommet.
Là ou en revanche Bataille à Seattle échoue, c’est sur le plan de la fiction : chargés (selon le principe du film "choral") d’offrir une multiplicité de points de vue sur l’événement, ses personnages ne dépassent que rarement leur rôle de porte-parole ; quand c'est le cas, c'est hélas pour tomber dans le cliché (l’activiste traumatisé par la mort de son frère), ce que n’arrangent pas des péripéties cousues de fil blanc (le CRS — indirectement — victime de la violence policière, la journaliste qui prend fait et cause pour les manifestants). La dimension réflexive et pédagogique du film disparaît alors derrière l'ode au courage et à l’ingéniosité des militants altermondialistes…
Il serait dommage toutefois de disqualifier un film dont l'énergie et l'enthousiasme devraient galvaniser nos élèves. Bataille à Seattle permet en effet d'aborder de manière vivante le sujet de la mondialisation et de sa contestation. C'est l'occasion aussi, pourquoi pas, de montrer que les bons sentiments font parfois du mauvais cinéma.
[Bataille à Seattle de Stuart Townsend. 2007. Durée : 1 h 40. Distribution : Metropolitan Filmexport. Sortie le 7 mai 2008]
Posté dans Dans les salles par zama le 09.05.08 à 18:56 - Réagir
Dans les années 80, l’Espagne de Felipe Gonzalez cherche désespérement à lutter contre la violence d’ETA, qui depuis la fin des années 70 ensanglante le pays (118 morts pour la seule année 1980). Sans doute suscitée et à tout le moins soutenue par le gouvernement, une milice paramilitaire appelée GAL (pour Groupe Antiterroriste de Libération) entreprend de rendre coup pour coup au terrorisme basque, au prix de terribles bavures et d'un scandale retentissant.
Deuxième incursion du réalisateur sur le sujet de la lutte anti-ETA, GAL de Miguel Courtois s’inscrit sans ambiguïté dans la lignée des films enquête comme Les Hommes du président ou Révélations (d’ailleurs explicitement cités sur l’affiche) ou les œuvres que signait Costa Gavras dans les années 70.
On en retrouve la plupart des ingrédients : l’opposition un peu schématique entre le bien (journalistes de terrain intègres et opiniâtres, juges inflexibles) et le mal (barbouzes sans foi ni loi, politiques corrompus, patrons de presse aux ordres) ; une progression dramatique calquée sur l’avancement de l’enquête avec ses révélations, ses blocages, ses impasses ; l’alternance entre scènes d’action et scènes plus psychologiques (ici l’esquisse d’une romance entre les deux journalistes)…
Avouons d'emblée que l’on ne boude pas son plaisir : le duo franco-espagnol de héros (José Garcia dans la langue de Cervantes et Natalia Verbeke) est convaincant, et la mise en scène de Miguel Courtois (qui bénéficie de moyens importants) d’une grande efficacité.
Mais la difficulté à laquelle se heurte le film est de résumer en une heure quarante une vaste enquête (journalistique et judiciaire) qui s’est étalée sur plus de dix ans et un scandale d’état aux ramifications aussi scabreuses que complexes : difficile pour un public non-hispanique (on a peu parlé de l’affaire en France, alors que les GAL ont bénéficié de complicités de ce côté-ci de la frontière) de saisir pendant le film toutes les subtilités de l’affaire, les qualités des personnages impliqués et la gravité des soupçons qui ont pesé jusqu’au plus haut de l’état espagnol.
Le film a en tout cas l'ntérêt de nous montrer l’Espagne comme on n’a pas l’habitude de la voir au cinéma : forêts battues par la pluie, bords de mer inhospitaliers, glauques ambiances urbaines… Il permet aussi de mener une réflexion ô combien actuelle sur les moyens que nos démocraties ont de se défendre contre le terrorisme, et les limites qu’elles décident (ou pas) de s’imposer.
Les enseignants d’Espagnol peuvent se référer à notre site pédagogique, qui leur propose un dossier d’accompagnement très complet et le supplément V.O. Scope édité par Vocable.
[GAL de Miguel Courtois. 2006. Durée : 1 h 45. Distribution : Europacorp. Sortie le 7 mai]
Le site pédagogique :
Dossier d'accompagnement
V.O. Scope
Les Extraits sur Curiosphere.tv
Posté dans Dans les salles par zama le 07.05.08 à 13:07 - 1 commentaire
La vie ne s'est pas arrêtée à Auschwitz : comme ailleurs chaque année les printemps y renaissent et les étés s'y épanouissent, comme ailleurs chaque jour les gens y mènent leur vie ordinaire, insoucieux du poids de l'histoire. Seuls la ronde des autocars climatisés et l'afflux régulier des touristes à casquette rappellent les brûlures de l'Histoire, en même temps qu'ils font marcher le commerce.
Sur les pas de Sven, jeune allemand venu effectuer son service civil à Oswiecim-Auschwitz en Pologne, Et puis les touristes (remarqué au dernier Festival de Cannes dans la section Un certain Regard et primé au Festival du film d'Histoire de Pessac) de Robert Thalheim tresse une réflexion délicate sur les mécanismes de la mémoire et de l'oubli : tiraillé entre son amour naissant pour la jeune Ania et sa compassion pour Krzeminski, un survivant du camp dont il est chargé de s'occuper, Sven sera obligé de mettre au clair son propre rapport à l'Histoire.
Zérodeconduite.net propose un nouveau site pédagogique autour de Et puis les touristes : http://www.zerodeconduite.net/etpuislestouristes. Il propose notamment un dossier pédagogique destiné aux enseignants d'allemand, ainsi que le supplément V.O.Scope édité par le magazine Vocable : 4 pages pour découvrir le film en version originale…
Et puis les touristes : au cinéma le 14 mai
Le site officiel
Le site pédagogique
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 03.05.08 à 16:30 - Réagir

Est-ce la difficulté d’un concours (accessible seulement à Bac + 2) réputé à tort ou à raison favoriser les forts en thème (au détriment de profils plus atypiques) ? La représentativité sociale effective des élèves de l’école qui ont réussi à passer au travers des sélections ? Ou bien tout simplement l’identification à un certain cinéma français caricaturé comme cérébral et nombriliste ? Toujours est-il que la Fémis (ou Ecole nationale supérieure des métiers de l'image et du son) traîne une image élitiste qui, c'est là que le serpent se mord la queue, dissuade de nombreux apprentis cinéastes de tenter leur chance.
Pour lutter contre ce phénomène, la nouvelle direction présidée par le cinéaste Claude Miller, a décidé de lancer, à l’instar d’autres grandes école, une série d’actions pour promouvoir "l’égalité des chances", et le fait savoir :
"La Fémis est une école de haut niveau, délivrant une formation dense et très complète à 10 métiers du cinéma. Par ailleurs, elle ne forme que peu d'élèves chaque année - une cinquantaine au total - car le secteur du cinéma et de l'audiovisuel en général ne sont que peu créateurs d'emplois nouveaux. (…) Si nous assumons ce niveau d'exigence de l'Ecole et la difficulté d'y entrer, nous sommes pourtant très attentifs à ce qu'elle reste ouverte à tous et en particulier à des élèves de toutes origines sociales. (…) Aujourd'hui, cette ouverture se traduit dans la diversité d'origine des élèves, plus élevée que la moyenne de l'enseignement supérieur si l'on en juge par le taux d'élèves boursiers. Néanmoins, nous pensons comme beaucoup aujourd'hui en France, que cette diversité doit être encore accrue pour refléter notre société et, pour le dire d'un mot, que nul ne doit s'interdire de penser à faire ses études à La Fémis en raison de son origine sociale - alors que c'est peut être encore le cas." (communiqué de Claude Miller, président, et Marc Nicolas, Directeur général).
