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Des hommes et des dieux : l'histoire escamot?e ?

Des Hommes et des Dieux

Janvier 2011. Toute la France a succomb? au charme de Des hommes et des dieux... Toute ? Non ! Un petit site r?siste encore et toujours au consensus…

Il fallait bien chercher pour trouver un article d?favorable au film de Xavier Beauvois, grand prix du jury au Festival de Cannes, Prix de l’Education nationale, multinomin? aux C?sars, et dont les r?sultats au Box-Office 2010 (plus de 3 millions de spectateurs) tiennent du miracle dans le monde de l'exploitation cin?matographique. C’est le Lac des Signes, blog culturel des journalistes du Monde Diplomatique, qui s’y est coll?, fid?le ? une sp?cialit? qui consiste ? s’attaquer aux succ?s de l’art et essai pour d?busquer les pr?suppos?s id?ologiques derri?re l’unanimisme critique et/ou public : voir leurs articles sur Valse avec Bachir, La Journ?e de la jupe, ou Invictus.
Dans un article au ton volontiers pol?mique, le journaliste Frederick Bowie interroge, comme tous les m?dias l’on fait, le succ?s du film de Xavier Beauvois, mais dans une perspective beaucoup plus critique : ? Est-ce que le film de Beauvois est encore vraiment dans l’Histoire sur laquelle il s’appuie ? Est-ce que tout son effort de reconstitution exacte (…) nous rapproche de ce qui s’est pass? en 1996, ou nous en ?loigne ? ?
Au ton de la question on aura compris la r?ponse. L’auteur adresse principalement deux reproches majeurs au film de Xavier Beauvois : tout d’abord de vider les ?v?nements et les personnages de toute dimension politique, et par cons?quence historique? : ? Le drame peut ainsi se d?rouler dans un monde imaginaire o? toute responsabilit? de l’Etat fran?ais, aussi bien dans cet ?v?nement particulier que dans tout le cours qu’a pris l’histoire de l’Alg?rie depuis l’ind?pendance, est largement ?vacu?e. Cela ne rend pas le film plus pr?cis sur le plan historique, mais cela le rend sans doute beaucoup plus ? consommable ?, au moins en m?tropole. (…)en r?sumant l’engagement des moines ? ses seules dimensions spirituelles et humaines, plus quelques poncifs sur la cohabitation pacifique souhaitable entre chr?tiens et musulmans (…) le film tait une dimension essentielle de la vie des moines de Tibhirine – leur implication dans le processus politique alg?rien dans ce qu’il avait de plus br?lant, et de potentiellement plus explosif. ?
Ensuite, il remet en cause sa peinture de la vie ? indig?ne ?, qui ? escamote le contexte historique long ? (la pr?sence coloniale fran?aise), qui repr?sente l’Alg?rie par le Maroc, et qui reconfigure la topographie des lieux : ? Jusque dans sa topographie, le village de Thibirine se retrouve ?mascul? de ses signes les plus distinctifs, y compris l’entrelacement physique des deux communaut?s, qui s’?tait concr?tis? par l’accueil de la mosqu?e ? l’int?rieur des b?timents m?mes du monast?re. Jamais on n’entendra ce muezzin qui, avec les cloches, rythmait la vie des ? priants ? chr?tiens au m?me titre que celle de leurs voisins musulmans, et qui a pourtant continu? ? appeler ? la pri?re pendant toute la p?riode d?crite par le film, y compris le jour m?me de l’enl?vement. ?

La critique n’est pas nouvelle venue de la gauche de la gauche, qui poursuit de sa vindicte les films post-coloniaux (une cat?gorie qui va du western am?ricain —parall?le point? avec le film de Beauvois— au film fran?ais sur la guerre d’Alg?rie, en passant sur le film isra?lien sur la Palestine) : sous les oripeaux d’un discours progressiste, de repentance ou de r?conciliation, ceux-ci r?duisent ? l’indig?ne ? (l’Indien, l’Alg?rien, le Palestinien) au r?le de figurant, reproduisant insidieusement le bon vieux paternalisme (Frederick Bowie parle de ? racisme sous-jacent ?) d'antan. Concernant Des hommes et des Dieux, cette critique tombe un peu ? c?t?, tant elle reproche au film de n’?tre pas… ce qu’il n’a jamais pr?tendu ?tre. Il en ressort de plus une condescendance ? peine voil?e pour le ? fran?ais moyen ? (sic) qui a fait le succ?s du film, condescendance que rel?ve un des commentaires : ? La gauche radicale passe son temps ? d?clarer vouloir l’?ducation des masses, mais quand la masse se pr?cipite pour aller voir un film capable ? la fois de l’?mouvoir et de la faire r?fl?chir, la gauche radicale prend des poses antiracistes et renvoie la masse ? son ignorance. ?
Mais l’analyse a le m?rite de montrer que c'est autant par ce qu'il taisait que par ce qu'il montrait, que le film de Xavier Beauvois a r?ussi sa rencontre avec le public fran?ais, pour des raisons sans doute autant li?es aux ?v?nements du pass? (l'histoire franco-alg?rienne, comme l'avait soulign? d?s la sortie du film l'historien Benjamin Stora) qu'aux incertitudes du pr?sent : ? En privant [la mort des moines] de sa vraie densit? existentielle, il la transforme en simple surface pour la projection de nos peurs et nos fantasmes de spectateurs europ?ens – surface dont la m?taphore exacte est bien l’?cran enneig? sur lequel le film se cl?t, blancheur ? travers laquelle les moines avancent vers leur propre disparition. ?

Posté dans Débats par Zéro de conduite le 25.01.11 à 18:08

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