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: (18 articles)

Mon maître d'école : mon instit, ce héros

Il s’appelle Burel, Jean-Michel Burel. Il n’est qu’un chiffre dans les statistiques, un des 800 000 et quelques enseignants français, cette profession qu’on a l’habitude de traiter dans les grandes masses. Mais pour ses élèves il a été pendant plus de trente ans « maître Burel », celui qui leur délivrait le savoir et les ouvrait au monde, celui qui leur a donné confiance en eux et en l’école.

En revenant, plus de trente ans après, filmer l’instituteur de son enfance, toujours en poste dans la même école à classe unique du même village rural (Saint-Just-et-Vacquières dans le Gard) Émilie Thérond livre véritable « feel-good movie » qui touche droit au cœur en ces temps troublés. Le film est porté par le charisme de Monsieur Burel : son autorité tranquille, sa bonhommie, sa faconde toute pagnolesque (avec l’accent méridional). La dramaturgie du documentaire s’appuie sur le compte-à-rebours de cette dernière année avant la retraite, qui confère aux dernières scènes du film une émotion vibrante.

Mon maître d’école fleure évidemment bon la nostalgie : celle d’une école rurale, bucolique et sereine, encore préservée de la crise sociale et de violence ; d’une époque où l’instituteur était un notable dont personne ne se serait avisé à contester l’autorité ; d’une liberté pédagogique pas encore entamée par les normes suprotectrices ou une administration trop présente. On s’étonne ainsi de la présence discrète et émouvante, au fond de la classe, de Lionel, adulte handicapé qui continue à assister aux cours de Monsieur Burel. Mais l’enseignant, qui lui aussi a évolué avec le temps (il s’en rend compte en regardant les photos ou le vieux carnet de notes que lui présente la réalisatrice), se défend de tout passéisme. Il tient aussi et surtout à ne pas apparaître comme un donneur de leçons, insistant sur la singularité profonde de chaque enseignant : ce qui marche avec lui et avec cette classe n’est pas forcément transposable ailleurs, et ne sera pas forcément valable l'année suivante… Émilie Thérond se tient à cette modestie comme à un viatique, livrant une chronique toute en simplicité, bercée par le rythme des saisons et la musique de Yodelice, et se concentrant sur un lumineux portrait d’enseignant, qui porte haut les valeurs (respect, tolérance, bienveillance) de l’École de la République.

Zérodeconduite est partenaire du film, et lui consacre un site pédagogique. Si le film touchera et intéressera d’abord les maîtres eux-mêmes (ils ne sont pas si fréquents les films qui mettent en scène l’acte d’enseigner), il peut également donner lieu à un travail en classe : nous proposons un dossier pédagogique destiné au Cycle 3, qui permettra de travailler en amont (étude de l’affiche) et en aval du film, notamment sur la comparaison entre une école urbaine et une école rurale, le portrait du maître et le passage au collège.

[Mon maître d’école de Emilie Thérond. 2015. Durée : 82 mn. Distribution : The Walt Disney Company France. Au cinéma le 13 janvier 2016]

Le site pédagogique

Posté dans Dans les salles par zama le 13.01.16 à 20:37 - Réagir

Adama : le site pédagogique

Adama, le site pédagogique

Entre l’Afrique et de l'Europe, le conte et l’Histoire, de l’enfance et de l’âge adulte : Adama, le premier long-métrage de Simon Rouby, se situe à la croisée des chemins. Le film, très remarqué lors dernier Festival d'Annecy, s’inspire de l’histoire vraie des tirailleurs sénégalais pour raconter la quête initiatique d’un jeune africain de douze ans, parti chercher son grand frère dans les tranchées de Verdun. Adama ne sait pas ce que sont la France ou l’Allemagne, ni qu’un sanglant conflit les oppose ; il n’a jamais quitté son village, ni même vu un homme blanc (un "nassara" comme on les appelle dans son village) en vrai. Au cours de cette extraordinaire aventure, il découvre les horreurs de la guerre, mais fait aussi l’expérience de la fraternité.

Adama nous invite à poser un regard neuf sur notre histoire, tout en proposant aussi un conte universel sur le passage à l’âge adulte. Zérodeconduite et Canopé proposent un site pédagogique autour du film, qui permettra de travailler du Cycle 3 au Lycée.