Si l’on ne parle pas (pas encore ?) de filière réservée au concours, les actions se déclinent en deux volets :
— Une campagne d’information sur les métiers du cinéma dans les 68 lycées relevant de l’éducation prioritaire (ZEP/REP et Ambition Réussite).
— Un Atelier estival de remise à niveau pour les étudiants "issus de l’éducation prioritaire" et souhaitant tenter leur chance au concours
Renseignements à La Fémis au numéro suivant : 01 53 41 21 00
En savoir plus :
> Le site de la Fémis
> Une interview du directeur général Marc Nicolas par Les Cahiers du cinéma
> Un article de Fluctuat.net
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 02.05.08 à 10:30 - 3 commentaires
Dans le Grand Nord canadien, Mèche blanche, jeune castor, vit paisiblement avec sa mère et sa sœur. A l’abri du barrage entretenu sans cesse par sa mère, chaque jour est une découverte : inventer de nouveaux jeux, apprendre à distinguer ses amis de ses ennemis, discerner les dangers. Mais Mèche blanche rêve d’horizons plus incertains. Lorsque le barrage cède et que le jeune castor est emporté par le courant, ce désir d’émancipation devient réalité, où l’inexpérience peut être fatale.
"Il était un temps où les hommes […] savaient que chaque goutte d’eau murmure une histoire, chaque pierre cache un conte, chaque arbre recèle une légende." Ainsi commence, à la manière du mythe, ce film où les animaux incarnent de véritables personnages, aux intentions et aux sentiments humains. Il ne s’agit pas d’un documentaire, mais bien d’un conte où l’identification est possible ; d’un conte animalier cependant où la nature a toute son importance. Philippe Calderon entremêle, au fil d’une filmographie en apparence hétéroclite (Michel Foucault par lui-même, La Citadelle assiégée, L’Age d’or de l’islam), histoire, science et philosophie. Il nous invite ici à poser un autre regard sur la nature, à retrouver cette ancienne capacité d’y voir ce que l’on cherche. En quête de sens et non de vérité, le récit en voix off interprète les images. Un autre discours nous ferait voir autre chose.
La réalité des personnages et le réalisme des situations rendent parfois difficile une mise à distance nécessaire à un très jeune public. Néanmoins, ce film relativement court (1h17) ouvre aux plus grands des champs de réflexions aussi bien scientifiques (la découverte de la faune du Grand Nord canadien) que littéraires (la structure narrative du conte). La curiosité de Mèche blanche, sa fascination pour l’inconnu, le forceront à endurer des épreuves mais lui permettront aussi de faire des rencontres. Du manque d’un père disparu à la sérénité d’une famille recomposée, de la peur du loup et de l’ignorance à la connaissance et à la maîtrise du monde qui l’entoure, il achèvera ainsi son voyage. Au fil de la rivière, Mèche blanche surmonte les inquiétudes enfantines en allant au bout de ces chemins que les enfants empruntent sans savoir où ils conduisent.
> Le site officiel du film
> Le dossier Cinédoc du CNDP
[Mèche blanche de Philippe Calderon. 2007. Durée : 1 h 17. Distribution : TFM. Sortie le 30 avril 2008]
Posté dans Dans les salles par July le 29.04.08 à 18:53 - Réagir
Jusqu'où peut aller la démocratie pour lutter contre le terrorisme ? C'est la question qui est au cœur de GAL, le nouveau thriller de Miguel Courtois (dont El Lobo, sorti en 2006, était déjà consacré à ETA) : il revient sur le scandale des Groupes Antiterroristes de Libération qui firent régner dans les années 1980 au pays basque une sorte de "contre-terreur" destinée à faire pièce aux actions sanglantes d'ETA. Une quarantaine d'attentats, 27 victimes (dont certaines n'avaient rien à voir avec ETA) : leur sinistre bilan fit trembler l'état espagnol sur ses bases quand il fut démontré que le groupe paramilitaire avait bénéficié de complicités et de soutiens au plus haut de l'état, jusqu'au sein du gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez.
Mettant en scène des personnages fictifs mais basé sur des faits réels, GAL raconte l'enquête de deux journalistes (José Garcia et Natalia Verbeke) à la poursuite de la vérité, soumis aux pressions de tous bords.
Nous consacrons à ce film notre nouveau site pédagogique espagnol, qui propose :
— un dossier d'accompagnement pédagogique réalisé par une enseignante d'espagnol
— le supplément VO-Scope réalisé par le magazine Vocable (en partenariat avec Zérodeconduite.net) : quatre pages en espagnol (avec la traduction du vocabulaire le plus diffcile) pour découvrir le film, à distribuer sans modération aux élèves.
Le site pédagogique
GAL, au cinéma le 7 mai
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 28.04.08 à 18:30 - Réagir
Cette nouvelle rubrique propose une autre lecture d'un film sorti récemment, en faisant appel aux concepts et aux auteurs de la philosophie. Précédemment dans la rubrique :
Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry
De l'autre côté de Fatih Akin
A la fin de Funny Games USA, remake plan par plan de son film de 1997, Michael Haneke fait dire à l’un des "joueurs" que l’illusion est aussi importante que la réalité puisqu’elle a des effets sur elle. L’image n’en est pas seulement une, puisqu’elle nous marque, nous inspire des émotions, douces ou violentes, comme celles que suscitent les deux versions de Funny games. Dans ce(s) film(s), le réalisateur autrichien adopte à plusieurs reprises un procédé relativement rare : le "meneur du jeu" s’adresse au spectateur, le rendant implicitement responsable des horreurs à venir. Le spectateur ne veut-il pas une intrigue et une fin digne de ce nom ? Ce que nous regardons nous engage, semble dire le réalisateur. Mais sans doute, ce que nous ne voulons pas regarder nous engage tout autant.
Prenant à parti le spectateur, Haneke lui rappelle avec brutalité que l’histoire à laquelle il adhère (puisqu’il la regarde et l’écoute) l’engage, laisse des traces sur lui. Ce ne sont pas seulement des images qui glissent sur lui.
En fait, la question posée est celle de la puissance du virtuel. Dans Différence et répétition, Gilles Deleuze, s’appuyant sur Bergson (1859-1941), insiste sur la différence entre possible et virtuel. Le propre du virtuel est d’être à la fois différent du réel et dans le réel. Il n’est pas, contrairement au possible, en dehors de la réalité, mais à l’intérieur du réel. Dans le virtuel, il y a plus que le possible. Parce que l’actualisation du virtuel fait surgir la différence, la surprise.
Le possible est comme l’explique Bergson, notamment dans La pensée et le mouvant (1934), une création rétrospective que l’on détache de la réalité. Une fois qu’un événement est arrivé, il est facile de dire qu’il était possible, qu’on pouvait en identifier des indices dans les conditions le précédant. Autrement dit, d’après Bergson, on reconstruit un possible, qui ne présente aucune surprise, qui ressemble parfaitement au réel que l’on a sous les yeux. Comme si la vie obéissait à un programme bien déterminé. Or, ce qui permet de la comprendre, ce n’est pas cette logique de la répétition, répétition du possible dans un réel lui correspondant parfaitement, mais, celle de la différence, celle du surgissement inattendu d’une réalité neuve. Le virtuel, c’est l’écart par rapport à ce qui précédait.
