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Interstellar : nouvelle frontière

Interstellar

De quelle ?toffe nos r?ves sont-ils faits ? Dans son chef d'œuvre Inception, Christopher Nolan nous perdait dans les abymes insondables du monde onirique. Dans son dernier long-m?trage, il nous projette aux confins de l'univers et des lois de la physique.
On n'a pas manqu? de comparer Interstellar au r?cent Gravity, autre blockbuster de science-fiction "adulte". L'ambition des deux films est en effet comparable : renouveler un genre us? jusqu'? la corde (la SF) en le prenant au s?rieux, revivifier en quelque sorte la fiction par la science. Mais l? o? Alfonso Cuaron, se limitant ? notre orbite proche, faisait ing?nieusement de son r?alisme m?me (absence de son et de frottement dans le vide cosmique) un ?l?ment spectaculaire, Christopher Nolan ?chafaude un sc?nario plus "bigger than life" que jamais : alors qu'une catastrophe ?cologique condamne l'humanit? ? l'extinction, un petit groupe de scientifiques s'efforce de trouver une autre plan?te habitable… ? l'autre bout de l'univers. C'est l? qu'interviennent les notions de trou noir et de trou de ver (sorte de raccourci dans l'espace-temps qui donne un acc?s direct ? une galaxie lointaine), et leur corrolaires th?oriques : la relativit? einsteinienne, les notions de courbure de l’espace et du temps, le fameux paradoxe des jumeaux, etc (on pr?f?rera renvoyer aux nombreuses analyses parues sur internet des soubassements scientifiques du film, du plus simple au plus compliqu?). Si Gravity, comme son titre l'indique ("gravit?"), s'appuyait sur les lois famili?res de la physique newtonienne, le sc?nario d'Interstellar se place dans une perspective th?orique autrement plus absconse (celle de la physique post-einsteinienne), qui met la repr?sentation cin?matographique au d?fi. Dans sa volont? de nous faire saisir ces notions, Interstellar se heurte sans cesse ? deux ?cueils : la s?cheresse de l'expos? th?orique (le film compte quelques tunnels explicatifs) d'un c?t?, et le caract?re d?ceptif de la mise en images de l'autre. Comment ne pas ?tre d??u, apr?s les promesses d'un si long voyage, par les plan?tes d?couvertes par nos explorateurs ? Comment croire ? un personnage cens? vieillir de vingt-trois ans en quelques minutes de film ? Il manque ? Interstellar des images au pouvoir de sid?ration suffisamment fort pour nous faire "gober" tout ?a, celles qui faisaient la nouveaut? et la r?ussite d'Inception dans sa mise en sc?ne du monde onirique.

Heureusement (ou pas), cette dimension n'est que le premier ?tage d'une fus?e narrative qui quitte les hypoth?ses scientifiques pour partir dans le romanesque le plus ?chevel?… Se jetant sans espoir dans le trou noir, le Cooper de Nolan se retrouvera miraculeusement sauv?, permettant des retrouvailles avec sa fille aussi improbables qu'attendues. Ce sont finalement moins les lois de la physique qui pr?valent dans Interstellar que celles du storytelling hollywoodien. Autant que dans le genre de la science-fiction, le film s'inscrit dans la tradition du m?lodrame hollywoodien ? grand spectacle, celle d'Autant en emporte le vent ou de Titanic : les ?pop?es les plus grandioses, les cataclysmes les plus terribles, n'y sont que le v?hicule des histoires et des sentiments les plus simples. James Cameron coulait un paquebot pour faire na?tre l'amour de Jack et de Rose, Christopher Nolan condamne l'humanit? pour ?prouver le lien entre Cooper et sa fille. C'est donc dans les sc?nes les plus modestes (les t?te ? t?te entre le p?re et la fille) qu'Interstellar est le plus ?mouvant, mais aussi qu'il pose les questions les plus universelles. Comment et pourquoi sauver l'humanit? si c'est pour la nier en soi-m?me ? Que nous importe l'avenir de l'esp?ce humaine quand on ne peut m?me pas sauver ses propres enfants ? ? l'amour inextinguible de Cooper pour sa fille le sc?nario oppose deux contre-mod?les, qui se rejoignent dans une forme d'inhumanit? : l'absolu individualisme de l'astronaute (Matt Damon) qui cherche ? sauver sa peau au d?triment de celle des autres, et l'id?alisme froid du scientifque (Michael Caine) qui se sacrifie lui et ses proches sur l'autel de la survie de la race.

