Image du film We Want Sex Equality

Quand les ouvrières anglaises luttaient pour l'égalité salariale

Critique

We Want Sex Equality

Dans la pure tradition de la comédie sociale anglaise, We want sex equality revient sur la lutte des ouvrières de l'usine Ford de Dagenham, qui aboutit à une revalorisation salariale de l'ensemble des travailleuses anglaises.

Piquets de grève, luttes syndicales, solidarité ouvrière… Voici une histoire comme le cinéma anglais des trente dernières années les aime… Deux éléments distinguent toutefois We want sex equality des Virtuoses, Billy Elliot et autres Navigators : en se plaçant non au temps du thatchérisme triomphant, de la cure de libéralisme et de la désindustrialisation, mais en 1968 sous le gouvernement travailliste d'Harold Wilson, c’est non pas une défaite mais une "victoire" ouvrière qu’elle relate ; et, comme nous le rappelle opportunément la sortie du film le lendemain de la Journée de la femme, cette victoire est autant sociétale que salariale.
La revendication des héroïnes de We want sex equality c’est en effet l’égalité salariale : dans l’usine de Dagenham, véritable "forteresse ouvrière" (comme le fut Renault à Billancourt) avec ses 30 000 salariés, la centaine d’ouvrières de l’atelier confection (qui cousent les sièges des modèles assemblés à la chaîne) font figure de dernière roue du carrosse Ford. Payée près de 15 % que leurs collègues masculins, elles se voient de plus déclassés dans la nouvelle grille salariale, qui ne reconnaît plus leur statut d’ouvrières qualifiées. C’est la goutte qui va faire déborder le vase de la contestation et déclencher un mouvement qui dépassera aussi bien la direction de Ford que les syndicats et le pouvoir politique. S’étendant à d’autres usines en ce printemps 68, relayée par les médias (qui comparent les ouvrières aux suffragettes et leur donnent le surnom de petticoat army), la lutte aboutira, sous l’égide de la ministre Barbara Castle (elle-même pionnière en matière de parité), à l’equal pay act (1970) qui fixe dans la loi l’objectif d’égalité salariale.

Une bien belle histoire donc, et un matériel pédagogique potentiellement intéressant, au confluent de l’histoire anglaise (la face populaire et ouvrière des sixties) et de réalités sociologique encore très actuelles. Le film met à jour des ressorts qui continuent aujourd’hui à faire le lit de l’inégalité salariale : non-reconnaissance des qualifications spécifiques des femmes (sous prétexte qu’il s’agit de couture, Ford ne reconnaît par leur savoir-faire technique), salaire féminin considéré comme un salaire d’appoint, tâches domestiques qui entravent l’investissement des femmes dans la sphère militante, etc.
Dommage que le scénario et la réalisation de Nigel Cole fassent preuve d’aussi peu d’imagination, tous les rebondissements semblant tirés d’un vieux manuel de scénario écorné : les divisions au sein du groupe de femmes quand la grève se durcit, la solidarité "inattendue" entre la pasionaria ouvrière, et la femme du directeur du personnel, les tensions à l’intérieur même des foyers. Le plus gênant est sans doute la façon pour le moins paresseuse dont le film résout le conflit interne à la classe ouvrière (d’abord amusés et solidaires, les ouvriers de Dagenham mis au chômage technique vont se muer en alliés objectifs du patronat), le point sans doute le plus intéressant du film.
Malgré le charme de Sally Hawkins (découverte par Mike Leigh), l’abattage de ses camarades et la sympathie qu’inspire le sujet, on ne peut donc s’empêcher de sombrer dans un certain ennui. Alors que le générique défile, une petite fenêtre s’ouvre et diffuse des images documentaires (archives et entretiens récents) des "vraies" protagonistes de l’histoire : il émane de ces images une énergie et une gouaille que la transformation en fiction standardisée a quelque peu aseptisées.

Vital Philippot

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