Il y a toujours la possibilité de s’écarter des règles, de surprendre celui qui prétendait les poser. Lorsqu’Anna se saisit du fusil, c’est bien cette surprise du virtuel qu’elle rend visible. Mais Haneke pousse la logique de la surprise à ses extrêmes. On peut complètement changer les règles du jeu jusqu’à défaire le contrat tacite entre le réalisateur et le spectateur. C’est la fameuse scène de la télécommande, où le bourreau, voyant le rapport de force s’inverser après qu’Anna a tué son acolyte, décide de rembobiner la scène et de reprendre la main. Il n’y a pas de limites à la destruction que peut opérer cette surprise. On peut aussi se débarrasser sans préavis du personnage central, en le jetant par dessus bord, entre deux considérations annexes. Rien de ce "qui compte" n’est absolument respecté. Ce n’est pas seulement le postulat artificiel d’un cinéaste, c’est sa lecture du réel. Les règles qui nous rassurent sont illusoires. Nous nous y enfermons comme dans une belle demeure confortable, oubliant l’irrationnel, la violence qui tournent autour. Les choses peuvent toujours s’accélérer, se modifier, nous échapper. Il y a toujours la menace ou la richesse d’une ligne divergente qui surgirait, bouleversant notre existence. Dans Funny Games, Michael Haneke en explore la version la plus violente.
[Funny Games de Michael Haneke. 2007. Durée :1 h 51. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 23 avril 2008]
Posté dans Dans les salles par Claire le 24.04.08 à 17:13 - 3 commentaires

Le conflit israélo-arabe aurait-il engendré un comique spécifique ? L’embrouillamini de frontières hérité des guerres successives, la coexistence forcée de deux peuples antagonistes sur un territoire pas plus grand que la Bretagne, le caractère ubuesque d’un quotidien déterminé par l’occupation militaire, ont inspiré aux cinéastes de la région un même humour absurde et décalé : on peut ainsi rapprocher l’israélien Eran Riklis (Les Citronniers après La Fiancée syrienne) de son compatriote Eran Kolirin (La Visite de la Fanfare), ou du palestinien Elia Suleiman (Intervention divine, 2002)…
L’histoire des Citronniers ressemble aux syllogismes surréalistes débités par la cassette qu’écoute le planton chargé de surveiller le verger de Salma, running gag qui court tout le long du film. On pourrait la résumer sous la même forme, celle d’une logique dévoyée :
- Proposition 1 : Le nouveau ministre de la Défense israélienne s’installe le long de la Ligne Verte, à côté d’une plantation de citronniers détenue par une veuve palestinienne.
- Proposition 2 : Les services de sécurité de l’armée redoutent que le verger serve de cachette à des terroristes.
- Conclusion : On rase les citronniers de la voisine.
Un grain de sable va évidemment gripper cette logique, l’obstination de la veuve, Salma Zidane, qui ira jusque devant la Cour Suprême israélienne pour faire reconnaître son bon droit. De la Fiancée Syrienne aux Citronniers on retrouve avec un certain bonheur la patte d’Eran Riklis, son humour pince-sans-rire et ses beaux personnages de femmes (Salma la veuve palestinienne comme Mona la fiancée syrienne subissent à la fois le joug de l’occupant et le poids du patriarcat). Mais en quittant (selon ses propres mots) le "confort relatif [des] hauteurs du Golan" pour plonger au cœur du conflit israélo-palestinien (dans sa dimension la plus concrète, le partage de la terre), il met à l’épreuve son cinéma.
Bien qu’il s’inspire de nombreuses anecdotes réelles, Les Citronniers reste en effet un conte, aux prémisses assez improbables, aux développements attendus (la solidarité entre les deux femmes…), mais surtout à la morale qu’on pourra trouver lénifiante. Ces citronniers, nous répètent à plusieurs reprises les personnages, sont bien plus que des arbres : ils incarnent à eux seuls une culture méditerranéenne, un terreau commun aux juifs et aux arabes que le conflit est en train de déraciner. Cette idée généreuse et "positive" a déjà fait le succès de films de « réconciliation » comme La Visite de la fanfare ou, plus proche de nous, Dans la vie de Philippe Faucon. Mais en se plaçant ainsi exclusivement sur le terrain symbolique et sentimental (si Salma veut garder ses citronniers, ce n’est pas pour le peu qu’ils lui rapportent, mais en souvenir de son père), Eran Riklis occulte l’insupportable réalité sociale et économique vécue par les "frontaliers" : on estime qu'une fois le mur achevé, "274 000 Palestiniens seront enclavés et 400 000 séparés de leurs champs, de leur travail, de leur école et de leur hôpital" (Source : La documentation française)… A chercher trop visiblement à distribuer équitablement les bons et les mauvais points (militaires israéliens obtus ou hypocrites comme le ministre, mais palestiniens bigots et égoïstes), le film finit par agacer, et l’on regrette le regard autrement corrosif d’un Elia Suleiman ou d’un Avi Mograbi (dont le dernier documentaire, Pour un seul de mes deux yeux, comportait une scène d’arrachage d’oliviers)…
En filigrane, le film semble d’ailleurs regretter de ne pas traiter plus frontalement son sujet : des plans du mur de séparation israélien (dont la construction fut lancée par le gouvernement Sharon au printemps 2002), viennent à intervalle régulier, et sans lien avec la narration, ponctuer le récit. C’est à ce mur de séparation que fait également référence celui plus modeste que le ministre fait finalement construire dans son jardin. Dans cette belle scène finale, le film oppose le bruissement et la chatoyance perdues des feuilles de citronniers au silence et la grisaille mortifère du béton. Cinématographiquement, c’est assez réussi, mais comme analyse du conflit, c’est quand même un peu court.
[Les Citronniers (Lemon tree) de Eran Riklis. 2007. Durée : 1 h 46. Distribution : Océan films. Sortie le 23 avril]
Pour aller plus loin :
- Les extraits du film avec leur fiche d'accompagnement sur Curiosphere.tv
- Un dossier de la Documentation Française : Israël soixante ans après : entre normalité et singularité
- D'autres films sur le même thème sur Zérodeconduite.net :
La Visite de la fanfare d'Eran Kolirin (2008)
Pour un seul de mes deux yeux d'Avi Mograbi (2004)
Posté dans Dans les salles par zama le 23.04.08 à 11:39 - 4 commentaires
On l’a dit usé, démodé, obsolète ; on a prédit sa chute avec celle du mur de Berlin : on l’a traité de "relique de la guerre froide". En plein XXIème siècle, l’agent Bond n’en continue pas moins de porter le fer dans le coins chauds du globe, de parcourir ses lignes de faille géopolitiques. Le dernier épisode des aventures de 007, Quantum of solace, réveille ainsi, nous rapporte Le Monde, un différend frontalier opposant… le Chili et la Bolivie depuis 1884.Posté dans L'agenda par zama le 18.04.08 à 23:30 - 2 commentaires
"Les Beatles sont plus populaires que Jésus-Christ" a déclaré un jour le chanteur John Lennon, ce qui lui valut l’inimitié de l’Amérique réactionnaire et puritaine. C’est à cette Amérique qu’il va s’opposer en participant au mouvement contestataire de la jeunesse mondiale dans les années 70. Les documentaristes David Leaf et John Scheinfeld se sont intéressés à cette période particulière de la vie de Lennon. Si le documentaire prend le point de vue unique de l’artiste, au risque de l’hagiographie, il a l’intérêt de mettre en lumière les principaux mouvements de l’époque.
Les USA contre John Lennon présente donc de manière chronologique les événements marquants et prises de position de l’artiste et de sa compagne, Yoko Ono : des bed-ins où ils reçoivent les journalistes pour les convaincre du bien fondé de leur slogan "make love not war", au concert de soutien à John Sinclair, militant du mouvement hippie, arrêté par la police pour avoir vendu du cannabis. Par son engagement dans toutes ces causes, Lennon s'attire l’attention du gouvernement de Richard Nixon, et donc les foudres du FBI de Edgar J. Hoover, qui souhaitent se débarrasser de ce peacenik. Le titre du documentaire oppose les deux parties, et fait référence au procès bien réel qui opposa Lennon au ministère de l'immigration, qui cherchait à retirer à Lennon la célèbre green card, et à l'expulser du territoire américain.