Adama de Simon Rouby, au cinéma le 21 octobre
Le site pédagogique du film (dossier Primaire, Collège / Histoire et Français) : http:www.zerodeconduite.net/adama

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 04.10.15 à 18:26 - Réagir

Lamb : le site pédagogique

Lamb, le site pédagogique

 

Premier film éthiopien à être présenté au Festival de Cannes (en Sélection officielle, dans la section “Un Certain Regard”), Lamb est l’œuvre d’un jeune cinéaste, Yared Zeleke, né à Addis Abeba, formé aux États-Unis et passé par la Cinéfondation du Festival de Cannes.
S’appuyant sur ses propres souvenirs (il a vécu l’exil comme un déchirement), Yared Zeleke livre un conte initiatique au récit limpide et aux images superbes (signées par Josée Deshaie, chef opératrice des films de Bertrand Bonello), porté par le naturel de ses interprètes non-professionnels. Le film raconte l’histoire d’Ephraïm, jeune garçon qui, à la mort de sa mère, se voit confié par son père à la famille de son oncle. En proie au deuil et au déracinement, Ephraïm va devoir prouver son ingéniosité et sa force de caractère, pour se faire accepter par cette nouvelle famille, et pour sauver sa brebis Chuni, promise au sacrifice par son oncle.

Ce film court et plein de charme a l’intérêt de nous faire découvrir les paysages, la réalité géographique et économique, les mœurs et les traditions d’un pays de la corne de l’Afrique relativement mal connu et très différent du nôtre (car très rural), tout en nous faisant réfléchir à des questions universelles (le deuil, les liens de famille, l’égalité filles-garçons)... Lamb pourra être proposé en Primaire au Cycle 3 (CM1-CM2), pour travailler à la fois la culture humaniste (géographie, éducation civique) et la maîtrise de la langue (à l’écrit comme à l’oral). Au collège, il pourra être exploité avec profit en classe de Géographie en 6ème-5ème, conférant plus de sens et de réalité concrète à des thèmes et définitions souvent abstraits pour des jeunes de pays développés (la vie dans une zone rurale pauvre, l’exemple d’un “Pays moins avancé” (PMA), les problématiques du développement durable). Zérodeconduite propose deux dossiers pédagogiques (Primaire, Collège) autour du film pour donner des pistes d’exploitation pédagogique aux enseignants. 

Lamb de Yared Zeleke, au cinéma le 30 septembre
Le site pédagogique (dossier Primaire, Collège-Géographie)

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 22.09.15 à 10:45 - Réagir

Sur le chemin de l'?cole : parcours de combattants

Sur le chemin de l'?cole

"On oublie trop souvent que l'?ducation est une chance."? A prendre le message au pied de la lettre, et ?tant donn? l'?ge du public vis?, on pourrait voir le documentaire de Pascal Plisson comme une pure entreprise de culpabilisation : ces portraits d'enfants du tiers-monde luttant pour acc?der ? l'?ducation, et parcourant des kilom?tres pour acc?der ? leurs ?tablissements, ne sont-ils destin?s qu'? l'?dification de nos petits ?coliers pourris-g?t?s, sur le mode bien connu du "tu as int?r?t ? finir ton assiette, il y a des petits africains qui meurent de faim." ?
Sur le chemin de l'?cole a heureusement l'intelligence de tourner le dos au mis?rabilisme, en jouant ? fond la carte de l'aventure : ses jeunes protagonistes sont film?s comme des petits h?ros ? la volont? aussi inflexible que leur objectif est noble, ils ?voluent dans des d?cors aussi grandioses (les montagnes de l'Atlas, les plateaux du Kenya) qu'hostiles voire dangereux… Le jeune spectateur peut ainsi se projeter dans ces h?ros ? la fois proches et lointains, et go?ter le parfum d'aventure (aller ? l'?cole ? cheval !) avant de r?fl?chir ? la le?on de morale…

Avec son rythme un peu languissant et ses maladresses formelles (les p?rip?ties — le fauteuil roulant qui cr?ve, l'attaque d'un troupeau d'?l?phants — semblent un peu fabriqu?es), le film laissera peut-?tre les spectateurs adultes sur leur faim. On aurait aim? un peu plus d'informations factuelles sur ces enfants, leur situation, leurs difficult?s, et un peu moins de belles images. Mais pour peu que l'enseignant fasse l'effort de tirer tous les fils (g?ographie, ?ducation civique…) propos?s par le film et de remplir les blancs qu'il laisse (quelques informations ici), Sur le chemin de l'?cole peut ?tre l'occasion d'une belle s?ance scolaire et d'un tr?s enrichissant travail en classe, en Primaire (? partir du Cycle 3) et au Coll?ge (en 6?me sur "L'Enfant") en ?ducation Civique et G?ographie…?

