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L'Ennemi intime en salles

L’Ennemi intime de Florent-Emilio Siri n’est bien sûr pas le premier film français sur la Guerre d’Algérie : on sait que les cinéastes ont abordé très tôt les "événements" et n’ont pas cessé d’y revenir depuis… Sur les deux dernières années seulement on a ainsi pu voir sur les écrans La Trahison de Philippe Faucon et Mon colonel de Laurent Herbiet, sans compter la production télévisée Nuit noire 17 octobre 1961 (déjà scénarisée par Patrick Rotman).
Mais, pour diverses raisons (qui tiennent à la fois à la censure initiale qui a frappé les écrans français, à la mémoire —ou aux mémoires— du conflit, mais également à leur propre "tempérament" de cinéastes), les réalisateurs français ont escamoté le "spectacle" de la Guerre d’Algérie : alors que les Coppola, Stone, Cimino plongeaient le spectateur dans le bruit et la fureur de la Guerre du Vietnam (Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l’enfer…), leurs homologues se cantonnaient soit à une approche intimiste, détournée, soit au film à thèse qui dénonçait les responsabilités françaises.
C’est contre cette tradition que s’inscrit L’Ennemi intime de Florent-Emilio Siri, qui porte très haut une double ambition : celle d’être un vrai film de genre, de guerre, à l’instar des exemples américains cités plus haut ; celle d’être le premier "grand film populaire" sur la Guerre d’Algérie, qui offre au public le plus large le moyen de comprendre cet événement historique dans toute sa complexité.
Le pari est doublement réussi : comme film d’action, L’Ennemi intime n’a rien à envier à ses homologues américains, la mise en scène de F. Siri faisant souvent preuve d’une maestria à couper le souffle. Comme film historique, il bénéficie du formidable matériau assemblé par Patrick Rotman au fil de ses documentaires-fleuves (plusieurs scènes comme celle de la cigarette lui ont été directement racontées par les témoins), et de son savoir-faire de scénariste. Il parvient ainsi à rendre intelligible cette guerre sans front et sans nom, autant civile que coloniale, gagnée par les militaires mais perdue pour l’Histoire.
Mais comme tout grand film de guerre, L’Ennemi intime résonne au-delà des événements qu’il décrit : c’est aussi une réflexion sur la violence et la barbarie, dans la lignée du documentaire du même titré réalisé par Patrick Rotman en 2002.
Comment des hommes ordinaires ont-ils pu basculer dans l’horreur, et commettre ce dont ils ne s’imaginaient pas capables ? Alors que le documentaire multipliait les témoignages et les points de vue, la fiction les condense en la trajectoire d’un seul personnage archétypal, celui du lieutenant Terrien. Par la force que lui confèrent l’interprétation de Benoît Magimel et la mise en scène de Florient-Emilio Siri, cette trajectoire ne manquera pas de provoquer les débats les plus contradictoires (sur les responsabilités historiques et individuelles, sur la violence et la façon de la mettre en scène) et d’interpeller les spectateurs, notamment les plus jeunes. Voulu et pensé par deux jeunes gens (Benoît Magimel, à l’origine du projet, et Florent-Emilio Siri) nés bien après la fin du conflit, L’Ennemi intime porte également cette ambition pédagogique, à l’instar d’Indigènes sorti il y a un an quasiment jour pour jour.
Nous avons déjà signalé le site pédagogique et le copieux dossier que nous avons consacré au film, ainsi que le supplément Cinéclasse édité par Le Monde de l’Education. Les enseignants pourront également se reporter au mini-site édité par France 5 Education, qui propose quatre extraits vidéos du film avec leur fiche d’accompagnement, ainsi que des vidéos extraites du documentaire "Paroles de tortionnaires", en complément.