Leaf et Scheinfeld orchestrent habilement images d’archives sur la guerre du Vietnam et sur la contestation grandissante de la jeunesse, avec des reportages où Lennon prend la parole et s’adresse directement aux spectateurs. A ces images, les deux réalisateurs associent pertinemment les témoignages de personnalités militantes, de journalistes, d’hommes politiques ayant côtoyé le chanteur ou ayant directement participé aux manifestations. Cet éclectisme fait tout l’attrait du film. Yoko Ono elle-même participe au récit, rythmé de chansons de Lennon dont la célèbre Give peace a chance résonne comme un écho à la situation politique actuelle du gouvernement Bush.
Les élèves sortiront sans doute de la salle en fredonnant quelques airs de musique qu’il sera alors facile de réutiliser en cours pour entreprendre un travail sur les mouvements de contestation contre la guerre du Viet-nam, ce qui s’intègre très bien aux programmes de première en classe d’anglais. Par ailleurs, grâce aux nombreux témoignages et images d’archives, les élèves se familiariseront avec cette période riche en événements. Il sera alors aisé d’aborder des thèmes plus spécifiques comme la radicalisation des mouvements noirs après l’assassinat du pasteur Martin Luther King, en s’appuyant notamment sur les interventions de Bobby Seale et Angela Davis, qui sont ici du plus grand intérêt.
[Les Etats-Unis contre John Lennon de David Leaf et John Scheinfeld. 2006. Durée : 1 h 39. Distribution: Metropolitan Filmexport. Sortie le 16 avril 2008]
Pour aller plus loin :
Le site officiel du film (en anglais)
Les extraits sur Curiosphere.tv
John Lennon par la Cité de la Musique
Posté dans Dans les salles par Valérie B. le 16.04.08 à 11:09 - 6 commentaires

[La Zona de Rodrigo Pla. 2007. Durée : 1 h 38. Distribution : Memento films. Sortie le 26 mars 2008]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 15.04.08 à 18:51 - 3 commentaires
Il faut sauver le générique de fin ! Lancé au Québec, nous rapporte le Monde, par des associations de professionnels du cinéma exaspérées par le rabotage systématique infligé aux films lors de leur diffusion télévisuelle, le mot d’ordre est porté en France par le critique Alexandre Tylski, directeur de la revue Cadrage et auteur d’un site sur le… générique de film (dont nous avons dit beaucoup de bien ici).
Dans une tribune publiée par L’Humanité ("Quand le petit écran pulvérise le nom des hommes"), il évoque à la fois "la propagande silencieuse visant à réaffirmer la toute-puissance de l’industrie télévisuelle sur les oeuvres de cinéma", "la tyrannie (parfois ouvertement concentrationnaire) des chiffres, actions et pourcentages, des logotypes et des marques - au détriment de la vie propre de noms humains" mais aussi, sur un mode plus poétique, les larmes de son enfance qui "pouvaient sécher discrètement dans l’obscurité brillante des génériques".
On ne peut nier que la compression des films à la marge est un symptôme de la banalisation télévisuelle du cinéma, on peut soutenir que les techniciens méritent de voir leur travail reconnu. Mais à part les principaux concernés, peu risquent de monter au créneau pour défendre le générique de fin, et la tribune drôle et excessive d’Alexandre Tylski tient surtout du (sympathique) coup d’auto-promo : après tout la suppression obsessionnelle des temps morts ou inutiles, l’optimisation du "temps de cerveau humain disponible" ne sont que la contrepartie d’une télévision financée par la publicité ; et en matière d’atteinte à l’intégrité des œuvres, la télévision a fait bien pire, depuis le recadrage sauvage (le fameux procédé du pan & scan) jusqu’à l’imposition permanente de logos dans un coin de l’écran, en passant bien sûr par la coupure publicitaire.
Il est en tout cas assez symptomatique de noter que l’article de Macha Séry laisse planer une certaine confusion sur son objet, en parlant indifférement du générique de début et de celui de fin : or si le générique d’ouverture est devenu un genre à part entière, donnant lieu à des créations mémorables (les génériques de Saul Bass, Maurice Binder…), celui de clôture apparaît comme un parent pauvre, victime de sa vocation utilitaire et de sa position d’appendice. A quelques fioritures près (les génériques parlés de Guitry ou Welles, celui de Seven qui défile à l’envers), il se limite au lent défilé de centaines de noms sur fond noir et musique. On notera une exception, celle du cinéma comique, qui fait prévaloir le principe d’accumulation (des gags) sur la clôture narrative : le générique final est parfois l’occasion d’insérer des bonus humoristiques, bêtisier ou scène(s) coupée(s), blagues dans les crédits, etc.
On remarquera d’ailleurs, qu’en cinéma comme en littérature (le grand texte théorique sur le paratexte littéraire s’appelle… Seuils), on s’est toujours intéressé à la promesse, à l’invite, au désir, et plus rarement à l’état de satisfaction ou d’insatisfaction, de rêverie ou d’éveil qui suit la rencontre avec l’œuvre. Post coïtum, animal triste ?
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 14.04.08 à 17:37 - 3 commentaires
Qu’est-ce qui conduit un jeune photographe canadien, passionné de plongée sous-marine et biologiste à ses heures, à prendre fait et cause pour un animal comme le requin, au point de consacrer à sa préservation plusieurs années de sa vie, résumées dans le film documentaire Les Seigneurs de la mer ?
Le réalisateur Rob Stewart a coutume de retourner ce genre de questions à son interlocuteur : qu’y-a-t-il de si incongru ou scandaleux à prendre la défense du requin plutôt que celle de la baleine à bosse, de l’orang-outang ou de l’ours blanc ? A la différence du discours parfois lénifiant de certains documentaires animaliers (cf notre article L’ours blanc, le cinéaste et le géographe) Les Seigneurs de la mer a d’abord pour intérêt de nous interroger sur notre rapport au règne animal et aux différentes espèces qui le composent, rapport de plus en plus fantasmatique à mesure que l’espèce humaine s’éloigne de la nature : pourquoi telle espèce rencontre notre sympathie et notre compassion alors que telle autre est un objet de crainte et de répulsion ?
Rob Stewart ne nous expliquera pas d’où vient notre phobie du requin : il se contente de la combattre en démontant un certain nombre d’idées reçues véhiculées par la culture de masse, notamment le cinéma (Les Dents de la mer, 1976, premier d’une longue série horrifique). Mais c’est pour tirer un fil tout aussi intéressant, en démontant le mécanisme économique qui conduite à la disparition programmée du requin : la demande d’ailerons, mets traditionnel de la cuisine asiatique, explose avec la croissance chinoise et la hausse du niveau de vie. Malgré les interdictions promulguées dans de nombreux pays, l’appât du gain pousse les pêcheurs à se reconvertir dans cette spécialité lucrative, tandis que des mafias se chargent d’organiser les flux de marchandises.
Des eaux bleues des Galapagos aux entrepôts costaricains, Les Seigneurs de la mer a des faux airs de film d’aventures ou d’album de Tintin : Stewart, avec sa bouille juvénile et son enthousiasme à toute épreuve, rappelle d'ailleurs le héros de Hergé, privé de Milou mais flanqué d'un Haddock (rôle tenu par le capitaine au long cours Paul Watson, activiste de la lutte contre les braconniers des mers). On pourra s’agacer de la manière parfois naïve dont Rob Stewart se met en scène (fallait-il nous infliger l’épisode du staphylocoque doré ?), mais la sincérité du personnage est indéniable. Elle transparaît notamment dans la beauté souvent époustouflante des images de squales, qui ne constituent pas le moindre des attraits de ce film.
