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Félins : (toujours) sauvages et (encore plus) beaux

Depuis Sauvage et beau de Frédéric Rossif (1984), on constatera que la grammaire filmique du documentaire animalier n'a pas vraiment changé : alternance de gros plans à la longue focale (pour isoler l'animal) et de plans larges (pour le replacer dans son environnement), de plans fixes (pour montrer une mère alaitant ses petits) et de panoramiques endiablés (la course folle du léopard), morceaux de bravoure et passages obligés que sont les scènes de prédation, etc.
Mais les techniques d'enregistrement et de traitement des images (et des sons) auront accompli un bond énorme, qui font des films animaliers d'aujourd'hui de grands spectacles à l'esthétisme souvent époustouflant : Félins s'inscrit pleinement dans cette lignée, notamment par ses mémorables scènes de cavalcades (tournés grâce à une caméra permettant d'enregistrer à très grande vitesse pour restituer des ralentis spectaculaires).
Troisième long-métrage produit par le label Disney Nature (après Les Ailes pourpres et Pollen), Félins met en scène les rois du documentaire animalier (lions majestueux, véloces guépards, et charmantes petites boules de poils) en nous contant l'histoire de quelques "personnages" : le lion Fang, vieux chef de tribu déclinant, son rival Kali qui lorgne sur le territoire de son voisin, Sita, mère guépard qui veille sur sa progéniture… S'adressant au public le plus large, Félins est construit comme un conte, prenant le parti de la fictionnalisation des images et de l'anthropomorphisation des animaux (du moins certains d'entre eux : crocodiles ou buffles n'ont pas voix au chapitre, réduits au rang de prédateurs ou de gibier anonymes).
Mais la voix du narrateur, qu'un public adulte jugera certainement redondant, et qui permet "d'accrocher" le jeune public, n'entache heureusement ni l'attrait esthétique ni l'intérêt scientifique des images. En Primaire, le film permettra ainsi un très riche travail, dès le Cycle 2, autour des animaux de la savane. On pourra également travailler le film avec des élèves de collège en SVT : en Sixième, on pourra aborder la classification des animaux et la chaîne alimentaire, en partant des ressources présentes dans et autour du fleuve. En Quatrième, on pourra mener une étude comparative du mode de vie, de l'organisation du groupe, des techniques de chasse, de l'éducation des petits, stratégies de reproduction, chez les lions et les léopards...
Zérodeconduite.net propose une copieux dossier pédagogique autour du film, rédigé par deux professeurs des écoles.
[Félins d'Alastair Fothergill et Keith Scholey. 2011. Durée : 1 h 27. Distribution : Disney. Sortie le 1er février 2012]
Pour aller plus loin :
Le Site pédagogique Zérodeconduite.net
Posté dans Dans les salles par zama le 01.02.12 à 10:19 - Réagir
La Guerre d'Algérie au Forum des Images
La guerre d'Algérie, images et représentations par forumdesimages
En 1997, l’historien Benjamin Stora avait écrit un livre passionnant (Imaginaires de guerre, Les images dans les guerres d'Algérie et du Viêt-nam, La Découverte, 1997) pour tordre le cou au cliché —tenace— qui voulait que le cinéma français n’ait pas su, à la différence de son homologue américain avec le Vietnam, aborder la guerre d’Algérie et ainsi, d’une certaine manière, en exorciser la blessure. Comparant à la fois les modalités de ces deux "guerres coloniales", et les images qu'elles avaient suscitées (photographies, actualités filmées, reportages, films de cinéma) il montrait à quoi tenait cette trompeuse impression d’absence : la censure politique imposée par le gouvernement durant les "événements" (interdiction du Petit Soldat de Godard…) a été suivi d'une auto-censure commerciale (les films évoquant le conflit sortant dans les salles au moment où personne ne voulait plus en entendre parler) ; à cela s’ajoutait l’absence d’images télévisuelles (énorme différence avec le Vietnam) ou le "fractionnement" des mémoires (chaque film s’adressant à un public particulier)(voir cet interview de Benjamin Stora).
Depuis la parution du livre de Benjamin Stora, une nouvelle génération de cinéastes s’est emparée de cette guerre sans nom (titre du documentaire de Bertrand Tavernier sur les appelés) et en a fait la matière fictionnelle d’une poignée de très bons longs-métrages : Alain Tasma (Nuit noire 17 octobre 1961), Philippe Faucon (La Trahison, voir notre site pédagogique), Laurent Herbiet (Mon colonel), Florent Emilio Siri (L’Ennemi intime, voir notre site pédagogique), Rachid Bouchareb (Hors-la-loi) ont donné un visage cinématographique à la guerre d’Algérie dans (certains de) ses différents aspects.
En préambule aux futures commémorations du cinquantenaire des accords d’Évian de mars 1962 (on annonce un documentaire événement sur FranceTélévisions), le Forum des Images propose aujourd'hui de faire le point sur la question en convoquant cinéastes et historiens durant une semaine d'événements : le cycle La Guerre d'Algérie, images et représentations associe fictions et documentaires, films français et algériens, reconstitutions historiques ou films traitant du conflit de manière plus allusives. Le site du Forum met également en ligne en vidéo les conférences d'historiens (Benjamin Stora, Sylvie Thenault, l'historien algérien Abdelmadjid Merdaci qui éclairera la mémoire algérienne de la guerre) qui font l'état des connaissances sur le sujet.
