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Et puis les touristes : Auschwitz, lieu de mémoire

Qu’est-ce qu’un lieu de mémoire ? Pour l’historien Pierre Nora, la définition s’étend "de l'objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé... à l'objet le plus abstrait et intellectuellement construit."
Auschwitz est à la fois l’un et l’autre : si le nom du camp (inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979) symbolise à lui seul le génocide juif, Auschwitz/Oswiecim est aussi une petite bourgade polonaise qu’on pourrait dire "sans histoires" si elle n'en avait une aussi lourde. C’est cette dissonance entre les grandes déclarations sur le "devoir de mémoire" et la trivialité du quotidien que découvre le jeune Sven, quand il débarque d’Allemagne pour accomplir dans le camp son service civil. Si à l’intérieur du camp devenu musée on s’efforce de préserver le passé pour les générations futures, si le vieux Krzeminski, ancien déporté dont Sven a pour charge de s’occuper, continue inlassablement à témoigner de son expérience, la vie a repris ses droits tout autour : une usine allemande s’installe à la recherche de main d’œuvre bon marché, la jeunesse polonaise rêve d’ailleurs, et puis les touristes (très joli titre français traduit du plus littéral Am Ende kommen Touristen allemand) qui débarquent par vagues en cars climatisés…
Au delà de la transparente métaphore qui sert de trame au film (un jeune allemand prend en charge l'histoire de la Shoah), Et puis les touristes s’interroge sur la question de la transmission, une transmission qui va de moins en moins de soi : quand la parole des témoins semble s’user au point de tourner à vide, de ne plus être entendue ("Passez-leur La Liste de Schindler, ça leur fera plus d’effet" remarque amèrement le vieux Krzeminski), avant de s’éteindre tout à fait ("Un jour je te parlerai moins, jusqu’à ce que je ne te parle plus"), quand la commémoration tourne au rituel vide de sens, mis au service d'intérêts politiques ou économiques (ainsi l'usine chimique allemande qui se sent tenue de bâtir un mémorial).
Chronique douce-amère entremêlant à ces graves questionnements les élans de la jeunesse (l'histoire d'amour entre Sven et la jeune Ania), Et puis les touristes préfère l'esquisse à la thèse (qu'on compare le traitement de la mémoire de la Shoah avec celui d'un autre film récent, La Question humaine). Cela constitue à la fois sa limite et son charme.

> On trouvera sur le site pédagogique du film un dossier d'accompagnement en allemand, ainsi que le supplément VO-Scope édité par le magazine Vocable.
> Retrouvez également les extraits du film et leur fiche d'accompagnement sur le site Curiosphere.tv

[Et puis les touristes de Robert Thalheim. 2007. Durée : 1 h 25 mn. Distribution : Noblesse Oblige et Alsace Cinémas. Sortie le 14 mai 2008]

Posté par zama le 14.05.08 à 12:17

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