Dans Amis que vent emporte, Andrea Maggiulli incarne Alexandre, un adolescent victime de harcèlement grossophobe au collège. Il livre une interprétation particulièrement juste et convaincante d’un personnage qui lui est pourtant très éloigné. À l’inverse d’Alexandre, Andrea est un adolescent entouré d’amis, qui sait se défendre et ne se laisse pas facilement atteindre par les autres. Il fallait donc se mettre à la place d’un garçon confronté à des violences qu’il n’a pas lui-même connues et accepter d’incarner des scènes particulièrement difficiles. Avec beaucoup de justesse, il relève ce défi. Dans cet entretien, il revient sur la préparation de son rôle, le tournage et les liens noués avec les autres jeunes comédiens. Il raconte aussi son intérêt pour le cinéma et son désir de passer, un jour, derrière la caméra.
Qu'est-ce qui t'a motivé pour participer au casting d'Amis que Vent emporte ?
J’ai entendu parler du casting pour Amis que Vent emporte par le biais d’une personne que j’avais connue pendant le tournage de mon précédent court métrage, Colonie. Cette personne m'a recommandé à la directrice de casting, Anne-Jacqueline Bousch. Quand je suis arrivé, j'ai tout de suite eu un bon feeling avec Anne-Jacqueline et Guillaume Fabre-Luce. Je les ai trouvés super sympas et, déjà ça, ça m'a beaucoup motivé. Et puis en plus, la production m'avait envoyé des extraits du scénario au préalable et il me plaisait beaucoup.
Qu'est-ce qui te plaisait dans le scénario ?
Ce qui me plaisait, c'est que c'était un peu nouveau, comme rôle. Mon premier film – Just Kids, de Christophe Blanc – n’avait vraiment rien à voir : j'étais le seul enfant avec des adultes. Et puis, dans mon deuxième film – Colonie, de Romain Daudet-Jahan – j'étais tout seul avec un chat et un escargot. Là, c'était la première fois que je jouais avec d’autres adolescents et ça me disait bien.
Que t’a-t-on demandé de faire pendant le casting ?
Dans le court métrage, il y a des séquences où je devais jouer de la colère ou de la tristesse alors, pendant le casting, ils m’ont fait faire beaucoup d'exercices. Anne-Jacqueline Bousch et Guillaume Fabre-Luce me donnaient la réplique. Ils avaient prévu quelques mises en scène et c'était très sympa.
Quand as-tu appris que le rôle était pour toi ?
J’ai eu une première séance d'essai et, une semaine après, ils m'ont appelé et m'ont dit que le rôle était pour moi.
Qu’as-tu pensé du scénario lorsque tu l’as lu en entier ?
Franchement, je l'ai beaucoup aimé, même si, au début, j'étais un peu dubitatif concernant la scène de harcèlement. Je ne savais pas vraiment comment ça allait se passer. Mais j’ai tout de suite été mis très à l’aise.
En lisant le scénario, te reconnaissais-tu dans le personnage d’Alexandre ?
Je ne me reconnaissais pas vraiment dans le personnage d’Alexandre car je n’avais jamais subi d’énorme harcèlement comme il en subit, lui. Moi, contrairement à lui, j’avais une bande d’amis sur laquelle je pouvais compter quand on me lançait ce genre de remarque. Je ne me suis pas non plus reconnu dans l'environnement dans lequel il vit : lui, il vit en bord de mer et moi je suis à Paris donc c'est totalement différent. Je me suis tout de même un tout petit peu reconnu dans le harcèlement, et encore. J’ai subi des petites moqueries mais rien de bien fou et puis, dans tous les cas, je ne me laissais pas faire, ce qui n'est pas le cas d’Alexandre.
Comment se sont déroulées les répétitions avec les autres comédiens ?
Au début, c’était un autre acteur que Markus Zrinscak qui était pressenti pour jouer Théo. Comme l’autre acteur habitait à Paris, et moi aussi, c’était pratique pour se voir et répéter ensemble. Mais après il n’a pas continué dans le projet et Markus a été choisi. Sauf que Markus, il habite dans le Nord et il ne pouvait pas faire le déplacement. Alors c’est Anne-Jacqueline qui me donnait la réplique pendant les répétitions.
Ensuite, j’ai rencontré les autres acteurs de mon âge. Nous avons répété plusieurs fois les scènes un petit peu compliquées, où il y avait de fortes émotions, comme la scène de l’agression dans les toilettes ou encore la scène où j'entre dans la classe avec le père d’Alexandre. Anne-Jacqueline Bousch était vraiment là pour nous. Elle est comédienne de théâtre et a l’habitude de jouer de grandes émotions. Elle nous a aidés à montrer nos émotions et à les faire ressortir grâce à plein de jeux très sympas.
Nous donnerais-tu un exemple de jeu que vous avez fait ?
