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Amour fou : le site pédagogique

"Amour fou" ? Rarement titre aura été aussi ironique que celui du nouveau film de Jessica Hausner (Lovely Rita, Hotel, Lourdes). En retraçant les dernières semaines du poète et dramaturge Heinrich von Kleist (1777-1811) et l'histoire de son "suicide à deux" avec Henriette Vogel (fait resté célèbre dans l'histoire littéraire) Jessica Hausner se livre à une entreprise de dérision des illusions de l'idéal romantique, en même temps qu'à une peinture acerbe (qui n'est pas sans rappeler le Haneke du Ruban blanc) de la société autrichienne du début du XIXe siècle. Picturalement somptueux, magnifié par la langue de Kleist (la plupart des dialogues ont été repris de sa correspondance), Amour fou nous conduit de manière à la fois implacable et distanciée vers son dénouement tragique (voir notre critique du film lors de sa présentation au Festival de Cannes).

Zérodeconduite a consacré un dossier pédagogique au film, destiné aux enseignants d'Allemand en Lycée et à leurs classes, qui s'inscrit notamment dans le cadre du la Littérature Étrangère en Langue Étrangère.

Le site pédagogiquewww.zerodeconduite.net/amourfou 

[Amour fou de Jessica Hausner. 2015. Durée : 96min. Distribution : Jour2fête. Sortie le 04 février 2015]

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 27.01.15 à 10:26 - Réagir

Exodus : un Moïse musclé mais complexe

Moïse à Noël, Exodus au boxoffice ? Ridley Scott n’a ménagé ni sa peine ni son talent pour transformer son nouveau long métrage en succès commercial. En ces temps de crise, Hollywood vise d’abord à la rentabilité économique. Dans la droite lignée des péplums des années 1950 chargés de ramener dans les salles obscures des spectateurs américains enthousiasmés par la récente arrivée de la télévision dans leurs foyers, Exodus doit lutter contre la concurrence des blockbusters de fin d’année et amortir les 140 millions de dollars investis par la Scott Free Productions. Toute prise de risque est exclue, Exodus respectera à la lettre la loi d’un genre à même de satisfaire le plus grand nombre. Comme souvent dans les péplums, l’histoire est simple mais universelle. Plutôt que le Nouveau Testament, Ridley Scott privilégie ainsi l’Ancien - plus largement ouvert aux trois religions monothéistes -  en magnifiant les étapes attendues du parcours de Moïse, prince d’Égypte déchu pour mieux conduire en Terre promise 600 000 esclaves hébreux. À l’image de ses illustres prédécesseurs, Exodus sort une légende biblique de la gangue érudite pour la livrer, pédagogique et populaire, aux plaisirs d’un large public. Aux fondements du bon péplum, Ridley Scott choisit encore de remplacer le grossier carton-pâte par de grandioses effets numériques et les larges plans fixes par une impressionnante chorégraphie scénique. Des reconstitutions pharaoniques, une bataille de Qadesh sur-vitaminée, des courses de chars dopées à l’adrénaline depuis les sommets escarpés des montagnes égyptiennes jusqu’aux fonds d’une Mer Rouge habilement mis à nus, sans oublier les dix plaies qui s’abattent, monstrueuses et infernales, sur la ville de Memphis… avec Exodus, le démiurge n’est plus à trouver dans les cieux mais bel et bien aux pieds des collines d’Hollywood.

