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La Zona : dérives urbaines

Un film d’anticipation peut-il être un support d’analyse géographique ? Sorti il y a bientôt quinze jours, La Zona de Rodrigo Pla, thriller glaçant situé dans la mégalopole Mexicaine et dans un futur très proche, s’avère une fine analyse sur les phénomènes de ségrégation urbaine et la dérive des gated communities, communautés fermées.
A la réflexion, ce film peut illustrer, éventuellement en collaboration avec le professeur d’espagnol, plusieurs chapitres des programmes de géographie du lycée, et notamment de Seconde : le thème des inégalités, celui des frontières dans le chapitre introductif, mais également le thème Dynamiques urbaines et environnement urbain. On trouvera un début d’analyse, sous la plume de Gilles Fumey sur le site des Cafés Géographiques. Et l’on pourra rapprocher l’allégorie proposée par Rodrigo Pla dans La Zona d’un autre film de genre : Land of the Dead de George Romero, dernier volet de sa quadrilogie "zombie", auquel le site Cadrage.net consacrait récemment un article fouillé (Land of the Dead, critique urbaine radicale), axé justement sur la géographie urbaine.
"L'organisation de la ville au début du film se présente de la manière suivante : les zombies occupent les faubourgs de la ville ; tous les humains survivants se sont regroupés au centre-ville, protégés par les fleuves et par des barbelés ; l'"élite" de la ville est elle-même regroupée dans une tour. La division de l'espace urbain est à la fois horizontale (du grand nombre des plus pauvres au petit noyau des plus riches, suivant, classiquement, le modèle spatial des cercles concentriques) et verticale, rappelant ainsi le Paris du XIXe siècle (les zombies vivent dans la ville basse des faubourgs, les humains pauvres dans les petits immeubles du centre-ville, les classes favorisées dans la plus haute tour, Kaufman lui-même habitant dans l'appartement le plus haut). Enfin, la division sociale de l'espace urbain recoupe les conditions de délabrement : au luxe de la tour centrale répond la saleté et la vétusté des rues et des autres immeubles du centre-ville où s'entassent le peuple. Cette représentation de la ségrégation des villes américaines est accentuée par les contrastes produits par l'absence de raccord entre les plans sur le luxe de la tour centrale et ceux sur la saleté des rues environnantes. (…) L'imperméabilité entre ces deux mondes rappelle les écrits du sociologue américain Mike Davis sur ce qu'il nomme "la militarisation de la vie urbaine" : "nous vivons dans des “villes forteresses” polarisées à l'extrême, entre, d'un côté, les “cellules fortifiées” de la société d'abondance, et, de l'autre, les “espaces de la terreur” où la police mène une guerre contre des pauvres criminalisés."

[La Zona de Rodrigo Pla. 2007. Durée : 1 h 38. Distribution : Memento films. Sortie le 26 mars 2008]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 15.04.08 à 18:51

Commentaires

De charman, posté le 17.04.08 à 17:16

un film remarquablement maîtrisé (peut-être un peu trop d'ailleurs) et qui fait froid dans le dos : on est à la lisière de l'anticipation et d'un constat sur notre monde (décors réels). Je me demandais pourquoi Zéro de conduite était passé à côté : oubli réparé !
De amandine, posté le 18.04.08 à 23:36

perso, les bourgeois en colère de la zona me font plus peur que les zombies (qui m'ont toujours fait plutôt marrer). Et donc le film m'a beaucoup fait penser à FURY de Fritz Lang, histoire du lynchage d'un innocent (et de sa terrible vengeance, car il n'est pas mort, niark niark).
De irene, posté le 24.04.08 à 15:39

peut-être un peu angoissant pour des élèves. mais pour la compréhension orale, un film mexicain est quand même beaucoup plus facile à exploiter qu'un film uruguayen ou argentin !
De JML, posté le 26.05.08 à 15:08

Un petit détail. Pourquoi parlez-vous de film d'anticipation ? Des lotissements comme celui-là existent dans toute l'Amérique latine, certainement également en Amérique du Nord, et, sans la composante de gardes armés de plus en plus en France.

Deux meurtres de femmes dans des "countrys" (nom argentin pour ces lotissements) se sont déroulés ces dernières années, près de Buenos Aires et Cordoba, et n'ont toujours pas été élucidés, pour cause de silence de toute la communauté.

Ce n'est donc pas demain, mais aujourd'hui.
De Nemo, posté le 02.04.09 à 23:56

comme JML je suis choqué par le terme anticipation ?!!! ce film parle de réalité contemporaine et je serais moins gentil que lui je pense qu'il faut soit être politiquement malhonnête soit être un oiseau de salons parisiens pour utiliser le terme d'anticipation.



ce qui se passe ds ce film se passe aussi ds notre pays à un degré moindre certes mais celà existe, outreau, le droit des victimes etc etc ...philosophiquement ça s'appelle la justice populaire, la justice de l'émotion avec tous son lot de démagogisme et sa barbarie et son déni de démocratie en filigrane..

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