La Guerre d'Algérie, images et représentations au Forum des Images à Paris, jusqu'au 2 février
Pour aller plus loin :
> Dossiers pédagogiques :
Nuit noire 17 octobre 1961
La Trahison
L'Ennemi intime
> La boutique DVD :
La Trahison
Posté dans Evènements par zama le 28.01.12 à 22:19 - Réagir
Les Chants de Mandrin : la ballade sauvage

Ceux qui se souviennent avec nostalgie du feuilleton de l’ORTF (Mandrin, bandit d’honneur, Pierre Fourastié, 1972) en seront pour leurs frais : Les Chants de Mandrin n’est pas l’épopée du « Robin des bois » français, contrebandier (1724-1755) qui défia les puissants fermiers généraux de l'Ancien Régime. Le film de Rabah Ameur-Zaïmeche s’inscrit plutôt dans le sillage du personnage historique, déjà mort sur la roue au moment où commence le récit. Il s'attache aux basques de ses anciens compagnons, qui se lancent dans une nouvelle campagne de contrebande, tout en propageant la légende du héros (par le verbe, par l'écrit).
A l'image des précédents films de Rabah Ameur-Zaïmeche et de la place que celui-ci occupe dans le cinéma français, la démarche des Chants de Mandrin est aussi originale que passionnante : il s’agit pour le cinéaste à la fois de s’approprier un pan du récit populaire national (dont la mémoire est ravivée à intervalles réguliers, notamment lors d'épisodes révolutionnaires : la Commune, Mai 68), et de déplacer son utopie cinématographique (intimement liée au collectif, on retrouve ici la « bande » de Dernier Maquis) dans le cadre du film historique.
Le film, qui dans son rythme indolent et méditatif tient plus de la ballade buissonnière que de l’épopée historique, a ses fulgurances plastiques (l’inscription graphique des personnages dans les vrais décors de western que constituent les Causses) et ses moments de grâce (jaillissant généralement des scènes les plus quotidiennes). Il montre également de manière intéressante —quoique allusive— la circulation des marchandises et des idées dans la France d’Ancien Régime.
Mais en se défiant à la fois de la mise en contexte historique (et pédagogique) de Mandrin, et de parallèles trop évidents avec la France contemporaine, Rabah Ameur Zaïmeche peine à nous convaincre de la nécessité de ressuciter le personnage par le biais de la fiction. Certes, le cinéaste évite les travers du film en costumes, certes il parvient à filmer l’histoire « au présent » (non pas le passé mais « ce qui se passe » comme le signale Cyril Neyrat citant Godard), mais on passe une bonne partie du film à se demander où au fond il veut en venir…
Au risque du pléonasme, le film semble ainsi s’enivrer de lui-même, et se diluer dans la célébration de son propre geste (la liberté de filmer de Rabah Ameur-Zaïmeche comme écho à l’insoumission des mandrins ?) ; une impression accentuée par la présence (rituelle dans les films de Zaïmeche) du metteur en scène à l’écran (il incarne Bélissard, le lieutenant de Mandrin), et par des private jokes dont la potacherie frise la complaisance (le libelle sur Mandrin est édité chez RAZ… comme Rabah Ameur-Zaïmeche, et l’imprimeur interprété par le philosophe Jean-Luc Nancy se dénomme… Cynan). Dans les interviews, le réalisateur déclare avoir découvert Mandrin à l’école primaire, en apprenant par cœur la complainte : à lui qui venait d’Algérie, ce personnage d'insoumis a « donné l’envie d’être français ». La fameuse complainte, il faudra attendre la fin du film pour l’entendre, parlée/chantée par un personnage de marquis libéral (Jacques Nolot) devant une taverne pleine à craquer et chauffée à blanc. C’est la plus belle scène du film : elle fait enfin passer le frisson de l’épique, celui-là même qui avait dû frapper un petit garçon de neuf ans.
[Les Chants de Mandrin de Rabah Ameur-Zaïmeche. 2011. Durée : 1 h 37. Distribution : Mk2. Sortie le 25 janvier 2012]
Pour aller plus loin :
Sur Les Chants de Mandrin :
— Interview de Rabah Ameur-Zaïmeche par le site Vodkaster
— « Notes pour les contrebandiers de Montreuil » de Cyril Neyrat sur independencia.fr
Sur Mandrin : le site mandrin.org étudie le personnage sous tous ses aspects (histoire, représentations…)
Sur les précédents films de Rabah Ameur-Zaïmeche :
Dernier maquis (2008), le site pédagogique (Zérodeconduite.net)
Bled number one (2005), le site pédagogique (Lycéens et apprentis au cinéma)
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 25.01.12 à 22:02 - Réagir
Félins, le site pédagogique

Le label de la firme de Burbank, qui promet de "faire vivre sur grand écran les histoires que la nature nous raconte" nous avait déjà offert les flamants roses, les abeilles, papillons et autres pollinisateurs… Avec Félins (au cinéma le 1er février) c'est aux rois du documentaire animalier (cf la référence Sauvage et beau, 1984 de Frédéric Rossif) que Disney Nature s'attache : filmés dans les grandes étendues kenyanes et avec les ressources techniques du cinéma contemporain, lions et léopards n'ont sans doute pas d'égal en terme de spectacle animalier. S'appuyant sur un argument fictionnel aux accents shakespeariens (le film est parfois présenté comme un Roi Lion documentaire), le film permettra aussi aux jeunes élèves (il est accessible à partir du Cycle 2 de la Primaire) de découvrir le mode de vie (reproduction, régime alimentaire, territoire) de ces grands félins d'Afrique.