On pourrait s'abandonner ? cette vision sentimentale si elle ne se doublait pas d'une id?ologie ambigu?. Il est frappant de constater ? quel point le film s'ancre dans un imaginaire exclusivement am?ricain, ? rebours des films catastrophes s'astreignant ? un minimum d'œcum?nisme (dans la repr?sentation de l'apocalypse plan?taire ou l'origine des personnages) : la mise en sc?ne de la catastrophe ?cologique plan?taire (puisant dans l'imagerie du Dust bowl des ann?es 30) restera circonscrite aux champ du Midwest, tandis que le projet d'exploration de la NASA (contrainte d'agir en secret en ces temps de d?croissance forc?e) renoue avec l'?pop?e glorieuse de la conqu?te spatiale am?ricaine (le cowboy astronaute compos? par Matthew Mac Conaughey rappelle les pionniers de l'a?ronautique de L'?toffe des h?ros de Philip Kaufman). ? rebours de Gravity l? encore (qui en montrant la Terre vue d'un espace inhospitalier nous faisait prendre conscience de la finitude et de la fragilit? de notre plan?te) le film d?livre ainsi un message id?ologique ambigu : inutile de se pr?occuper de pr?server notre plan?te, la science nous permettra d'en trouver une autre !

[Interstellar de Christopher Nolan. 2014. Dur?e : 169 mn. Distribution : Warner. Sortie le 5 novembre 2014]

Posté dans Dans les salles par zama le 13.11.14 à 12:56 - Réagir

National Gallery : entretien avec l'historien Dominique Poulot

Comment les mus?es peuvent attirer le public d’aujourd’hui devant les grandes œuvres du pass?, sans perdre de vue leurs missions de conservation et de recherche ? ? l'occasion de la sortie en salles du documentaire-fleuve National Gallery de Frederick Wiseman, que nous?avions vu et appr?ci? ? Cannes, nous avons interrog? l’historien des institutions culturelles Dominique Poulot. Pour lui, le film de Frederick Wiseman pose parfaitement les d?fis auxquels sont confront?s les grands mus?es contemporains…?

Cet entretien est extrait du n? 1 de Lumi?res sur, le suppl?ment papier de Z?rodeconduite.

Voir ?galement notre critique du film :?National Gallery, l'?cole du Regard?

Z?rodeconduite.net / Lumi?res sur : Pouvez-vous comparer la National Gallery aux autres grands mus?es europ?ens, notamment le Louvre ?

Dominique Poulot : La collection de la National Gallery ne se diff?rencie pas tellement de celles des grands mus?es europ?ens ou mondiaux. De pr?tention universelle et encyclop?dique, elle offre un exemple de chaque ?cole et t?moigne de la volont? de constituer une histoire g?n?rale de la peinture. La National Gallery repr?sente n?anmoins un ? go?t anglais ? tout comme le Louvre repr?sente un ? go?t fran?ais ? ou italien.

Zdc / LS :?Qu’avez-vous pens? de la mani?re dont Frederick Wiseman filmait le mus?e…

DP :?Il le montre comme une petite ville, une petite communaut?, ? l’instar de ce qu’avait fait Nicolas Philibert dans La Ville Louvre (1990). Frederick Wiseman filme avec la m?me attention aussi bien le directeur de la National Gallery et les membres du conseil d’administration que les restaurateurs, les conf?renciers ou le personnel de nettoyage. National Gallery t?moigne de la diversit? des professions au sein du mus?e, mais aussi de celle de ses publics, car le documentaire donne ? voir un ?chantillon de visiteurs qui va des jeunes enfants aux personnes ?g?es en passant par les personnes en situation de handicap.

Zdc / LS :?Plusieurs s?quences sont consacr?es aux op?rations de restauration des peintures.

DP :?Les discussions ? propos d’anciennes restaurations ou d’autres en cours de r?alisation r?v?lent les enjeux de la profession. La National Gallery a ?t? marqu?e au XIXe si?cle par une controverse sur le nettoyage des oeuvres qui a provoqu? une r?flexion collective. Certaines oeuvres ont ?t? abim?es irr?m?diablement par la suppression de couches ou de vernis. Les restaurations modernes sont r?versibles, comme l’exige la charte de Venise de 1964. On peut effacer des mois de travail en quelques minutes si on juge qu’il s’agissait d’une erreur.

Zdc / LS :?La politique culturelle du mus?e est un enjeu tr?s fort, comme en t?moigne les d?bats qui agitent le conseil d’administration.

