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: (18 articles)

Ernest et C?lestine : des souris et des ours

Ernest et C?lestine

Rares sont les films ? pour enfants ? diffus?s au Festival de Cannes, et la pr?sence sur la Croisette de l’ours Ernest et de la souris C?lestine pouvaient para?tre incongrue. Mais, ? l’instar d’Azur et Asmar, pr?sent? ?galement dans le cadre de la Quinzaine des R?alisateurs, Ernest et C?lestine est un vrai film d'auteur(s), loin des produits souvent paresseux qui visent le public captif des vacances scolaires.

D?s l’entame, on est saisi par l’originalit? du ton et le soin apport? ? la forme. Le sc?nario a d?velopp? l’histoire de la rencontre entre l’ours Ernest et la souris C?lestine, gagnant une libert? bienvenue en se pla?ant chronologiquement avant les albums de Gabrielle Vincent. Le film se structure sur une s?rie d’oppositions entre grand et petit, dessus (la ville des ours, en tous points nos semblables) et dessous (le monde souterrain des souris, qui rappelle les Gaspards de Pierre Tchernia), mais aussi entre la norme et la marge : la rencontre entre l’ours marginal et la petite souris anticonformiste va bouleverser l’ordre trop bien r?gl? des choses. La facture frappe par la fluidit? de l’animation, ? la fois douce et nerveuse, et par le travail sur la mati?re sonore (les voix des com?diens mais aussi les bruitages).

Ernest et C?lestine a b?n?fici? du concours d’un grand nombre de talents, comme autant de f?es pench?es sur son berceau : il est sign? par pas moins de trois r?alisateurs, le jeune Benjamin Renner ayant re?u le concours des iconoclastes belges Patar et Aubier (r?alisateurs de Panique au village), le sc?nario est l’œuvre du romancier Daniel Pennac, qui s'est lui-m?me adapt? des albums originaux. Le petit miracle est que la r?union de ces fortes personnalit?s ait su produire une œuvre aussi coh?rente et tenue, qui respecte l’univers de Gabrielle Vincent tout en lui donnant une dimension nouvelle. Sachant allier un humour gentiment subversif (pour les plus grands) au ravissement sensoriel (pour les plus petits) et au frisson de l'aventure (pour les un peu moins petits), Ernest et C?lestine est un petit bijou ? exploiter en classe d?s le Cycle 1, aussi bien pour ses th?matiques g?n?reuses (l'ouverture ? l'autre, la tol?rance) que pour sa forme.

Ernest et C?lestine de Benjamin Renner, St?phane Aubier et Vincent Patar, France, Belgique, Luxembourg, 80 mn
Quinzaine des r?alisateurs
Sortie au cin?ma pr?vue le 12 d?cembre

Posté dans Festival de Cannes par zama le 24.05.12 à 17:36 - Réagir

Cheval de guerre : heureux qui comme Joey

Cheval de guerre, un film de Steven Spielberg

L'enfer des tranch?es, la puissance terrible des canons et les mitrailleuses, l'horreur de la guerre chimique, l'invention des premiers blind?s : ce sont les images qu'?voquent spontan?ment la Premi?re Guerre Mondiale, fix?es d'ailleurs pour une bonne part par les innombrables films de fiction qui lui ont ?t? consacr?s. On a tendance ? oublier que cette formidable acc?l?ration des techniques de destruction (aboutissement d'un si?cle d'industrialisation) a cueilli par surprise des commandements militaires rest?s sur les sch?mas de la guerre ? l'ancienne ; et fauch? des centaines de milliers de soldats lanc?s la fleur au fusil et sans l'?quipement ad?quat (les Fran?ais ne troqueront le k?pi r?glementaire contre le casque qu'en septembre 1915) sous les balles ou les obus ennemis, parmi lesquels les unit?s de cavalerie.
Une sc?ne magnifique de Cheval de Guerre (la plus marquante du film et peut-?tre une des plus belles du cin?ma de Spielberg) r?sume ? elle toute seule cette ?volution : une glorieuse charge de cavalerie anglaise est brutalement stopp?e par le feu des mitrailleuses allemandes. Steven Spielberg nous montre la course sabre au clair des soldats anglais sur leurs fiers destriers, puis la gueule noire des machines qui crachent leurs projectiles, et, comme dans un r?ve, les chevaux continuant leur course sans but et sans cavaliers. En jouant sur le montage et sur l'ellipse (on ne voit jamais les cavaliers mourir tomber), Spielberg donne ? cette sc?ne une dimension presque onirique, et en fait une m?taphore superbe, de l'av?nement de la guerre moderne.

