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Hors la loi : avant le film, la polémique

Hors la loi

« Le passé qui ne passe pas serait-il enfin passé ? » se demandait récemment l’historienne Annette Wieviorka à propos du succès du film La Rafle, constatant que la période de la Collaboration en général et l’épisode du Vel d’Hiv en particulier avaient fini par trouver leur place, dans une version édulcorée, au sein du grand récit national forcément consensuel.

Il y a d’autres passés qui en revanche ne passent toujours pas, comme l’atteste le début de polémique autour du nouveau film de Rachid Bouchareb, Hors la loi, qui sera projeté en Sélection officielle lors du prochain Festival de Cannes. S’il en reprend quasiment la formule (même casting, même calendrier de sortie), Hors la loi n’est pas la suite d’Indigènes : le film suit le parcours de trois frères (Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem), des massacres de Sétif en mai 1945 aux activités des « porteurs de valise » durant la guerre d’Algérie (1954-1962). Les deux projets ont toujours été liés pour Rachid Bouchareb, comme les deux faces d’une même médaille : à l’image de cette date du 8 mai 1945, que l’on commémore comme celle de la victoire sur l’Allemagne nazie, mais qui est également celle des massacres de Sétif. Là où Indigènes faisait œuvre de réconciliation en réintégrant les soldats de l’empire colonial dans la geste héroïque de la France libre, Hors la loi plonge dans la plaie encore ouverte de la décolonisation algérienne.
Il n’est donc pas surprenant que la polémique ait pris si vite et surtout si tôt (avant même la première projection du film !) : il ne s’agit que du énième épisode d’une rituelle « guerre des mémoires » qui à intervalles réguliers oppose les ultras de part et d’autre de la Méditerranée. La cristallisation de cette polémique sur la présence du film au Festival de Cannes (qui a obligé Thierry Frémeaux à réagir par communiqué) rappellera quant à elle l’époque pas si lointaine où la Sélection Officielle était une affaire diplomatique tout autant qu’artistique (jusqu’en 1972 les films étaient pré-selectionnés par des comités nationaux).

Les historiens attendront donc avec impatience pour découvrir le film et sa vision des massacres de Sétif, que le député UMP Lionnel Luca (sur la foi d’une version du scénario) a accusé de « falsifier l’histoire ». On se reportera à ce dossier sur l’événement opportunément remis en ligne par le magazine L’Histoire. L’historien Guy Pervillé y invite à la plus grande prudence, notamment sur le bilan du massacre côté indigène, dont on sait qu’il a été largement minoré par la France. Il cite ainsi  Claude Liauzu et Gilbert Meynier : « La seule conclusion que peut faire l'historien : il y eut en effet des milliers de morts, mais s'il est honnête, il n'en dira pas plus. Il rappelle également que si le déroulement des faits est relativement bien établi désormais, leur interprétation continue à poser question : « insurrection préparée par les nationalistes algériens, mouvement spontané, ou encore provocation colonialiste » ? Qui a tiré le premier ? Les foules qui manifestaient ont-elles été instrumentalisées ? Comment expliquer l'ampleur disproportionnée de la répression ?
Or c’est précisément le rôle d’un cinéaste de donner un point de vue et de proposer une interprétation : nul doute que le débat reprendra de plus belle, pièces à l'appui cette fois, avec les premières projections publiques. Pour reprendre les mots d’Annette Wieviorka, le jour n'est pas encore arrivé où l’on parviendra à transformer le passé colonial de la France, à l'instar du génocide des juifs, en une histoire « acceptable pour les enfants. »

Posté dans Débats par Zéro de conduite le 07.05.10 à 16:05

Commentaires

De Sol, posté le 14.05.10 à 13:42

La projection programmée au festival de Cannes du film « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb suscite beaucoup d’émoi.

Le Service historique de la Défense, dans une note signée du général Robert, relève, quant à lui, un certain nombre d’erreurs dans le scénario du film qui montre une version falsifiée des massacres de Sétif.

Par ailleurs, il semble que ce film insiste particulièrement sur le rôle des porteurs de valises français qui, en prenant partie pour le FLN, n’étaient rien moins que des traîtres à leur patrie, c’est-à-dire à la France. Nos enfants apprendront ainsi que c’est en servant la cause ennemie que l’on devient un héros !

Enfin, il est difficile d’admettre qu'un film algérien à la gloire du FLN soit financé à hauteur de quinze pour cent par le Centre national du cinéma français et que le Conseil régional de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ait cru bon d’y ajouter une somme de cent mille euro.
De ramon, posté le 21.05.10 à 11:20

ces personnes jouent et font des films habitent en france et tappent sur la france et y vivent tres bien.sil habitaient en algerie ils vivraient moins bien et n oraient pas cette liberte d expression.en france on peut tout se permettre meme cracher sur notre drapeau pour combien de temps encore attention il y a danger

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