DP :?En Angleterre comme en Europe, les budgets s’amenuisent. Les grands mus?es comme la National Gallery recherchent constamment de nouvelles ressources. Il faut souvent choisir entre des op?rations financi?rement profitables et le maintien d’une exigence ?thique. La National Gallery se situe sur Trafalgar Square, au coeur de la ville de Londres. Le mus?e se retrouve ainsi malgr? lui au centre de nombreuses manifestations, qu’elles soient commerciales, sportives (le marathon dont il est question au cours du conseil d’administration) ou politiques (ainsi la banderole visant British Petroleum, d?ploy?e par des militants ?cologistes sur la fa?ade du mus?e).

Zdc / LS :?Si le partenariat avec le marathon fait d?bat, le directeur rappelle que le personnel ?tait d’accord pour s’associer au film Harry Potter.

DP :?Le succ?s du Da Vinci Code de Dan Brown a largement profit? au mus?e du Louvre. Les lecteurs ont voulu parcourir les salles sur les pas des h?ros. Le mus?e propose m?me un parcours Da Vinci Code ? ses visiteurs. La National Gallery a jou? sur la m?me symbiose avec Harry Potter. Les mus?es tentent de se raccrocher ? l’actualit? m?diatique : le Louvre invite des artistes, des intellectuels, des prix Nobel de litt?rature pour ses manifestations.

Zdc / LS :?La danse s’invite ?galement au mus?e, comme le montre la sc?ne finale du documentaire.

DP :?L’art vivant tient une place in?dite dans les mus?es. Cela faisait d?bat dans les ann?es 70 car certains conservateurs craignaient que les visiteurs ne regardent les oeuvres que de fa?on distraite, que les tableaux deviennent un simple d?cor. Mais aujourd’hui, le spectacle vivant est entr? dans les moeurs. Les mises en sc?ne et chor?graphies s’adaptent aux galeries et valorisent les collections. Les mus?es modernes deviennent des centres artistiques g?n?ralistes. On y regarde des films, ?coute de la musique, assiste ? des spectacles, des lectures... Le film montre une autre forme de m?diation, pl?biscit?e aujourd’hui par presque tous les mus?es du monde : des coups de projecteur rapides sur une œuvre, propos?s ? diff?rents moments de la journ?e (? l’heure du d?jeuner par exemple), qui permettent d’attirer diff?rentes cat?gories de publics. On est pass? d’une m?diation longue ? des formats courts, correspondant ? ce que l’on voit sur internet ou ? la t?l?vision.

Zdc / LS :?Les milliers de visiteurs quotidiens de la Joconde au mus?e du Louvre ne lui accordent souvent que quelques secondes.

DP :?La reproduction technique, les photographies au sein des mus?es interrogent. Certains visiteurs prennent individuellement tous les tableaux en photos, ? la vol?e. En une minute trente ils couvrent toute la salle et repartent. A l’instar du mus?e d’Orsay, certains mus?es interdisent la photographie, consid?r?e comme une appropriation ill?gitime. Au lieu de se tenir debout un moment afin d’appr?cier une oeuvre, le visiteur choisit la facilit? en prenant une photo rapidement. Il existe un affrontement entre deux tendances, les partisans de l’approche br?ve, cinq minutes face ? l’œuvre, plus en phase avec les go?ts du public, et les partisans du slow (comme dans le mouvement slow food) qui veulent ralentir la consommation, la limiter ? une ou deux oeuvres par visite, en restant longtemps devant.

Zdc / LS :?La p?dagogie des conf?renciers de la National Gallery est remarquable.

DP :?Leur parole est extr?mement libre face ? l’oeuvre. Ils parlent peu d’histoire de l’art au sens acad?mique du terme. Ils tentent plut?t d’amener les visiteurs ? regarder le tableau de fa?on pr?cise. La comparaison que propose une des m?diatrices entre une figure f?minine d’un tableau et une jeune fille d’aujourd’hui envoyant un texto peut surprendre. Cet aspect de la m?diation consiste ? d?shistoriciser le tableau et jouerla carte de l’anachronisme d?lib?r?, pour rendre une certaine actualit? ? l’oeuvre. Wiseman filme aussi la strat?gie inverse : en face d’un tableau religieux du Moyen-?ge, la m?diatrice tente de faire prendre conscience ? son public des conditions mat?rielles, en particulier visuelles, dans lequel se trouvait le tableau ? l’origine. Elle leur explique qu’il ?tait vu dans la p?nombre, ?clair? ? la bougie et que les figures surgissaient de mani?re quasi magique. Au Louvre, c’est totalement diff?rent, les conf?renciers et conf?renci?res tiennent des discours plus acad?miques, de grande qualit? certes, mais qui sont semblables ? ceux qu’on re?oit ? l’?cole. Ce sens de la vulgarisation manque aux mus?es fran?ais. Les mus?es anglais et am?ricains b?n?ficient peut-?tre de moyens et de r?flexion plus cons?quents...???