[L'ennemi intime de Florent-Siri. 2006. Durée : 1 h 48. Distribution : SND. Sortie le 3 octobre 2007]
Posté dans Dans les salles par zama le 03.10.08 à 13:01
Commentaires
il faut citer aussi M. albert Dupontel qui livre une composition remarquable, à l'égal de Magimel
Je viens de voir le film et j'ai trouvé cela époustouflant. Au-delà de l'aspect cinématographique vraiment bluffant, je dois dire que j'ai été touchée par cette histoire d'innocence malmenée, et l'image de l'enfance prise dans les tourments de cette guerre m'a beaucoup émue.
merci pour ce film qui hélas vient un peu trop tard, sur la guerre qu'on a longtemps dite "sans nom". je vais pouvoir y emmener mon cher papa qui a mis très très longtemps à évoquer ces années-là. il n'apas eu à vivre de telles atrocités mais le souvenir n'en est pas moins resté extrêmement douloureux
encore un film repentant qui surfe sur la vague "indigènes"
Mais non ce n'est absolument pas un film repentant; c'est un film qui cherche à comprendre. J'ai l'impression qu'on lui reproche tout et n'importe quoi à ce film: d'être trop dans la repentance, ou au contraire d'être dans la complaisance vàv de la violence (critique de Libé). C'est pas parce que c'est un film grand public que c'est forcément nul.
et ce n'est pas non plus un film "qui surfe sur la vague indigènes" : c'est très mal connaître les réalités du cinéma que de penser ça. Un tel projet met des années à se monter, et quand il a été lancé ses auteurs ne connaissaient sans doute même pas l'existence du film de Bouchareb. Je trouve d'ailleurs particulièrement injuste l'accueil mitigé fait par la presse au film de Siri par rapport à la déferlante Indigènes l'année dernière : en termes de cinéma il n'a rien à envier à celuil de Bouchareb qui n'était pas moins didactique et certainement pas mieux mis en scène. Indigènes a su jouer sur un casting très "malin" (les 4 acteurs beurs les plus connus, dont Jamel dans un premier rôle dramatique) et un besoin de reconnaissance identitaire bien dans l'air du temps. L'Ennemi intime est certainement bien moins consensuel, parce que moins manichéen et moins héroïque.
oui parce que Indigenes question boum-boum c'était pas trop ça : la bataille de Monte Cassino avec trois explosions et figurants, ça faisait un peu peine à voir, sans parler de Jamel qui jouait quand même comme une grosse patate !
Je trouve la critique de Salustoni injuste concernant Jamel. Dans Indigènes, IL tient le rôle le plus ingrat, l'archétype du colonisé et il s'en tire plutôt très bien, sinon, Indigènes n'a pas l'envergure cinématographique de l'Ennemi Intime, et c'est précisément ce que la presse reproche à ce dernier, de vouloir ressembler aux grosses prod. américaines. Critique à géométrie variable qui dénonce chez les réalisateurs français ce qu'ils applaudissent chez les américains.
pardon pour Jamel il n'a pas le rôle le p lus facile je te l'accorde Bernie. en fait je trouve que les deux films ont des qualités exactement inverses : à Siri la virtuosité technique et la tension dramatique, à Bouchareb les scènes intimistes. je suis juste étonné du "deux poids deux mesures", Ennemi intime étant accueilli avec une sévérité qui tranche sur l'unanimité indigènienne (le film méritait-il sa Sélection au Festival de Cannes). sans doute que les parcours respectifs de l'un et de l'autre ont joué (l'éternelle "Politique des auteurs") : tourner "Otage" avec Bruce Willis ça ne doit pas vous mettre dans les petits cahiers, euh, papiers de la presse française…
très beau film qui a le budget qu'il mérite. Le propos n'est pas le même que dans indigènes. ici c'est l'horreur totale, et l'ennemi est un frère ou un cousin, ou alors un simple paysan qui prend une arme contre l'occupant. Le film parvient à brasser plusieurs destins unis dans le même gouffre. Chacun va plonger. La folie gagne tout le monde petit à petit et le film semble le plus juste en terme de fiction sur cette guerre à l'image du apocalypse now pour les ricains.
Et le réalisateur a eu le talant de dénicher les acteurs de demain, à côtés des performances époustouflantes d'acteur confirmés. A l'image de Ang Ruzé, soldat aux lunettes et chanteur de chorale.
bravo, magnifique film, étonnant Siri (que je ne connaissais), ça m'a donné envie de voir son premier film "Une minute de silence". sur l'accueil critique, j'ai une petite idée : je pense que le film n'arrive pas à un moment propice, puisque l'idée est dans l'air depuis mai que la France doit cesser la repentance, et qu'il faut être fier de l'œuvre coloniale. Dommage, le travail est encore à faire !