[Sur le chemin de l'?cole de Pascal Plisson. 2013. Dur?e : 1 h 17. Distribution : Walt Disney Pictures France. Sortie le 25 septembre 2013]

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier p?dagogique, sur la boutique DVD Z?rodeconduite

Posté dans Dans les salles par zama le 25.09.13 à 18:21 - 1 commentaire

Comme un lion : entretien avec B. Cremonesi et J. Gout

Comme un lion

Comme un lion de Samuel Collardey raconte l'itin?raire d'un adolescent africain ? qui des agents v?reux font miroiter une carri?re dans le football professionnel, avant de l'abandonner une fois d?barqu? en France.
Z?rodeconduite.net propose un dossier p?dagogique pour ?tudier le film en Primaire (Cycle 3) et au Coll?ge (notamment dans le cadre du programme de G?ographie de 5?me et 4?me). Le film pr?sente l'int?r?t de pouvoir ?tre travaill? en interdisciplinarit? avec le professeur de sport. C'est pourquoi nous avons recueilli les commentaires
sur le film de deux enseignants d'EPS, dont l'un est responsable d'une section football dans son coll?ge.

Un film sur le sport

Bruno CREMONESI : Comme un lion est un film int?ressant parce qu'il traite du sport en tant que tel, et qu'il le fait de mani?re intelligente. Souvent au cin?ma le sport n'est qu'une toile de fond, un pr?texte ? l'histoire. L? le football est vraiment trait? en tant que tel, de l'int?rieur, et comme un vrai enjeu dramatique. Le film montre ?galement le sport comme un fait social total, qui travaille la soci?t? en profondeur, qui influe ?norm?ment sur la vie de quartier. Dans le moindre petit bled rural, dans la banlieue la plus d?sh?rit?e il y a toujours au moins un club de foot : c'est une forme tr?s importante de lien social. On voit tr?s bien dans le film les passions de toutes sortes que le sport soul?ve, et comment la vie de cette petite ville tourne autour de l'?quipe de foot.

Julien GOUT : Je trouve int?ressant de montrer que la passion de ce jeune pour le football en tant que "jeu" prend le pas sur sa d?sillusion et le pousse ? int?grer une ?quipe, aussi modeste soit-elle. La relation entre le joueur et l’entraineur est aussi, selon mon exp?rience dans le milieu amateur, plut?t r?v?latrice du type de relation qui peut s’instaurer entre un joueur dou? et passionn? et un entra?neur investi.?

De l'Afrique ? la France : commerce ou trafic ?

Bruno CREMONESI : La premi?re partie est tr?s int?ressante : cette tranche de vie d'un jeune s?n?galais qui va se retrouver en Europe attir? par l'eldorado du foot professionnel. Derri?re son parcours, il y a toutes les questions de l'immigration, de l'in?galit? Nord-Sud, d'une forme de n?o-colonialisme. On voit tr?s bien comment les perspectives de fortune financi?re et de gloire symbolique constituent un irr?sistible aimant pour les jeunes Africains, alors que la r?alit? du foot professionnel en France ce sont plut?t les petits salaires, l'absence de formation et de perspectives d'avenir.

Julien GOUT : Cette premi?re partie est quand m?me un peu timide quant au r?le des clubs professionnels et au manque d’intervention des instances par rapport ? ce "commerce" de jeunes footballeurs. L’agent camerounais et l’agent fran?ais sont pr?sent?s comme les premiers coupables. Il est vrai que ces agents (ou pseudo-agents) sont les principaux acteurs de ce syst?me, mais alors les clubs professionnels en sont les v?ritables "metteurs en sc?ne". Si ces agents fonctionnent sur un mod?le qui consiste ? faire venir un maximum de joueurs ? l’essai (afin de s’assurer que certains au moins seront recrut?s), c’est aussi et surtout parce que les clubs de football professionnels engagent des "scouts" souvent r?mun?r?s ? la commission. De la m?me mani?re, les instances f?d?rales, qui repr?sentent l’Etat dans l’activit? football, ne font rien pour enrayer ces d?rives. Pour travailler actuellement dans le football en ile de France et y avoir cr?? une section sportive scolaire football, je vis quotidiennement cette probl?matique en ?tant confront? aux "yeux" des centres de formation lors des diff?rents temps de pratique auxquels les joueurs participent. Le m?me probl?me se pose avec de nombreux jeunes qui partent "? l’essai" dans des clubs et qui reviennent bredouille dans leur quartier, o? ils sont ensuite montr?s du doigt. Une autre probl?matique est produite par ce syst?me, celle des joueurs recrut?s par des centres de formation alors qu’ils sont encore jeunes (14-15 ans) et qui voient les portes se refermer juste avant de passer professionnel ? 19-20 ans, sans aucune qualification, et ravag?s par un espoir an?anti au dernier moment.