Dominique Poulot est sp?cialiste de l’histoire du patrimoine et des mus?es. Professeur ? l’Universit? Paris 1 Panth?on-Sorbonne, il a notamment ?crit Patrimoine et Mus?e : l’institution de la culture, Paris, Hachette, collection Carr? Histoire, en 2001 et Mus?es en Europe : une mutation inachev?e?(avec Catherine Ball?), Paris, La Documentation fran?aise, en 2004.

Propos recueillis par Magali Bourrel?

Posté dans Entretiens par zama le 08.10.14 à 12:35 - Réagir

Shirley : le site pédagogique

L'immense succ?s de la r?trospective qui lui a ?t? consacr?e l'ann?e derni?re (la deuxi?me exposition la plus fr?quent?e du Grand Palais depuis quarante ans) l'a une nouvelle fois prouv? : le peintre Edward Hopper jouit d'une incroyable cote d'amour aupr?s du grand-public, sans commune avec la place que lui assignent les ?rudits dans l'histoire de la peinture. On peut certes y voir, de ce c?t?-ci de l'Atlantique, la fascination pour l'Am?rique, cette Am?rique ? la fois r?aliste et fantasm?e mise en images par le peintre (qui incarnait selon sa femme “le meilleur de la tradition am?ricaine”) ; on peut aussi, et de mani?re plus universelle, pointer l'attrait qu'exercent ces sc?nes ? la fois quotidiennes et ?nigmatiques, instants suspendus qui appellent irr?sistiblement ? la fiction. Qui ne s'est pas projet? dans ces figures esseul?es et m?lancoliques ? Qui n'a pas pr?t? un pass?, des pens?es, des sentiments aux noctambules de Nighthawks (1942) ou ? l'ouvreuse de New York Movie (1942) ?

Hopper a inspir? de nombreux cin?astes, mais avec Shirley, visions of reality (Un voyage dans la peinture d'Edward Hopper), le cin?aste Gustav Deutsch fait des tableaux du peintre am?ricain la mati?re m?me de son film : il a recr??, mis en mouvement et reli? treize toiles, qui racontent sur une trentaine d'ann?es l'itin?raire d'un personnage fictif d?nomm? Shirley, et un peu de l'histoire des ?tats-Unis au vingti?me si?cle. Shirley est d'abord un enchantement visuel, fascinant par le travail sur les d?cors, les couleurs, la lumi?re. La recr?ation "grandeur nature" des tableaux permet ? la fois de magnifier la splendeur plastique des toiles de Hopper et de d?monter leur profonde ?tranget?. L'immobilit? forc?e du cadre nous rend attentifs au jeu subtil sur le hors-champ (les personnages de Hopper ont souvent le regard dirig? vers l'ailleurs), notamment par le travail sur les ambiances sonores. Mais le film de Gustav Deutsch, tout introspectif qu'il soit, dresse ?galement un portrait impressionniste de l'Am?rique : par le monologue de Shirley ou par le biais d'archives radio, chaque toile est pr?cis?ment ancr?e dans son ?poque (celle de sa conception par Hopper) ; et c'est ainsi la Grande D?pression, le maccarthysme et le Mouvement des Droits Civiques qui d?filent…?

Z?rodeconduite.net propose un site p?dagogique autour de ce film, destin? aux enseignants d'Anglais au Lyc?e.
http://www.zerodeconduite.net/shirley

[Shirley, un voyage dans la peinture d'Edward Hopper. Dur?e : 93 mn. Distribution : KMBO. Sortie le 17 septembre 2014]

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 16.09.14 à 23:42 - Réagir

Pride : united we fight

Pride

Le film de Matthew Warchus a d?clench? des tonnerres d'applaudissements dans une salle de la Quinzaine des R?alisateurs exceptionnellement remplie de groupes scolaires. Ce v?ritable "feel good movie" relate l'histoire vraie du soutien apport? ? la grande gr?ve des mineurs de 1984 par un groupe d'homosexuels et homosexuelles londoniens. La "Pride" du titre c'est bien s?r la ou les fiert?(s) homosexuelle(s) (le film s'ouvre et se referme sur un d?fil? de la Gay Pride) ; c'est aussi celle, mal plac?e, de mineurs qui eurent du mal ? accepter, par conservatisme ou peur du qu'en-dira-t-on (la presse de droite eut beau jeu de d?noncer dans cette alliance le sympt?me de la d?cadence de la soci?t? anglaise), de voir leur lutte associ?e de pr?s ou de loin aux homosexuels.