Zérodeconduite.net propose un site pédagogique autour du film, et un dossier pédagogique de plus de 50 pages destiné aux professeurs des écoles, qui comprend de nombreuses activités et pas moins de 19 fiches-élèves.
Félins, au cinéma le 1er février
> Le site pédagogique du film
> Le dossier pédagogique
> Le site officiel
Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 24.01.12 à 16:40 - Réagir
Duch, le maître des forges de l'enfer : face au bourreau

« Les bourreaux et les victimes échangent des mots, mais il n’y pas de dialogue. »
La phrase de Jean Hatzfeld (tirée d'un passionnant entretien) s’appliquait à S 21, la machine de mort khmère rouge, le précédent documentaire de Rithy Panh consacré au génocide cambodgien.
Elle éclaire tout aussi bien l’impression de malaise que l’on ressent à la vision de son nouveau film, Duch, le maître des forges de l’enfer. Dans le rôle de la victime, le cinéaste, dont la famille a été exterminée par les khmers rouges (il raconte son histoire ainsi que la genèse du film dans le livre L'Élimination, écrit avec Christophe Bataille) ; dans le rôle du bourreau, Duch, filmé au moment de son procès à Pnom Penh. « Duch », de son vrai nom Kaing Guek Eav, a entre autres dirigé le centre S 21, principal des innombrables lieux de torture mis en place de 1975 à 1979 par la dictature de Pol Pot (responsable de près de 2 millions de mort dans la population cambodgienne). Il a été condamné à 35 ans de prison et à fait appel (jugement qui sera rendu en février prochain).
Le dispositif est très simple : il s’agit de nous confronter à la personne et à la parole de l’accusé, dont l’interview (rarement entrecoupée d’archives ou d’extraits de S21) constitue l’essentiel du film. Le cinéaste s’efforce, fidèle à son éthique, de ne jamais condamner a priori (Rithy Panh a propos des bourreaux de S21 : « il ne s’agissait pas de les traiter comme des assassins, ç’aurait été prendre le chemin qu’ils avaient eux-mêmes pris : pour eux, une victime qui arrivait au centre était déjà l’ennemi »), d’être en un mot le plus « humain » possible. En face, Duch louvoie, entre vérité et mensonge, entre rires et gravité, entre autojustifications et débuts (timides) d’examen de conscience (dont on peine à saisir la part de sincérité). Insaisissable et indéchiffrable, il échappe aux deux attitudes communément admises en la matière : la repentance ou le défi (à l’instar de dictateurs comme Slobodan Milosevic ou Saddam Hussein contestant la légitimité de leurs juges).
Souvent déconcertant, voire déceptif de par la personnalité de son unique protagoniste, le film n’en est pas moins toujours passionnant, parce qu’il pose de façon aigüe les questions du mal, de la responsabilité individuelle, de la justice (et de son impossibilité après un génocide). En complément à S21, la machine de mort khmère rouge, le documentaire éclaire également d’un jour nouveau le totalitarisme khmer rouge, notamment sous l’angle du langage : l’archive d’un court discours de Pol Pot au début du film, et surtout les terribles slogans de l’Angkar (« A te garder, on ne gagne rien. A t'éliminer, on ne perd rien. »), que le cinéaste soumet à Duch pour qu'il les commente, montrent le travail de redéfinition du réel (et de viol des consciences) à partir de la matière même des mots.
[Duch, le maître des forges de l’enfer de Rithy Panh. 2011. Durée : 1 h 43. Distribution : Les Acacias. Sortie le 18 janvier 2012]
Pour aller plus loin :
— Interview de Rithy Panh par Télérama.fr
— Entretien avec Jean Hatzfeld autour de S 21, la machine de mort khmère rouge (publié en 2004) sur le site Vacarme.net
— Dossier Lycéens au cinéma de S 21, la machine de mort khmère rouge
Également sur Zérodeconduite.net :
— Un Barrage contre le pacifique, le précédent film de Rithy Panh (2009)
— Site pédagogique (Histoire, Philosophie) sur La Révélation de Hans-Christian Schmid (2009), le procès d'un criminel de guerre serbe par la Cour Pénale Internationale
Posté dans Dans les salles par zama le 20.01.12 à 15:20 - Réagir
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