Comme nous l’avons déjà évoqué, le film constitue une mine pour les enseignants, à la fois en SVT et dans le cadre de l’Education au Développement Durable, et en Géographie-ECJS, pour évoquer un exemple de trafic mondialisé. Ils pourront consulter notre site pédagogique qui propose dossiers d’accompagnements dans les disciplines citées plus haute et le Cinéclasse édité par le Monde de l’Education.
[Les Seigneurs de la mer de Rob Stewart. 2006. Durée : 1 h 30. Distribution : Mk2 Diffusion. Sortie le 9 avril 2008]
Posté dans Dans les salles par zama le 09.04.08 à 16:28 - 9 commentaires
C’est un film que vous ne verrez pas dans les salles : présenté en grande pompe lors du dernier Festival de Cannes, puis lors de quelques séances spéciales (notamment devant l’Assemblée nationale), longtemps annoncé pour une sortie en janvier, La Onzième heure a fini par disparaître des programmes de cinéma. Mais c’était pour mieux réapparaître… en VOD (vidéo à la demande), puisque le film sera proposé en exclusivité sur les sites d’Orange et de la FNAC.
Volonté d’un grand acteur du secteur (Warner Bros) de tester un nouveau mode de diffusion ? Peur d’un accueil critique trop tiède ? Ambitions révisées à la baisse devant le faible potentiel commercial du film ? Le distributeur invoque plutôt le "mode de distribution le plus en adéquation avec les aspirations écologiques du film" : à l’économie d’énergie réalisée par la dématérialisation totale du support de diffusion (adieu bobines argentiques ou galettes DVD) s’ajoutent celles réalisée sur les litres d’essence qui auraient permis aux spectateurs potentiels de se rendre dans les salles. Dans le monde de l’urgence écologique, il n’y a pas de petites économies (d’énergie).
La Onzième heure s’appréciera donc chez soi bien au chaud, ce qui permettra de jouir (Suave mari magno…) du contraste avec les visions apocalyptiques que présente le film : dans la catégorie en pleine expansion des films "écolos" (on annonce les projets de Nicolas Hulot et Yann-Arthus Bertrand) peu en effet ont été aussi loin dans la pédagogie de l’effroi. Incendies, tornades, inondations, un choix de stock-shots (dont la bande annonce offre un aperçu) toutes plus effrayantes les unes que les autres illustre le discours alarmiste décliné par une bonne trentaine d’intervenants : pour résumer, il est urgent d’agir pour éviter l’irrémédiable cataclysme écologique dans lequel nous a jeté l’ère industrielle.
Le film a l’intérêt de déplacer la perspective par rapport au discours lénifiant sur la "préservation de la nature" : le problème n’est pas tant le mal que l’homme inflige à "la Terre", que l’enfer climatique qu’il prépare à ses descendants. Autrement dit, si notre maison brûle, nous sommes sûrs de périr dans l'incendie. Mais si le message est tout aussi indiscutable que chez Al Gore, le film souffre de la comparaison avec Une Vérité qui dérange : la multiplication des intervenants morcèle les prises de parole, la densité de certaines interventions en rend parfois la compréhension difficile (surtout en VO) ; surtout, l’absence d’une progression claire dans le propos donne au spectateur sonné la désagréable impression d’avoir été victime de bourrage de crâne.
La Onzième heure apparaît ainsi paradoxalement moins intéressant pour ses qualités que pour ses défauts : à une utilisation "au premier degré" dans le cadre de l’Education au Développement Durable, on pourra privilégier une étude plus critique, en séparant bien le message du film de procédés rhétoriques parfois grossiers. Si tant est qu'être un citoyen éco-responsable n'empêche pas d'être un spectateur critique.
[La Onzième heure de Nadia Conners et Leila Conners Petersen. 2007. Durée : 1 h 31. Distribution : Warner Bros France. Exclusivement en VOD]
Posté dans Dans les salles par zama le 08.04.08 à 18:20 - 6 commentaires
Dans son éditorial, Christian Bonrepaux appelle ça avec humour un "délit de grande gueule". La grande gueule aux dents bien pointues, c'est celle du requin, que sa sinistre (et fausse) réputation de mangeur d'hommes, largement popularisée par le cinéma, a rendu moins populaire que la baleine à bosse, du bébé-phoque ou l'ours blanc, et donc moins facile à défendre.
Le Cinéclasse de ce mois-ci revient donc sur Les Seigneurs de la mer de Rob Stewart, long-métrage documentaire qui sortira dans les salles de cinéma le 9 avril, et auquel nous avons consacré notre nouveau site pédagogique (dossiers d'accompagnement en SVT et en ECJS-Géographie). Illustré des superbes photos du film, le supplément interroge notamment le "requinologue" Bernard Seret, qui confirme et complète l'inquiétant constat délivré par le film : ravages de la pêche à la palangre, du shark-finning (pratique qui consiste à ne prélever que l'aileron, et à rejeter le requin agonisant à la mer), baisse drastique (de 60% à 90%) des populations de requins depuis quelques années. Mais Le Monde de l'Education replace également la "question requine" dans le cadre plus général de la surexploitation des ressources océaniques, en interrogeant le scientifique Philippe Cury, dont le titre du dernier livre résume bien la question : Une mer sans poissons ? Inutile de dire que le dossier et le film tombent à point nommé en pleine Semaine du développement durable (jusqu'au 7 avril).
Cinéclasse, supplément au Monde de l'Education n° 368 (avril 2008), en kiosques jusque fin avril
> Les Seigneurs de la mer (Sharkwater), au cinéma le 9 avril
> Extraits du film sur Curiosphere.tv
> Le site pédagogique :
Dossier en SVT
Dossier en ECJS/Géographie
Cinéclasse
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 04.04.08 à 18:46 - 1 commentaire

Un documentaire et une fiction, deux variations sur un même thème : l’enfance est un monde à part. C’est ce que Thomas Bardinet nous propose avec La Petite mêlée et Les Petits Poucets.
Dans La Petite Mêlée, nous suivons pendant une saison les benjamins de l’école de rugby de Bègles. A travers plusieurs rencontres, où ils ont souvent affaire à plus gros qu’eux, Thomas Bardinet filme leurs réactions, leurs émotions, face aux dures règles du jeu. On s’attend à un discours sur les vertus socialisantes du sport, mais le regard, à hauteur d’enfants, nous donne à voir autre chose : ce n’est pas parce que les enfants respectent les règles qu’ils les ont intériorisées. Le chemin vers l’autonomie est long et difficile… Ce télescopage entre les règles des adultes et celles des enfants, surprend, fait rire et émeut : la victoire est évidente, l’échec est source de désarroi et de larmes, l’éthique est simple : "il faut répondre par le jeu : pendant le plaquage, on le défonce", et le réconfort savant : "c’est bon, c’était pas une vraie dent, c’était déjà un composite". De cette confrontation l’enfant sortira grandi, un jour, à l’image de cette petite fille filmée à l’arrière de la voiture avec sa tétine qui, une fois seule sur le terrain désert, transforme l’essai.
Aux adultes invisibles de La Petite Mêlée succèdent les adultes sourds des Petits Poucets. Quatre adultes et quatre enfants passent leurs vacances dans une maison isolée près d’une forêt. Les adultes vivent à côté des enfants, sans les voir ni les écouter, ne leur parlant que pour se faire obéir. Les enfants partent alors se cacher dans la forêt et rejouent, pendant toute une nuit, Le Petit Poucet, abandonnant ainsi leurs parents à leur désarroi. Ils les obligent à jouer selon leurs propres règles, à ressentir ce qu’ils ressentent, mais jusqu’au bout les adultes ne vont rien comprendre et refuser cette passerelle entre les deux mondes. Leurs tentatives pour les récupérer sont vaines et humiliantes : les effrayer, organiser une battue, les attirer avec des crêpes, et même simuler l’abandon. Une fois retrouvés, ils les enferment à clé. En digne Prince face à ses sujets, l’adulte ne sait utiliser que la force ou la ruse.