Des talents, de l’argent, une histoire universelle… tous les ingrédients sont réunis pour hisser Exodus au sommet du genre. Il lui manque cependant l’essentiel. Ridley Scott échoue manifestement à placer sur le plastron de son long métrage les galons du consensus. À moitié oublié par le public américain dès sa sortie en salle, le film a encore été la cible d’une nuée de critiques aussi diverses qu’acerbes. Certaines sont attendues car inhérentes au genre, d’autres invraisemblables car propres aux extrémistes. Au pilori de la critique puriste que l’on amène ainsi le jeu de Ramsès perdu entre l’anachronisme outrancier et les mauvaises mœurs occidentales mais encore les briefings du pharaon en conseil de guerre directement extraits des QG de l’armée américaine. À l’échafaud des minorités ethniques que l’on suspende la représentation raciste des hommes de couleur, condamnés à camper les rôles de voleurs et d’esclaves et non ceux de Pharaon ou même de Moïse. À la question des musulmans extrémistes ou des autorités culturelles marocaines que l’on place Ridley Scott pour avoir osé représenter Dieu et un prophète. À la potence des antisionistes que l’on conduise enfin le scénariste pour attribuer aux Hébreux le rôle de bâtisseurs des grandes pyramides !

Des critiques aussi nombreuses et cruelles que les plaies d’Egypte. Tel est sans doute le lot de tout péplum. Tel est surtout le revers de la médaille des choix scénaristiques audacieux d’Exodus. Une fois n’est pas coutume dans le cinéma populaire, Ridley Scott ne transige pas avec la simplicité. Au diapason d’un monde américain qui, en proie à une crise morale, peine à proposer une lecture claire et réconfortante des Saintes Écritures, le maître de l’épique en costume marche aujourd’hui encore, après Robin des Bois, Kingdom of Heaven et Gladiator, sur un sentier qui brouille volontiers les transpositions morales et historiques. Film d’un entre-deux insaisissable, Exodus s’ouvre à toutes les interprétations. Qui faut-il voir dans cet empire égyptien, miné par la bureaucratie et les sécessions religieuses ? Les États-Unis en difficulté au Proche-Orient ou un despotat oriental intolérant à l’égard des minorités ? Si les États-Unis aiment se représenter comme le peuple élu, comment comprendre dès lors l’intention de Christian Bale de prêter à son personnage, Moïse, la morale et la geste d’un terroriste placé à la tête de camps d’entrainement disséminés dans le désert égyptien ? Les choix religieux de Ridley Scott ne sont guère plus clairs. Si Exodus conduit de miracles en miracles les Hébreux vers la Terre sainte, ils sont à chaque fois exposés à la critique scientifique rationaliste. Héros assurément charismatique, Moïse fait davantage figure de chef de guerre sceptique plutôt que patriarche rassurant. Confronté à Dieu, représenté ici comme un gamin capricieux et colérique (!), le guide des Hébreux découvre la foi après s’être violemment cogné la tête… comme si la religion monothéiste ne pouvait être que l’élucubration onirique d’un esprit profondément traumatisé ! À placer ainsi son film dans un entre-deux complexe et stimulant, Ridley Scott cherche sans doute à plaire aux croyants comme aux sceptiques. Il risque surtout de ne ravir personne… car telle est encore la loi d’un genre populaire qui ne vit que de manichéisme.

[Exodus de Ridley Scott. 2014. Durée : 154min. Distribution : 20th Century Fox France. Sortie le 24 décembre 2014]

Posté dans Dans les salles par Francis Larran le 05.01.15 à 15:04 - Réagir

Mademoiselle Julie : désamour démodé

Mademoiselle Julie, un film de Liv Ullman

En une nuit, une maîtresse s’oppose à un valet, une femme excite un homme et un homme perd une femme : dans sa pièce Mademoiselle Julie (1888), August Strindberg associait les principes a priori contradictoires du classicisme (respect parfait des règles d’unité) et du naturalisme (vérité psychologique des personnages axée sur leur identité sociale et genrée). Dans la version de Liv Ullman, on passe de la Suède à l’Irlande, les décors (de la grand-salle à la chambre, en passant par la cuisine après une scène dans l’escalier, avant l’excursion finale dans les bois) sont dépouillés, les costumes sobres, les silhouettes alentour inexistantes, recentrant le propos sur le visage d’acteurs « performers » (Jessica Chastaing, Colin Farell et Samantha Morton)… mais le propos paraît confus et daté.