Les militants gay avaient eu l'intuition d'une possible "convergence des luttes" contre la brutale r?volution n?o-conservatrice de Margaret Thatcher. Quelques ann?es plus tard, et sous l'influence des syndicats de mineurs reconnaissants, le Labor Party inscrira dans sa plateforme de gouvernement les principales revendications des organisations gay et lesbiennes… Le film se place dans cet entre-deux, faisant du choc des cultures entre de rustiques mineurs gallois et de flamboyants gays londoniens un ressort in?puisable de com?die. Dans la grande tradition des com?dies sociales anglaises (Les Virtuoses, The Full Monty, et plus r?cemment We want sex equality), Matthew Warchus croque toute une s?rie de personnages hauts en couleur, camp?s par une troupe d'acteurs au diapason (on reconna?t les grands Bill Nighy et Imelda Staunton ou Dominic West, le Mac Nulty de The Wire) et servis par des dialogues truculents.

Puisant avec bonheur dans la musique anglaise de l'?poque (The Smiths, Bronski beat, Boy George) mais aussi les classiques disco des clubs gay, le film est men? tambour battant, m?me s'il laisse parfois la finesse au bord du chemin. On n'?chappe ainsi ? aucun des passages oblig?s sur le sujet : la confrontation entre jeunes "tantes" et vieilles mamies, la difficile sortie du placard de jeune homosexuel, la confrontation douloureuse avec la famille… Mais dans cette atmosph?re d'euphorie, l'apparition du SIDA apporte une touche plus am?re : un autre combat, bien plus redoutable, s'annonce pour les gays.

Propre ? conqu?rir un public adolescent, Pride est ? conseiller vivement aux professeurs d'anglais. Il permettra d'aborder sous un angle original une p?riode-cl? de l'histoire britannique r?cente, tout en distillant un discours bienvenu sur la tol?rance et l'acceptation de l'autre.

Pride de Matthew Warchus, Dur?e : 117 mn
Quinzaine des R?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 24.05.14 à 17:29 - Réagir

The Homesman : ce pays n'est pas pour les jeunes femmes

The Homesman

"No country for young women", ce pays n'est pas pour les jeunes femmes, semble nous dire Tommy Lee Jones, pour paraphraser le titre du roman de Cormac Mc Carthy (et de son adaptation par les fr?re Coen). En racontant le p?riple de Mary Bee Cudy (Hillary Swank) et George Briggs (T. L. Jones), convoyant vers une institution de charit? de l'Est trois jeunes ?pouses rendues folles par la duret? de la vie dans les "Territoires" (ces ?tendues d?peupl?es ne sont alors pas des ?tats ? part enti?re), l'acteur et r?alisateur (Trois enterrements) livre un western f?ministe, qui montre le lourd tribut pay? par les femmes ? la "conqu?te de l'Ouest".

A rebours du chemin glorieux des pionners, tant c?l?br? par le cin?ma am?ricain, le nouveau film de Tommy Lee Jones voyage d'Ouest en Est, des ?tendues sauvages ? la civilisation. La narration de la premi?re partie est brouillonne (le spectateur m?lange les histoires des trois ali?n?es, se perd entre pass? et pr?sent, entre r?el et imaginaire), l'opposition entre Tommy Lee Jones et Hillary Swank a un air de d?j? vu (le "couple" du True grit des fr?res Coen avait plus de chien), tout comme les p?rip?ties du voyage (la rencontre avec les Indiens ou celle avec un inconnu malfaisant). Mais en insistant sur la concr?tude des ?l?ments (la neige, omnipr?sente), la s?v?rit? des paysages des grandes plaines, la litanie des besoins essentiels (boire, manger, uriner, dormir, avoir chaud…), le film affiche une modestie qui finit par devenir attachante… avant de nous cueillir par un rebondissement qui nappe sa derni?re partie d'une belle et grave m?lancolie…

The Homesman de Tommy Lee Jones, Dur?e : 122 mn
S?lection officielle, en comp?tition

Posté dans Festival de Cannes par zama le 22.05.14 à 15:06 - Réagir

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