Thomas Bardinet, empreint de la nostalgie de l’enfance, tente de nous redonner à voir un monde où l’on percevait, pensait et réagissait autrement. Ces deux films (1h45 en tout), en donnant la parole aux enfants, interpellent les adultes et ouvrent le dialogue.
> Le site officiel des films propose un document pédagogique
[Les Petits Poucets (précédé de La Petite mêlée) de Thomas Bardinet. 2006. Durée du programme : 1 h 45. Distribution : CP Productions. Sortie le 2 avril 2008]
Posté dans Dans les salles par July le 03.04.08 à 18:46 - Réagir
Le cinéma est-il un outil pour motiver les élèves dans l’apprentissage des langues ? Qu’autorise la loi en matière d’exploitation de vidéos en classe ? Quelles sont les limites de la fameuse exception pédagogique ? Exploitants, distributeurs, qui sont les interlocuteurs de l’enseignant pour la sortie cinéma ?
Voila quelques uns des thèmes qui seront abordées lors de la conférence Le Cinéma et les Langues Vivantes qui aura lieu le vendredi 4 avril (de 14h15 à 15h15) dans le cadre des rencontres interprofessionnelles des langues - LANGUES & AVENIR, organisé par la librairie des langues Attica. Animé par le magazine Vocable, la conférence réunira Odile Montaufray, chargée de l’action culturelle scolaire du cinéma Le Latina, et Vital Philippot, de Zéro de conduite.net.
Pour recevoir une invitation et pour tout renseignement complémentaire, contacter Vocable.
Posté par Zéro de conduite le 02.04.08 à 20:56 - Réagir
C’était il y a bientôt deux mois, quelques jours après la sortie de Survivre avec les loups de Vera Belmont, le film qui s’en était inspiré : sous la pression de quelques journalistes opiniâtres, l’auteure belge Misha Defonseca (en réalité Monique De Wael) avouait avoir inventé de toutes pièces le récit qu’elle donnait jusque là pour autobiographique : celui d’une petite fille juive de 8 ans parcourant l'Europe nazie à la recherche de ses parents déportés, ne devant sa survie qu’à une meute de loups. La révélation provoquait la consternation de ses éditeurs, de la réalisatrice du film et plus largement du très large public de lecteurs et de spectateurs émus par cette histoire : Arx tarpeia Capitoli proxima comme disaient les Romains, et Monique de Wael passait instantanément de la gloire à l’opprobre.
On peut s’interroger sur les motivations qui ont poussé l’auteure à s’inventer cet incroyable passé ; on peut surtout questionner la crédulité du public (du livre puis du film), et l’incroyable appétit qu’il a manifesté pour cette histoire. Au-delà du goût ancestral pour "l’incroyable mais vrai", sur lequel la communication du film a beaucoup joué, la fascination particulière pour le récit de Misha Defonseca s’explique sans doute par la rencontre entre un mythe qui a traversé les époques (de la fondation de Rome jusqu’à Kipling) et les cultures, celui de l’enfant-loup, et l’Evénement historique par excellence : l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis.
Cette rencontre inédite entre le fabuleux et l’historique a provoqué le brouillage qui a permis à la mystification de se développer et de perdurer, malgré les sérieuses réserves des historiens et des éthologues : en endossant la défroque de victime du nazisme, doublée par la figure de l’enfant innocent, Monique/Misha rendait son récit inattaquable. Mais on peut pousser l'analyse plus loin. Quand on écoute aujourd’hui Monique de Wael, on a l’image d’un récit personnel qui lui a été presque arraché par ses interlocuteurs successifs, qui semblait répondre à une demande irrépressible et impérieuse du public : "(…) Si j'ai commencé à parler dans plusieurs universités américaines, c'était à leur demande. C'est alors que j'ai été harcelée par une femme, Jane Daniel, qui se disait éditrice et qui voulait faire un livre sur ma vie. Pendant plus de deux ans, j'ai refusé, mais ma communauté et mes amis me disaient : "Grandis, Misha, fais-le pour les générations futures."
S’il y a sans doute de nombreuses façons d’analyser cette rencontre entre un récit et les attentes du public, on a envie ici de renvoyer à la querelle du Cid (1637) : celle-ci a montré que la notion de vraisemblance était inséparable de celle de bienséance. On a tendance à trouver vraisemblable un récit qui valide nos préjugés, qui s’inscrit dans notre système de valeurs. Tout improbable qu’il soit sur un plan historique et éthologique, le récit de Misha Defonseca répond parfaitement aux conceptions morales partagées par un très large public : le courage des enfants, la bonté "naturelle" des animaux, la méchanceté des hommes.
On ne peut s’empêcher de penser à une autre affabulatrice, se glissant avec le même "flair" dans la peau de la victime idéale : Marie L., héroïne de la fameuse affaire du RER D (qui va d’ailleurs être bientôt portée à l’écran par André Téchiné). Pris en flagrant délit d’emballement inconsidéré, de nombreux éditorialistes et responsables politiques s’étaient défaussés en estimant avoir eu raison de crier au loup : d’après eux, même si cette affaire n’était pas vraie, elle aurait pu l’être tant les actes antisémites se multipliaient. En un mot, peu importait qu’elle soit vraie puisqu’elle était vraisemblable.
Reste à mesurer les effets de "l'affaire-Survivre avec les loups". On ne sait combien d'enseignants ont emmené leurs élèves découvrir cette édifiante histoire sur la barbarie nazie, comme on le leur proposait, ni comment (et si) ils leur expliqueront la supercherie. Même s'il est sans doute excessif d'accuser Misha Defonseca de faire le jeu du révisionnisme (si son témoignage est faux, combien le sont ?), on ne peut s'empêcher de constater l'effet de brouillage : sur internet en tout cas, la vérité n’a pas remplacé le mensonge, elle s’y est superposée. La plupart des sites qui ont répercuté la sortie de Survivre avec les loups (et ainsi participé —à leur corps défendant— à l’imposture), y compris des sites d’enseignants (celui du SE-UNSA, qui présentait le film dans sa rubrique "L’Enseignant fait son cinéma"), n’ont pas jugé utile de démentir ou de mettre à jour leurs informations. Si bien qu'aujourd’hui les pages brodant sur "l’incroyable histoire vraie de Misha Defonseca" coexistent avec celles dévoilant la supercherie.
Quelques semaines après Survivre avec les loups est sorti un film allemand également consacré à la période, intitulé Mon Führer et sous-titré : La vraie véritable histoire d’Adolph Hitler. Le vrai faux chassait ainsi le faux vrai. On ne put s'empêcher à la crainte exprimée par le cinéaste Claude Lanzmann quant aux effets de la fiction, qui justifiait "l'interdit de la représentation" qu'il avait posé à propos des camps d'extermination : celui que les fictions "inspirées de…", les re-constitutions et re-présentations, les jolies histoires pleines d'arrangements et d'inexactitudes, finissent par recouvrir la vérité historique et la faire basculer celle-ci le mythe.
Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 31.03.08 à 17:39 - 7 commentaires

On l'avait dit cet été à l'occasion d'une reprise de la première œuvre de Sidney Lumet : modèle indépassable du film de procès, Douze hommes en colère peut intéresser différentes disciplines, du français (pour l'étude du discours argumentatif) aux SES, en passant par l'Histoire. Mais la séance qui lui est consacrée ce mois-ci s'adresse au cours de Philosophie. Elle propose de faire de Douze hommes en colère un support de réflexion et de discussions sur les thèmes suivants : la justice et la loi, le sujet et autrui, le langage et la communication, la vérité et la démonstration…
Posté dans La séance du mois par Zéro de conduite le 27.03.08 à 20:00 - Réagir
La dix-neuvièmite (Eugène Le Roy, Balzac, Barbey d'Aurevilly) s’est emparée du cinéma français. L’adaptation du conte de Flaubert Un cœur simple est pour le coup une vraie réussite, qui réjouira tous les professeurs et dans une certaine mesure leurs élèves, classes de troisième ou de seconde, qui découvrent chaque année la vie de Félicité dans le cadre de l'étude du récit ou de la nouvelle.