À titre de comparaison, la mise en scène de Frédéric Fisbach en 2011, avec Juliette Binoche et Nicolas Bouchaud dans les rôles principaux, rendait la pièce plus lisible à travers les pas de deux de chat et de souris. Les jeux d’opposition entre maître et valet ne paraissent plus compréhensibles à notre époque, surtout lorsqu’ils se doublent de rapports de force entre un homme et une femme dont l’enjeu, l’acte charnel, est donné comme la transgression suprême. L’issue (à tous les sens du terme) évoque Ophélie peinte par les pré-raphaélites, mais la référence demeure superficielle, tant ce qui se passe avant nous paraît lointain et peu propre à susciter l’empathie. Car si la pièce ne semble plus d’actualité, c'est sans doute en partie à cause de la mise en scène surannée de Liv Ulman : les accumulations de gros-plans sur des visages sans cesse crispés, les champs/contre-champs forcés,  la lumière bleutée et froide dénotent une intentionalité à la fois trop évidente et systématique. L'intensité du jeu des acteurs fait écran car elle tient de la performance plus que de l'interprétation, comme s’ils avaient été poussés à bout pour pallier la rigidité de la mise en scène.

On se demande quelle aura été la motivation de la réalisatrice pour s’emparer de cette pièce, si ce n'est le désir à jamais contrarié (comme elle l'avoue elle-même dans le dossier de presse) d'en interpréter le rôle-titre. Le choix de la rousse Jessica Chastaing révèle tout le narcissisme de l’entreprise… tant cette dernière nous rappelle le visage de la jeune Liv Ulman.

[Mademoiselle Julie de Liv Ullman. 2013. Durée : 133 mn. Distribution : Pretty Pictures. Sortie le 10 septembre 2014]

Posté dans Dans les salles par comtessa le 12.09.14 à 18:03 - Réagir

Gemma Bovery : Madame Bovary, c'est lui

Gemma Bovery, un film d’Anne Fontaine

Après Perfect mothers en 2013, adaptation d’une nouvelle de Doris Lessing, Anne Fontaine poursuit son exploration des psychés féminine et masculine, en portant à l’écran le roman graphique de Posy Simmonds, Gemma Bovery (1999) dont l’argument repose, par effet de miroir, sur une lecture bovaryste du chef d’oeuvre de Flaubert, Madame Bovary.

Gemma Bovery, le film, propose donc une réécriture contemporaine du roman au programme de Littérature des Terminales Littéraires pour deux ans. Le roman graphique et l'adaptation — assez fidèle — d'Anne Fontaine s’inspirent d’une lecture particulièrement riche de Flaubert. Gemma apparaît comme le double anglais d’Emma : son patronyme, un mari qui se prénomme Charles, une liaison antérieure décevante évoquant Rodolphe et le vicomte dans le roman,  fonctionnent comme autant de signes dans l’esprit du boulanger Martin Joubert (Raymond dans le roman de Simmonds) interprété par Fabrice Luchini. Le couple Bovery, fuyant la monotonie londonienne s’installe en Normandie comme Charles et Emma à Yonville ; face à l’ennui qui la gagne, Gemma noue une relation avec Hervé, un avatar de Léon, fils de bonne famille qui révise ses partiels dans la demeure familiale. Toute sa vie va être disséquée, ressassée, interprétée par son voisin le boulanger (ancien libraire) au prisme du roman de Flaubert. La vie et la fiction s’entrecroisent dangereusement, réservant bien des surprises.