Cheval de Guerre, le vingt-sixi?me long-m?trage de Steven Spielberg, n'est pas qu'un film sur la guerre de 1914-1918. Il est aussi et surtout le r?cit, adapt? d'un roman de Michael Morpurgo (Cheval de guerre, ?ditions Gallimard Jeunesse) de l'amiti? entre entre un jeune fermier anglais et son cheval, que la r?quisition du second par l'arm?e anglaise s?parera pendant toute la dur?e de la guerre. Apr?s une premi?re partie bucolique qui raconte la rencontre et l'apprivoisement mutuel d'Albert (le jeune homme) et Joey (le cheval), le film d?laisse le premier pour suivre les pas du second et son incroyable p?riple, qui le verra passer d'un ma?tre et d'un camp ? l'autre (officier anglais, soldat allemand, jeune fran?aise). Dans le roman, Michael Morpurgo faisait de Joey son narrateur. Spielberg ne reprend pas le proc?d?, qui aurait sans doute tir? le film vers l'univers du conte, et il ne cherche pas ? humaniser le personnage du cheval : aussi magnifique qu'?nigmatique, celui-ci est une "force qui va", une nature qui va traverser les horreurs de la guerre avec une incroyable ?nergie. Il est aussi un miroir qui, par la fa?on dont on le traite et les sc?nes dont il est t?moin, va nous renvoyer l'image tragique de l'humanit? en guerre.
Apr?s son incursion dans le tout-num?rique (Tintin, r?alis? en motion capture), Steven Spielberg rend un magnifique hommage au cin?ma classique : un cin?ma de convention o? tout le monde parle anglais (ou fran?ais en VF), o? les ciels sont parfois un peu trop rouges et la musique un peu trop pr?sente, o? tout est bien qui finit un peu trop bien ; mais un cin?ma o? les figurants (? deux et quatre pattes) sont de chair et d'os, o? les cavalcades donnent la chair de poule ; un cin?ma, surtout, qui redonne ses lettres de noblesse ? la notion de mise en sc?ne. Si, ? l'image de son h?ros ?quid?, le film pi?tine parfois tout au long de ses deux heures et quelques (l'?pisode "fran?ais" est ? cet ?gard le moins r?ussi), il r?serve de superbes acc?l?rations : des sc?nes qui par la seule puissance des choix d'axe de de valeur de plan, par la ma?trise du montage et du rythme, vous restent longtemps en m?moire. Ces sc?nes (la chevauch?e du cheval dans le no man's land nocturne, l'ex?cution de deux jeunes d?serteurs, l'attaque au gaz d'une tranch?e) r?ussissent le tour de force de montrer la guerre dans son horreur, en laissant hors champ l'essentiel de sa violence (car le film s'adresse aux enfants).

Z?rodeconduite.net a mis en ligne un site et un dossier p?dagogiques autour du film, utilisable en classe ? partir du CM2.

