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Retour sur Moore

Capitalism : a love story

Sur le Lac des Signes, le blog culture du Monde Diplomatique, Mehdi Benallal propose un intéressant retour sur le dernier film de Michael Moore, Capitalism : a love story (sorti le 25 novembre 2009) (voir notre critique ici). Il se livre pour cela à un exercice d’inspiration universitaire, familier aux étudiants en lettres : une étude de la réception de l’œuvre, en l’occurrence les critiques publiées dans la presse française. L’analyse est intéressante en ce qu’elle montre un embarras généralisé, de L’Humanité au Figaro, face au "cas" Michael Moore : de plus en plus réticents sur un plan esthétique (sur "la forme"), les critiques se sentent toutefois tenus à une certaine bienveillance politique ("le fond"). Comme le fait remarquer l’auteur, la crise économique mondiale est sans doute passée par là, qui "complique le rejet idéologique de la défense des classes populaires, fût-elle élémentaire et schématique".
Cette ambivalence les empêche de le livrer à une critique approfondie du langage cinématographique de Moore, que beaucoup mettent en parallèle avec la grammaire télévisuelle. C’est sur ce point que Medhi Benallal porte son analyse :
"Le principal problème que posent les films de Michael Moore, et qui est peu relevé, réside dans le sort fait à l’image. Car l’image est son talon d’Achille, étant invariablement, dans Capitalism comme dans ses précédents longs métrages, à la remorque d’un discours militant plein à craquer. Jamais chez lui elle ne constitue une donnée concrète indépendante de ce que la voix-off lui fait dire. Or, le bât blesse quand Michael Moore brandit n’importe quelle image comme preuve. Le plan furtif sur Obama acclamé par la foule, par exemple, semble donner raison au commentaire qui prophétise que le nouveau président pourrait tendre l’oreille vers le peuple plutôt que vers les milieux d’affaires. Seulement, on peut sans difficulté trouver des images des néoconservateurs John McCain ou George W. Bush devant des foules enthousiastes… Aux mains du monteur habile qu’est Moore, la priorité est au discours et à son ordre. Et l’image peut tomber bien bas, au niveau du micro-trottoir (témoignages pris à la volée) voire du voyeurisme, comme lorsque des gros plans nous montrent de pauvres gens pleurant leurs proches.
(…)
Tout comme font les chaînes d’info ou la publicité, Moore s’emploie à refouler le contenu des images, toujours plus fuyantes et ambiguës que ce qu’un commentaire et une musique pourront bien en dire. Raccourcies par le temps (le film va à toute allure), aplaties par le commentaire (omniprésent), ses images n’existent pas, puisqu’elles ne laissent à rien ni personne le temps d’exister à l’écran. Il n’est guère étonnant que ses films aient si peu d’impact et que Michael Moore finisse par se lasser d’en faire (il songerait à passer à la fiction). On ne fera pas bouger le spectateur en le traitant comme font les médias dominants.
"

Dans la même veine, Le Lac des Signes propose des analyses approfondies et croisées d'autres films récents :
- L'Armée du crime face aux bâtards sans gloire
- L'Affaire Farewell, Ultimatum, The Informant ! : rideaux de fumée

Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 04.12.09 à 17:27

Commentaires

De Glavio, posté le 06.12.09 à 23:07

Vrai, en même temps, il est toujours plus facile de faire la critique que d'agir. La forme est pas bonne et bon, si les critiques sont condescendantes, c'est que ce genre d'initiative a le mérite d'exister. ET Moore s'adresse esentielement a un public américain, pas français, lobotomisé par les médias.
De Austeen, posté le 15.01.10 à 18:09

Vrai même il est toujours plus facile de critiquer que de faire des éloges. Moore a son style, on le sait, il a aussi ses défauts mais il a au moins le mérite de dire des choses, qui plus est ne sont pas toutes fausses.

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