L’originalité de cette œuvre est de faire du personnage du narrateur-voyeur, Joubert, le bovaryste de l’histoire, tandis que Gemma, au contraire d’Emma, se montre plus lucide. On peut hasarder l'explication suivante : le roman de Flaubert montre une femme qui cherche à s’émanciper dans un monde d’hommes au XIXème siècle. Si rien n’a changé dans les mécanismes du désir, les Emma de nos jours s’approprient davantage leurs destinées sentimentales. Anne Fontaine change quelques détails par rapport à l’univers de Simmonds en le teintant de caricature : Gemma est  plus brune que blonde, sa voisine Wizzy campée par Elsa Zylbertstein, plus séduisante et plus horripilante dans le rôle de la « bourgeoise émancipée », Raymond Joubert s’appelle Martin… Retrouver d’ailleurs Fabrice Luchini en voix-off et en chair et en os donne un petit côté au film un petit côté Alceste à Bicyclette, pas désagréable, mais pas très original non plus. Certes, l’ironie féroce est bel et bien présente chez Flaubert, et lui-même se désolait quelquefois que son style soit si lourd (« Je suis dévoré de comparaisons comme on l’est de poux », Lettre à Louise Colet, 1852). Mais les quatre années de labeur pour engendrer Madame Bovary lui auront permis d’atteindre l’idéal qu’il s’était fixé : « Toute la valeur de mon livre, s’il en a une, sera d’avoir su marcher droit sur un cheveu, suspendu entre le double abîme du lyrisme et du vulgaire » (Lettre à Louise Colet, 1852). Posy Simmonds avait su conserver par son trait neutre l’esprit critique de Flaubert sans parvenir à en creuser la profondeur (Flaubert s’attaquait à toute la société dans son œuvre). Anne Fontaine, elle, force le trait mais reste tout autant à la surface.

Si le film comme le roman graphique offrent un plaisir de la référence à ne pas mésestimer, il faut aussi les voir comme des outils pédagogiques non négligeables pour des élèves que la lecture de Flaubert rebutera peut-être au départ. La lecture du roman est primordiale, mais elle gagnerait à s’enrichir du visionnage du film de Chabrol, puis de celui d’Anne Fontaine, afin que les élèves non seulement s’imprègnent de l’intrigue mais aussi puissent percevoir les résonances entre les différentes versions.

[Gemma Bovery d'Anne Fontaine. 2014. Durée : 99 mn. Distribution : Gaumont. Sortie le 10 septembre 2014]

Pour aller plus loin :
— Le DVD (droits d'utilisation en classe + dossier) de Madame Bovary de Claude Chabrol
— "Madame Bovary au cinéma : adaptation, réécriture", un dossier Magfilm du CNDP

Posté dans Dans les salles par comtessa le 10.09.14 à 15:19 - Réagir

Métamorphoses : le site pédagogique

Metamorphoses

Éclectique, et toujours surprenant Christophe Honoré… Après avoir adapté au cinéma George Bataille (Ma mère, 2004) et Madame de La Fayette (La Belle personne, 2008), c'est à… Ovide que s'attaque aujourd'hui l'auteur des Chansons d'amour, dans cette adaptation poétique et épurée des Métamorphoses. Comment raconter, comment donner à voir ces transfigurations merveilleuses, quels choix faire au sein des centaines de mythes relatés par Ovide, comment les actualiser pour un public contemporain ? Le réalisateur, dont la filmographie a toujours été attachée à la littérature (et l'on pouvait d'ailleurs y retrouver l'influence d'Ovide), relève ce défi en se concentrant sur le personnage d’Europe, à la fois héroïne d'un récit d’initiation et réceptrice d’autres récits, partageant ainsi nos interrogations sur la foi à prêter à ces histoires à dormir debout, et sur leur portée dans notre monde moderne. Métamorphoses ouvre ainsi à la réflexion sur l’identité, l’intemporel et l’éphémère, le corps et les sens, le désir et l’amour, la mort… En cherchant une forme nouvelle, Christophe Honoré court sans cesse le risque de briser l’illusion référentielle, créant étrangeté, décalage et désorientation, et renouvelant notre regard sur ces mythes antiques.

Zérodeconduite.net consacre dossier pédagogique au film, destiné aux enseignants de Français en Lycée. Celui-ci propose des activités autour des thématiques suivantes, en rapport avec les objets d'étude des programmes du lycée : la question de l’Homme, les réécritures, et celle de l’adaptation.

[Métamorphoses de Chritophe Honoré, 2014. Durée : 1 h 42. Distribution : Sophie Dulac. Sortie : le 3 septembre 2014]

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 02.09.14 à 22:36 - Réagir