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Dernier maquis : religion et lutte des classes

Des images, des visages, des bruits, des voix : Dernier maquis est avant tout une expérience sensorielle, un dé-paysement (au sens littéral) visuel et sonore… On est bien en France, pas très loin de chacun de chez nous, dans une de ces zones industrielles à moitié en jachère, coincée entre une bretelle d’autoroute et un bras de canal, ni tout à fait en ville ni encore à la campagne ; mais ce n’est pas la France que le cinéma a l'habitude de nous montrer.
Si cet ancrage dans la réalité est une des clés de la réussite du nouveau film de Rabah Ameur-Zaïmeche, Dernier maquis (comme c’était le cas pour la banlieue de Wesh Wesh ou l’Algérie de Bled number one) celui-ci est très loin de s’y résumer : passé au tamis de la vision poétique du réalisateur (notamment ce décor de palettes, à la fois graphique et symbolique), le réel est le support d’une réflexion d’une profonde acuité sur la religion, le travail, l’immigration…
La fable est simple : Mao, jeune patron d’une entreprise de construction de palettes couplée à un garage, qui a érigé le paternalisme en mode de gestion, décide "d’offrir" une mosquée à ses employés, en grande majorité musulmans pratiquants. Quand le patron essaye de surcroît d’imposer à ses employés un imam de son choix, le vent de la discorde se lève dans la communauté des croyants. Mais c’est finalement, et un plan social qui provoquera l’explosion…
On renverra à notre dossier pédagogique pour les pistes d’analyse du film. Après une introduction thématique (Un réalisme… stylisé / Paternalisme / La religion / Mao et les ambiguïtés…) celui-ci propose des activités en Lettres/Education à l’image, en Philosophie et en Sciences Economiques et Sociales. Où l'on verra que le Mao n'a pas inventé le paternalisme, où l'on relira les analyses de Marx sur la religion, où l'on fera un détour — plus inattendu — par Les clôches de Bâle d'Aragon. Signalons également que le film précédent de Rabah Ameur-Zaïmeche, Bled number one est dans certaines régions au programme 2008-2009 de l'opération Lycéens au cinéma…
[Dernier maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche. 2008. Durée : 1 h 33. Distribution : Sophie Dulac. Sortie le 22 octobre]
Pour aller plus loin
L’interview de Rabah-Ameur Zaïmeche par le site Vousnousils.fr
L’article de Philippe Lavil pour le SNES
La bande-annonce sur Curiosphere.tv
Une analyse de séquence par le critique Eric Loret sur le site LibéLabo
Posté dans Dans les salles par zama le 22.10.08 à 14:55
Commentaires
bravo et merci à M. Zaimeche, qui apporte un grand bol d'air au cinéma français et mention spéciale à ses deux acteurs Titi et Géant qui m'ont enchantée l'un et l'autre par leur naturele et leur charisme !
Film remarquable, tant par sa mise en scène (incroyable séquence de l'appel àla prière en haut d'un mur de palettes rouges)que par le message qu'il délivre. Mao s'inscrit dans la tradition des patrons paternalistes, ce qui change d'un siècle à l'autre, c'est que le prolétariat est désormais musulman.
mouais moi j'ai trouvé ça assez longuet avec des acteurs frisant l'amateurisme, et sans véritable propos : où est-ce que ce film veut en venir ? la fin reste en suspens, comme si le réal n'avait en fin de compte pas grand chose à dire. Dommage, il y a de très beaux plans d'un point de vu plastique
R.A-Z est à la fois un esthète (le décor, le chromatisme très travaillé) et (surtout) un grand directeur d'acteurs : ce qu'il arrive à tirer de non-professionnels est proprement sidérant. Mais je ne pense pas qu'il ait tant à dire que ça, malgré tout ce qu'on voudrait lui prêter : je dis ça à propos de ces films (Bled number one était déjà assez énigmatique) mais aussi pour l'avoir vu en débat partir dans des considdérations fumeuses et des lieux communs, et se fermer parce que la salle lui demandait d'expliciter son propos.
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