Bruno CREMONESI : Sur ce sujet je signale un tr?s beau roman pour la jeunesse, Je pr?f?re qu'ils me croient mort d'Ahmed Kalouaz, paru en 2011. Il raconte sensiblement la m?me histoire, d'un jeune africain "import?" en France et ensuite abandonn? par son pseudo-agent.

Le football amateur

Julien GOUT : La th?matique du clivage entre football amateur et football professionnel est selon moi tr?s importante. On per?oit bien ? travers l’histoire de ce jeune que la performance au niveau amateur ne garantit pas de pouvoir montrer ses qualit?s au niveau sup?rieur. Les centres de formation fonctionnent en vase clos et pr?f?rent s’en remettre ? l’avis d’agents "scouts", souvent plus int?ress?s par leur propres int?rets que ceux des joueurs et des clubs, plut?t qu’au travail r?gulier des clubs amateurs. Or la performance dans des comp?titions amateurs devrait constituer une garantie sur laquelle s’appuyer pour les clubs professionnels.

La trajectoire de Mytri et les crit?res de recrutement

Bruno CREMONESI : La dimension qui m'a le plus g?n? dans le film c'est la trajectoire un peu irr?aliste du h?ros : on a l'impression qu'il suffit qu'il aligne trois dribbles pour qu'on lui d?roule le tapis rouge. Bien s?r c'est un conte, ?a fait partie de la fiction : mais si je montre le film ? mes ?l?ves, c'est justement une critique qu'il faudra les amener ? formuler.?

Julien GOUT : C'est une caricature, mais justement elle est int?ressante, parce que r?v?latrice. Je trouve que ce film met bien l’accent sur l’int?r?t des clubs professionnels pour ce qu’ils appellent la "perle rare", le diamant brut dot? de qualit?s techniques individuelles spectaculaires qui permettront au club de le vendre et de r?aliser une plus value commerciale.

Bruno CREMONESI : En tant qu'enseignants de sport nous combattons cette id?e du "talent". On ne devient pas footballeur professionnel uniquement par son talent : c'est un cocktail de performance, de stabilit? psychologique, d'encadrement familial… Contrairement aux id?es re?ues, tous les pratiquants comp?titifs ne viennent pas de milieux d?favoris?s. C'est pour cela que le personnage de l'entra?neur est un contrepoint int?ressant : il avait autant de talent que le jeune h?ros ? son ?ge, ?a ne l'a pas emp?ch? de rater sa carri?re. C'est r?v?lateur de la trajectoire d'une majorit? de bons joueurs qui n'arrivent pas ? percer. L'autre chose ? ajouter c'est qu'en football la dimension tactique, l'analyse du jeu sont de plus en plus importantes. Zinedine Zidane n'?tait pas le meilleur dribbleur de sa g?n?ration : c'est sa vision du jeu, son intelligence tactique, sa capacit? ? anticiper qui en ont fait un joueur d'exception.

Julien GOUT : Il faut d'ailleurs signaler que ces modalit?s de recrutement, longtemps scl?ros?es, sont depuis deux ans (et la r?forme de la Direction technique Nationale, qui fait suite aux dix ans de travers?e du d?sert du football fran?ais) en train d’?voluer vers une part plus importante r?serv?e ? l’intelligence collective des joueurs et ? l’?tat d’esprit, au-del? des seules qualit?s individuelles, physiques ou techniques.

Bruno Cremonesi est professeur d'EPS en Seine-Saint-Denis, responsable national du SNEP-FSU, charg? du secteur ?ducatif
Julien Gout est professeur d'EPS en Seine-Saint-Denis, Responsable de Section Sportive Football et ?ducateur Sportif Option Football

Comme un lion, au cin?ma le 9 janvier
> Le site p?dagogique du film

Posté dans Entretiens par Zéro de conduite le 08.01.13 à 15:47 - 13 commentaires

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