On se met en cercle avec une balle et, à chaque fois qu’on lance la balle, on doit mimer une émotion. Et sinon à chaque début de répétition, on se lâchait, on se défoulait, on criait, on courait un petit peu partout dans la salle pour se détendre et se mettre à l'aise.
Et ensuite, comment était l’ambiance sur le plateau avec l'équipe technique ?
Franchement, c'était super, c'était comme une grande famille. Parfois, les techniciens me mettaient derrière la caméra pour que je puisse regarder. Pareil pour l'assistante à la réalisation, elle m'apprenait un petit peu ce qu'il fallait faire : à quel moment les acteurs doivent être à tel endroit, le timing, etc. J’adore être sur un plateau. On ne s'ennuie jamais. On vit et on apprend chaque jour plein de nouvelles choses.
Comment te sens-tu quand tu es devant la caméra ?
Pour mon premier film, je me demandais comment ça allait rendre, si ma manière de jouer était juste ou pas. J’étais un petit peu gêné. Mais maintenant, je suis habitué. Le fait que j'aie déjà joué dans Just Kids et Colonie m’a permis d’être à l'aise tout de suite devant la caméra. Markus et moi étions les seuls à avoir un peu d’expérience de tournage. Tous les autres comédiens adolescents étaient des élèves du collège où nous tournions.
Comment vous êtes-vous entendus, dans le groupe d’adolescents que vous formiez ?
Nous nous sommes super bien entendus ! Nous étions une vraie petite bande. Pendant les pauses, entre les scènes, nous faisions plein de trucs, comme jouer au basket. Après le tournage, nous avons gardé contact et nous continuons à nous envoyer des messages aujourd’hui.
Et même avec Timéo Dagorn, qui joue ton harceleur dans le film ?
Encore plus avec lui ! Derrière la caméra, Timéo, c'est un amour ! Honnêtement, il ne ressemble pas du tout à Lewis, le harceleur, dans le film. Il est hyper sympa.
Comment s'est passé le tournage de la scène d'agression ?
Nous étions tous un petit peu gênés et en particulier Timéo. C’était bizarre pour lui parce que nous passions notre temps à nous marrer et, dans cette scène, il devait me tirer les vêtements et me pousser par terre. La scène a été tournée en équipe réduite et il y a eu plusieurs répétitions. Comme l’endroit était tout petit et je devais me cogner contre les murs, nous nous sommes mis d’accord sur ce qu’il fallait faire et avons mis en place une chorégraphie pour que je ne me fasse pas mal.
Qu'est-ce que ça te fait, à toi, de regarder cette scène ?
Moi, en général, je n’aime pas trop me voir à l’écran, quelle que soit la scène. Je vois tous les petits défauts, tout ce que j’aurais pu faire mieux. Avec le temps qui passe, je suis plus indulgent. Par exemple, j’arrive davantage à regarder Just Kids aujourd’hui et à me voir dans le rôle de Mathis. J’avais neuf ans alors j’ai plus de distance. Pour le moment, je n’ai pas cette indulgence quand je regarde Amis que Vent emporte. Le film est trop récent et il reflète encore trop l’adolescent que je suis aujourd’hui.
Quels sont tes meilleurs souvenirs du tournage d’Amis que Vent emporte ?
Mes meilleurs souvenirs sont les moments où j’étais en pause en tant qu’acteur, lorsque l'équipe technique était en train de mettre en place les décors, quand nous faisions du basket, quand nous parlions entre nous, de tout et de rien. Nous jouions aussi au basket avec Markus et son père au camping où il y avait aussi une espèce de parc aquatique.
Donc, si je comprends bien, tes meilleurs souvenirs ne sont pas les moments où tu joues les scènes, mais plutôt les moments entre les scènes ?
C'est ça. Jouer un rôle, c'est sympa mais on ne prend pas forcément le temps de l'apprécier étant donné qu'on est très focus dedans. Moi, ce que je préfère, c'est quand je vois les décors qui se mettent en place, les immenses installations qui sont faites. Ce que j’adore, c’est voir l'envers du décor.
Quels sont tes projets d'avenir à court, moyen et long termes ?
Je rentre au lycée cette année et je me suis inscrit en spécialité « théâtre ». Ça va me permettre de m’entraîner quotidiennement et puis, en plus, nous irons voir plusieurs pièces de théâtre. Ensuite, j'aimerais devenir réalisateur et faire des films. En fait, j'aimerais être réalisateur et acteur. C'est pour ça que, plus tard, après mes années de lycée, j'aimerais intégrer La Fémis. C'est l’école de cinéma où a étudié Romain Daudet-Jahan, le réalisateur de mon deuxième film, Colonie. C’est lui qui m'a conseillé d’y aller et il m'a également amené vers le théâtre, parce que moi, en fait, je n'avais jamais fait de théâtre. Je l’en remercie sincèrement.
Quel rôle aimerais-tu incarner ?
J'aimerais bien incarner un rôle dans une comédie. Et, plus tard, ce serait un de mes plus grands rêves, j'aimerais partir aux Etats-Unis et jouer dans des films américains.