[Cheval de guerre de Steven Spielberg. 2011. Dur?e : 2 h 27. Distribution : Walt Disney. Sortie le 22 f?vrier 2012]

Posté dans Dans les salles par zama le 21.02.12 à 20:30 - 3 commentaires

Zarafa : girafomania

Zarafa

"Qu'est-ce que c'est que ce truc-l? ?" On doute que la phrase mise dans la bouche du personnage du roi Charles X par le film Zarafa soit v?ridique. Mais elle nous dit bien la stup?faction des europ?ens qui d?couvrirent pour la premi?re fois le mamif?re au long cou, aujourd'hui rendu si familier par les documentaires animaliers, les albums pour la jeunesse, les dessins anim?s,… et bien s?r la fr?quentation des zoos.
Co-r?alis? par le r?alisateur R?mi Bezan?on (Le Premier jour du reste de ta vie) et l'animateur Jean-Christophe Lie (auteur d'un court-m?trage tr?s remarqu?, L'Homme ? la Gordini), Zarafa raconte autant qu'il la romance l'histoire vraie de la girafe ?ponyme, la premi?re ? avoir foul? le sol fran?ais (et la troisi?me en Europe, la premi?re remontant ? Alexandre de Medicis) : offerte au roi de France par le vice-roi d'Egypte, d?barqu?e ? Marseille, remontant la France "? pattes", accompagn?e par le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, elle arriva ? Paris en 1827 pour prendre ses quartiers au Jardin des Plantes, suscitant un engouement sans pr?c?dent (on parle de 600 000 visiteurs pour le seul ?t? 1827).
Le film prend clairement le parti du conte exotique et moral, multipliant les personnages (? commencer par le petit h?ros, Maki) et les p?rip?ties, reliant l'histoire de Zarafa ? nos pr?occupations modernes (l'esclavage, le colonialisme…). A la fois somptueux livre d'images (une Afrique enchanteresse, un Paris dickensien, ou plut?t hugolien en diable) et fable sur la libert?, Zarafa puise son inspiration graphique autant dans la ligne claire de l'animation classique (le Michel Ocelot de Kirikou, voire les premiers Disney) que dans le trait plus stylis? (et adulte) de Joann Sfar ou Sylvain Chomet (voir la peinture croquignolesque du Paris de la Restauration, atteint de "girafomania", sous l'influence revendiqu?e des caricatures de Daumier).

Ce film tr?s r?ussi offre de nombreuses pistes p?dagogiques ? exploiter en classe avec les ?l?ves de Cycle 2 et de Cycle 3 : en sciences (par l'?tude de l'animal bien s?r, mais aussi par exemple en expliquant le fonctionnement d'un ballon), en g?ographie (on peut retracer sur un atlas le parcours des h?ros, du d?sert du Soudan jusqu'? Paris, et comparer les diff?rents types de paysages et de climats travers?s), en histoire (en expliquant le contexte de la Restauration, en comparant le Paris d'aujourd'hui au Paris du d?but du XIX?me si?cle, ou en abordant la question de l'esclavage), mais aussi en arts visuels (en travaillant sur les paysages et les diff?rences de point de vue : paysage vu du sol / vu d'en haut, de la montgolfi?re, en cr?ant une collection d'objets sur le mod?le de l'imprim?-girafe, en cr?ant de petits personnages comme ceux qu'utilise le vieil homme pour raconter l'histoire…), sans compter les nombreux d?bats que peut susciter le film.

[Zarafa de R?mi Bezan?on et Jean-Christophe Lie. 2011. Dur?e : 1 h 18. Distribution : Path?. Sortie le 8 f?vrier 2012]

> Pour aller plus loin :
La gazette de Zarafa, jeu-concours organis? par Nathan Jeunesse (jusqu'au 26/02)
La v?ritable histoire de Zarafa, une exposition du Cabinet d'histoire du Jardin des Plantes

