Avec Amis que vent emporte, Guillaume Fabre-Luce signe un court métrage sur le harcèlement scolaire, mais aussi sur une amitié mise à l’épreuve par la violence et la pression du groupe. Pour écrire ce film, le réalisateur est parti de sa propre adolescence, de son expérience du harcèlement et du souvenir d’avoir lui-même harcelé un camarade. Au fil de l’écriture, le récit s’est recentré sur la relation entre les deux garçons, filmée au plus près du regard de Théo, témoin d’une agression dont il ne sait comment se rendre complice ou se dégager. Dans cet entretien, Guillaume Fabre-Luce revient sur la genèse du film, le travail avec les jeunes comédiens et les choix de mise en scène qui permettent d’aborder un sujet difficile sans réduire ses personnages à leurs actes. Il évoque également les réactions suscitées par le film lors de ses nombreuses projections en milieu scolaire.
Quelle est la genèse de ce court métrage ?
J'ai écrit la première mouture du scénario dans le cadre d'un exercice que je m’étais imposé à moi-même qui consistait à écrire un court métrage en quelques heures. Et puis, finalement, je trouvais que le sujet était intéressant. En effet, cela m'a permis de parler des choses de mon adolescence, de choses que j'avais vécues quand j'étais au collège. Sur cette base-là, j'ai été sélectionné pour participer à l’atelier « l’Espace Kiosque » dans le cadre du festival « Music & Cinema », à Aubagne, en 2018. Par ce biais, j'ai rencontré de nombreux producteur·rice·s dont Nathalie Landais, de Takami Productions. Nous avions une vision commune du film et avons donc décidé de le produire ensemble.
J’ai alors vécu une longue période de développement durant laquelle je suis parti sur des concepts assez forts axés autour du harcèlement. En effet, l'expérience de départ qui a lancé ce projet, c'était le fait que j’ai moi-même été harcelé quand j’étais au collège. Mais aussi que j’ai, à un moment, harcelé un autre camarade de ma classe.
En écrivant, j’ai réutilisé et malaxé plein de choses de mon enfance. Et puis, au fur et à mesure du développement, nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait d’une histoire d'amitié brisée avant d'être une histoire de harcèlement. Le harcèlement était un fond, mais le cœur du film, c'était l'histoire d'amitié entre les deux garçons. Cela nous a aidés à recentrer le film sur les personnages, sur ce qu'ils vivaient. Personnellement, je me retrouve un peu dans chacun des trois personnages, à des moments différents de ma vie. Cependant, dans mon enfance, rien ne s'est passé exactement comme dans le film.
Où avez-vous tourné le film et comment avez-vous trouvé les décors ?
En 2021, le film a obtenu le soutien de la région Bretagne à différents niveaux : une aide financière de la région en vue de la production du film mais aussi une aide à la création d’une musique originale et une aide des chaînes bretonnes locales. Cela signifiait que nous devions tourner en Bretagne, ce qui était plutôt une chance car la famille de ma compagne est bretonne.
Je connaissais quelqu’un qui travaille au collège où nous avons tourné. Lorsque je l'ai visité, pendant les repérages, il n'avait pas encore ouvert mais pouvait tout à fait correspondre à ce que j'avais écrit dans mon scénario.
Nous avons obtenu le feu vert pour y tourner, non seulement grâce à cette personne que je connaissais, mais aussi parce que l’équipe pédagogique n'avait pu monter aucun projet pendant la période de Covid et les enseignants avaient envie de se lancer dans quelque chose de ce genre avec les élèves. Que les enseignants et les élèves aient envie d'un élan de création et de collaboration nous a beaucoup aidés.
Justement, dans le générique, tu remercies les élèves du collège Charles Le Goffic, à Lannion, « pour leur enthousiasme, leur énergie, leur participation ». Comment s'est déroulé le tournage avec eux ?
Au départ, je me demandais si je n’allais pas caster tous les rôles dans le collège. Nous avons donc fait un premier casting et nous avons vu tous les enfants de la classe d'âge qui voulaient bien passer un casting, c’est-à-dire une centaine d’enfants. Comme le collège compte à peu près 400 élèves, je pense que nous avons vu plus ou moins tous ceux qui correspondaient aux différents rôles. Nous avons choisi huit élèves particulièrement intéressants. Parmi eux, il y avait Timéo Dagorn qui joue Lewis, et Hélias Gallen qui joue Reda, le copain de Lewis. Cependant, dans le collège, je n’ai pas trouvé de comédiens qui correspondaient pleinement aux deux rôles principaux.