La magistrale interprétation des deux comédiennes, Sandrine Bonnaire (la bonne Félicité) et Marina Foïs (sa maîtresse Madame Aubain), toute en retenue et en profondeur, laisse bien transparaître ce qu’Hegel a appelé la dialectique du maître et de l’esclave : tandis que Félicité s’accomplit dans les travaux et les jours, animée d’une inextinguible soif d’amour, Madame Aubain est incapable d’éprouver le moindre sentiment du haut de sa condition. Ainsi Félicité tout le long de sa vie reporte son amour, de Théodore sur Clémence, de Victor son neveu sur Loulou, le perroquet, tandis que Madame Aubain reste sourde au désir de Frédéric, le maître de musique, à l’affection de sa fille Clémence et se drape dans une frigidité qui sera son linceul.
La simplicité de Félicité n’a rien d’ironique, même si sa dernière vision transfigure Loulou en Esprit-Saint : "L'histoire d'Un coeur simple est tout bonnement le récit d'une vie obscure, celle d'une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu'elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n'est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste." (Flaubert, lettre à Madame Roger des Genettes. 19 Juin 1876).
De fait, empruntant au réalisme et au naturalisme, le film restaure le tableau de la domesticité rurale à la fin du XIX° siècle sur le registre principalement pathétique, mais sans violons ni trémolos (on pourrait d’ailleurs compléter l’analyse d’Un Cœur simple par l’étude de Germinie Lacerteux des Goncourt, afin d'étudier la domesticité urbaine). Mais le film évoque aussi Courbet et ses paysages normands (marins et champêtres) au détour de séquences pleines d’une sensualité sonore et visuelle, qui rendent grâce à l’écriture de Flaubert. Enfin, l’adaptation reste fidèle tout en s’enrichissant de quelques audaces réussies, comme l’étreinte entre Félicité et Théodore qui ne dénature en rien le personnage.
Pour aller plus loin :
[MAJ du 31/03] — Le très copieux et très bien fait dossier de Marie Basuyaux pour le Cercle de l'Enseignement Gallimard
— L'article de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP
Et aussi :
— Une séquence proposée par le site académique de Rouen : Lecture d'une œuvre intégrale en 3ème
— Une séquence proposée par le site académique de Lille : Lecture d'une œuvre intégrale en Seconde
[Un cœur simple de Marion Laine. 2007. Durée : 1 h 45. Distribution : Rezo Films. Sortie le 26 mars 2008]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 26.03.08 à 00:30 - 2 commentaires
Il n'a pas exactement bonne presse auprès du grand public. On pourrait même dire qu'il figure en bonne place au hit-parade des frayeurs contemporaines. Le requin n'est pourtant pas si féroce que le cinéma, depuis Steven Spielberg au moins (Les Dents de la mer, 1975) a voulu le montrer.
Et son extinction programmée (sous la pression de la pêche industrielle et de la pratique particulièrement cruelle du shark-finning) menace l'équilibre des écosystèmes marins, dans lesquels il assure le rôle de grand prédateur, tout en haut de la chaîne alimentaire. Voici la thèse que défend avec panache Les Seigneurs de la mer, dans lequel le biologiste et photographe sous-marin Rob Stewart ferraille à la fois contre les trafiquants internationaux (l'aileron de requin, prisé sur les tables asiatiques, est à la base d'un lucratif commerce) et contre l'indifférence générale. S'il s'inscrit dans la lignée des documentaire militants comme Le Cauchemar de Darwin (voir notre dossier) ou We Feed the world (notre site pédagogique) Les Seigneurs de la mer est également le film d'un amoureux des requins, qui nous offre des images superbes et inédites des différentes espèces de squales.
Zérodeconduite.net consacre aux Seigneurs de la mer son nouveau site pédagogique, qui propose de multiplier les approches : si le film trouve naturellement sa place dans les programmes de SVT, au collège et au lycée, ainsi que dans le cadre de l'Education au Développement Durable, il permet également de réflechir, en classe de Géographie et d'ECJS, aux conséquences environnementales de la mondialisation, et aux moyens de les contre… Le film proposera également de télécharger le supplément Cinéclasse du Monde de l'Education.
Les Seigneurs de la mer de Rob Stewart. Au cinéma le 9 avril
Le site officiel du film
Le site pédagogique de Zérodeconduite.net
> Les enseignants de SVT, Histoire-Géographie, SES ainsi que les documentalistes sont invités à découvrir le film en avant-première dans certaines villes de France. Renseignements et inscriptions sur le site.
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 23.03.08 à 18:22 - 13 commentaires

La comédie italienne renaîtrait-elle… en Uruguay ? C’est en effet à ce genre cinématographique que fait penser Les Toilettes du pape, le film de Enrique Fernandez et Cesar Charlone : une toile de fond sociale dépeinte avec réalisme, des personnages modestes aspirant à améliorer leur sort, un regard ironique mais tendre porté sur ces petites gens, plus acéré quand il s’agit de décrire les abus des puissants…
Inspiré de faits réels vécus par l’un des deux-coscénaristes ("Seul le hasard a empêché que les faits, par essence réels, se passent comme ils sont relatés ici." nous avertit joliment le générique), à savoir la venue du pape Jean-Paul II à Melo, petite bourgade déshéritée à la frontière avec le Brésil, Les Toilettes du pape raconte l’espoir fou de toute une population de gagner un peu d’argent grâce à l’afflux de touristes provoqué par la visite papale.
Le film mêle avec bonheur description réaliste (notamment de l’activité des kileros, petits contrebandiers qui profitent de la situation frontalière pour se livrer à de menus trafics) et satire, comique et émotion (dans les rapports du héros avec sa femme et sa fille), acteurs professionnels et habitants de Melo. Au-delà de ses qualités d'écriture et de mise en scène, il ressort du film une authenticité et une chaleur communicatives
L’accent uruguayen ne rend pas la compréhension des dialogues toujours faciles, mais Les Toilettes du pape présente un intérêt cinématographique et culturel évident, et devrait séduire les élèves. Notre dossier pédagogique espagnol propose d’étudier plusieurs scènes-clés du film, retranscription des dialogues à l’appui. Même si les événements commencent à dater, le film peut également faire l’objet d’une réflexion en classe de Géographie : Les Toilettes du pape illustre les thèmes des frontières et des inégalités de développement au programme de Seconde. On précisera toutefois aux élèves que la mondialisation a fait évoluer les choses : Melo s’est tournée vers le tourisme, et cette ville de 50 000 habitants abrite aujourd'hui un aéroport qui propose même une liaison aérienne vers Paris !
> Le site pédagogique de Zérodeconduite.net
[Les Toilettes du pape (El baño del Papa) de Enrique Ferndandez et Cesar Charlone. 2006. Durée : 1 h 35. Distribution : Pierre Grise. Sortie le 19 mars]
Posté dans Dans les salles par zama le 20.03.08 à 12:11 - 6 commentaires

Il y a sans doute peu de films qui interpellent autant la communauté éducative que Ben X, et il n’est pas fortuit que ce premier film ait créé un tel débat en son sein en Belgique… Dans Ben X, élèves, enseignants, parents sont à la fois mise en scène et en accusation, pour ne pas avoir réussi à éviter le drame qui frappera l’un des leurs : le jeune Ben, lycéen que le harcèlement de ses camarades poussera (sans dévoiler la fin du film) à une réaction extrême.