Posté dans Dans les salles par zama le 13.02.12 à 15:44 - Réagir

F?lins : (toujours) sauvages et (encore plus) beaux

F?lins

Depuis Sauvage et beau de Fr?d?ric Rossif (1984), on constatera que la grammaire filmique du documentaire animalier n'a pas vraiment chang? : alternance de gros plans ? la longue focale (pour isoler l'animal) et de plans larges (pour le replacer dans son environnement), de plans fixes (pour montrer une m?re alaitant ses petits) et de panoramiques endiabl?s (la course folle du l?opard), morceaux de bravoure et passages oblig?s que sont les sc?nes de pr?dation, etc.
Mais les techniques d'enregistrement et de traitement des images (et des sons) auront accompli un bond ?norme, qui font des films animaliers d'aujourd'hui de grands spectacles ? l'esth?tisme souvent ?poustouflant : F?lins s'inscrit pleinement dans cette lign?e, notamment par ses m?morables sc?nes de cavalcades (tourn?s gr?ce ? une cam?ra permettant d'enregistrer ? tr?s grande vitesse pour restituer des ralentis spectaculaires).
Troisi?me long-m?trage produit par le label Disney Nature (apr?s Les Ailes pourpres et Pollen), F?lins met en sc?ne les rois du documentaire animalier (lions majestueux, v?loces gu?pards, et charmantes petites boules de poils) en nous contant l'histoire de quelques "personnages" : le lion Fang, vieux chef de tribu d?clinant, son rival Kali qui lorgne sur le territoire de son voisin, Sita, m?re gu?pard qui veille sur sa prog?niture…? S'adressant au public le plus large, F?lins est construit comme un conte, prenant le parti de la fictionnalisation des images et de l'anthropomorphisation des animaux (du moins certains d'entre eux : crocodiles ou buffles n'ont pas voix au chapitre, r?duits au rang de pr?dateurs ou de gibier anonymes).?
Mais la voix du narrateur, qu'un public adulte jugera certainement redondant, et qui permet "d'accrocher" le jeune public, n'entache heureusement ni l'attrait esth?tique ni l'int?r?t scientifique des images. En Primaire, le film permettra ainsi un tr?s riche travail, d?s le Cycle 2, autour des animaux de la savane. On pourra ?galement travailler le film avec des ?l?ves de coll?ge en SVT : en Sixi?me, on pourra aborder la classification des animaux et la cha?ne alimentaire, en partant des ressources pr?sentes dans et autour du fleuve. En Quatri?me, on pourra mener une ?tude comparative du mode de vie, de l'organisation du groupe, des techniques de chasse, de l'?ducation des petits, strat?gies de reproduction, chez les lions et les l?opards...

Z?rodeconduite.net propose une copieux dossier p?dagogique autour du film, r?dig? par deux professeurs des ?coles.

[F?lins d'Alastair Fothergill et Keith Scholey. 2011. Dur?e : 1 h 27. Distribution : Disney. Sortie le 1er f?vrier 2012]

Pour aller plus loin :
Le Site p?dagogique Z?rodeconduite.net

Posté dans Dans les salles par zama le 01.02.12 à 10:19 - Réagir

F?lins, le site p?dagogique

Felins

Le label de la firme de Burbank, qui promet de "faire vivre sur grand ?cran les histoires que la nature nous raconte" nous avait d?j? offert les flamants roses, les abeilles, papillons et autres pollinisateurs… Avec F?lins (au cin?ma le 1er f?vrier) c'est aux rois du documentaire animalier (cf la r?f?rence Sauvage et beau, 1984 de Fr?d?ric Rossif) que Disney Nature s'attache : film?s dans les grandes ?tendues kenyanes et avec les ressources techniques du cin?ma contemporain, lions et l?opards n'ont sans doute pas d'?gal en terme de spectacle animalier. S'appuyant sur un argument fictionnel aux accents shakespeariens (le film est parfois pr?sent? comme un Roi Lion documentaire), le film permettra aussi aux jeunes ?l?ves (il est accessible ? partir du Cycle 2 de la Primaire) de d?couvrir le mode de vie (reproduction, r?gime alimentaire, territoire) de ces grands f?lins d'Afrique.

Z?rodeconduite.net propose un site p?dagogique autour du film, et un dossier p?dagogique de plus de 50 pages destin? aux professeurs des ?coles, qui comprend de nombreuses activit?s et pas moins de 19 fiches-?l?ves.

F?lins, au cin?ma le 1er f?vrier
> Le site p?dagogique du film
> Le dossier p?dagogique
> Le site officiel

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 24.01.12 à 16:40 - Réagir

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