Au-delà de la pathologie très particulière qui affecte Ben (autisme syndrome d’Asperger), Ben X est un film sur la différence et son acceptation, thème autour duquel gravitent une foule (peut-être trop nombreuse d'ailleurs) de questions, souvent en résonance avec l’actualité : le mal-être des adolescents, les jeux vidéo en ligne et les cyber-addictions, (thème au centre du Cinéclasse que lui a consacré le Monde de l’Education), les formes nouvelles de harcèlement (happy-slapping, cyber-bullying) permises par les nouvelles technologies.
C’est aussi un objet cinématographique hors-normes, qui mêle une tentative de renouveler la représentation fictionnelle de l’autisme, et une ouverture sur l’univers virtuel et ses images (les prises de vues réelles laissent souvent la place à des scènes du jeu vidéo Archlord, auquel Ben est littéralement accro).
Ben X est soutenu par la Défenseure des Enfants (dans le droit fil de son rapport 2007 consacré aux Adolescents en souffrance) et la Fédération des Conseils de Parents d’Elève. Zérodeconduite.net lui consacre également un site pédagogique, qui permet de télécharger le Cinéclasse édité par le Monde de l’Education, et un dossier pédagogique réalisé par une enseignante de Français. Après avoir étudié la structure narrative du film ("De la tragédie à la prise de conscience"), il propose une étude de thème ("L’Autre, entre solitude et différence"), et un sujet d’argumentation ("L’image, néfaste ou bénéfique ?"), et termine par un groupement de textes sur le thème du bouc-émissaire, mêlant René Girard, Victor Hugo (Quasimodo dans Notre-Dame de Paris) et… Stieg Larson (dans la trilogie Millenium, le personnage de Lisbeth Salander est atteint du syndrome d’Asperger).
[Ben X de Nic Balthazar. 2007. Durée : 1 h 30. Distribution : Océan Films. Sortie le 19 Mars 2008]
> Le site pédagogique du film
> Le site de la Défenseure des Enfants
> Les extraits du film et leur fiche d’accompagnement sur Curiosphere.tv
Posté dans Dans les salles par zama le 19.03.08 à 13:30 - 1 commentaire

Le nom de Brick lane, n’évoque sans doute rien au spectateur français. Pour un anglais, il charrie immédiatement des odeurs d’épices et des mélopées orientales. Traditionnelle porte d’entrée dans Londres des immigrants de toutes origines (huguenots, irlandais, juifs ashkénazes), ce quartier de l’East-end est devenu au siècle dernier le foyer de l’immigration indienne musulmane, ce qui lui a valu les surnoms de "Banglatown" ou "Londonistan".
Toile de fond du best-seller de la jeune Monica Ali, Sept mers et treize rivières (publié en France chez 10-18), le quartier donne son titre à l’adaptation cinématographique qui en a été tirée par la réalisatrice Sarah Gavron.
Née au Bangladesh dans une famille pauvre, envoyée à l’adolescence rejoindre le mari qu’on lui avait choisi, Nazneen est, quand commence le film, une jeune épouse et mère esseulée, isolée dans un pays dont elle maîtrise à peine la langue.
Rendez-vous à Brick Lane fait le récit de sa progressive émancipation (ainsi que celle de ses deux filles) des tutelles maritale, religieuse et communautaire : d’abord en acceptant un petit travail de confection à domicile, puis en succombant aux charmes du fils de son commanditaire…
Mais tout l’intérêt du film est de raconter, en même temps que l’émancipation des femmes issues de l’immigration bengladaise, l’inexorable "désaffiliation" de leurs hommes : le mari de Nazneen, employé de bureau élevé dans le culte de Shakespeare et Milton, qui se heurte au "plafond de verre" et réagit comme un amoureux trahi ; son amant, jeune homme émancipé qui se troquera ses Levi’s et ses boucles d’oreille pour la barbe et la djellaba des fondamentalistes, en réponse à la flambée du racisme anti-musulmans provoquée par les attentats du 11 septembre.
Mélo souvent émouvant malgré quelques effets très appuyés (les flash-backs très clipesques sur l’enfance de Nazneen), Rendez-vous à Brick Lane échappe ainsi aux clichés que charriait un tel sujet (les mariages forcés, l’oppression de la femme musulmane) pour proposer une réflexion sensible et contradictoire sur l’émigration et le déracinement : de quel pays est-on, celui d’où l’on vient ou celui où on est, celui qu’on nous assigne ou celui qu’on choisit ? Il s’appuie avant tout sur une interprétation d’une grande qualité (mention spéciale à Satish Kaushik, qui campe le père, pathétique histrion — il cite Chaucer et Thackeray — qui se révélera sensible et tolérant) et une écriture efficace : on pourra citer la scène où Ahmed (le mari) oppose à la rhétorique religieuse et communautaire de Karim (l’amant), qui en appelle à ses "frères" musulmans, les centaines de milliers de morts que fit la guerre qui opposa le futur Bengladesh au Pakistan.
Inutile d’insister sur l’intérêt culturel que le film présente pour les enseignants d’Anglais (sur l'histoire heurtée de l'ex-empire des Indes, l’intégration des immigrés du sous-continent indien en Angleterre, le racisme et le communautarisme après le 11 septembre, cf les Bradford riots). Ils trouveront une section intéressante sur le site anglais du film : "From script to screen",qui propose de comparer trois extraits du film de Sarah Gavron avec les passages correspondants du roman de Monica Ali.
[Rendez-vous à Brick Lane de Sarah Gavron. 2007. Durée : 1 h 37. Distribution : Diaphana. Sortie le 12 mars 2008]
Posté dans Dans les salles par zama le 17.03.08 à 17:09 - Réagir
Mon Führer se termine par une sorte de micro-trottoir qui pose la question suivante à des jeunes allemands d’aujourd’hui : d'après vous, qui était Adolph Hitler ? On ne sait si le réalisateur n’a sélectionné que les plus ignares, mais la tonalité de la séquence est claire : pour reprendre le titre d’un film de Bertrand Blier, "Hitler, connais pas !".
Cette séquence finale ajoute à la perplexité dans laquelle nous plonge le film de Dani Levy : car à l’ignorance qu’il déplore chez les jeunes générations, il ne pourra ajouter que de la confusion. Au-delà de la volonté de transgression et de provocation (Dani Levy reprend même la fameuse "scène de la douche", devenue à la fois le lieu commun et le chiffon rouge des films sur les camps), on se demande durant toute la projection où veut en venir le film, et quel intérêt il y a à présenter Hitler en bouffon pathétique, s'en remettant à son ancien professeur de théâtre juif.
Toute dictature est par essence ridicule (par le culte de la personnalité, la paranoïa, la boursouflure de l’appareil bureaucratique), mais n’est pas Lubitsch (To be or not to be) ou Chaplin (Le Dictateur) qui veut. Si l’on peut s’esclaffer à quelques gags hénaurmes (le chien qui fait le salut nazi, la fausse demi-moustache de Hitler) ou sourire de certaines répliques grinçantes ("Cette histoire de juifs, n’en faites pas une affaire personnelle"), c'est l'impression de malaise qui domine. Sous ses dehors iconoclastes, on pourra juger assez dangereuse la façon que Mon Führer a d'euphémiser l’expérience concentrationnaire (des types qui cassent des cailloux en pyjama rayé) et le sort des juifs (Grünbaum retrouvera sans difficulté sa femme et ses enfants déportés).
> Peut-on rire d'Adolf Hitler ? (notre article du 21/01/07)
> Un autre "portrait" de Hitler : Peut-on utiliser La Chute (Der Untergang) en classe ?
[Mon Führer de Dani Levy. 2006. Durée : 1 h 37. Distribution : Jour2Fête. Sortie le 12 mars 2008]
Posté dans Dans les salles par zama le 13.03.08 à 12:40 - 8 commentaires
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