À l’issue du casting, nous avons décidé de garder de nombreux élèves en tant que figurants. En avril 2022, nous leur avons dit : « Maintenant, pendant trois jours, vous allez participer avec nous au tournage ! ». Et eux, ils étaient hyper contents, certes parce qu’ils participaient à un film, mais aussi parce que cela leur permettait de sauter les cours. Pour les séquences de récréation, par exemple, il y a une soixantaine d’élèves et aucun n’est là par hasard. Ils ont tous été placés par nous dans différents coins de la cour.
C'était drôle parce que même les élèves considérés comme « perturbateurs » étaient adorables avec nous : ils avaient tellement envie de participer au tournage qu’ils se sont révélés de bons alliés sur le plateau.
Et pour les rôles principaux, comment as-tu trouvé les comédiens ?
Pour les rôles principaux, nous avons procédé à un casting en agence, à Paris. C'est là que nous trouvé Andrea Maggiulli, qui interprète Alexandre, et Markus Zrinscak, qui interprète Théo.
Comment as-tu choisi Markus Zrinscak pour le rôle de Théo ?
Markus, il m'a touché. C'est un truc que je n’arrivais pas très bien à expliquer aux producteurs. Les deux, trois personnes que j'ai vraiment envisagées pour le rôle, c'étaient des gamins qui me touchaient, qui me renvoyaient quelque chose de l'ordre de l'affectif avec moi-même ou avec mon enfance à moi. Quant à Markus, je trouvais tout simplement que sa sensibilité entrait en écho avec la mienne.
Et Andrea Maggiulli, pour le rôle d’Alexandre ?
Pour le rôle d’Alexandre, il fallait que nous trouvions un enfant avec une différence forte par rapport aux autres. Andrea Maggiulli, sa différence, c'est sa corpulence. Mais au-delà de cela, Andrea, c'est un comédien extraordinaire. Quand nous l’avons rencontré, cela nous a tout de suite marqués. Il a une présence quand il est en face de toi, il capte ton regard.
Justement, Andrea Maggiulli est conscient d'avoir été choisi pour sa corpulence. Quand on est adolescent, cela me semble assez risqué d'accepter un rôle comme celui-ci pour lequel la différence physique est mise en avant. Le corps du comédien et le corps du personnage se confondent...
Bien sûr, c'est une vraie problématique parce qu’Andrea est conscient que certains rôles lui seront attribués principalement pour ce critère physique. Mais, pour Andrea Maggiulli, cela n’a pas commencé ainsi. En fait, c'est un gamin qui n'aurait pas spécialement eu un parcours dans le cinéma s’il n’avait pas croisé la route du réalisateur Christophe Blanc, un ami de son père. Ce dernier cherchait un jeune acteur pour son film Just Kids mais il ne trouvait personne. Il avait croisé Andrea quelques années auparavant et s’est souvenu qu’il avait maintenant l’âge approprié pour le rôle. Il s’est dit : « Mais attends, Andrea, il a une bonne tête, il a une dynamique ! » Il a un rôle assez important dans le film, celui d’un petit garçon confié à son grand frère. Le film a plutôt bien marché et a donné envie à Andrea de continuer dans cette voie.
Il a ensuite joué le rôle principal d’un court métrage intitulé Colonie juste avant de tourner Amis que vent emporte.
Andrea est très intelligent. Et il est très bien entouré par sa famille. Les rôles qu’il choisit et l’image que les films lui renvoient de lui-même, sont des aspects qu’il a, je crois, assez bien digérés. De plus, il est porté par son désir de jouer, de faire partie d'un dispositif de création et d'être sur des plateaux de cinéma. D’ailleurs, ce qu’il aime avant tout, c’est être sur un plateau. Pendant le tournage, même quand il avait fini de jouer, il restait, il faisait le clap. Récemment, il m’a dit qu’il aimerait devenir chef opérateur.
Comment as-tu fait pour mettre Andrea Maggiulli à l’aise pendant le tournage ?
Comme je voulais qu'Andrea ne soit ni mal à l'aise quand il se regarde, ni mal à l'aise quand il joue, nous avons beaucoup préparé les scènes en amont. Au casting, déjà, nous l’avons fait travailler sur des séquences précises et puis un peu sur de l'improvisation. Ensuite, nous avons travaillé avec lui autour du scénario que nous avons décortiqué ensemble. Je dis « nous » parce j'avais une personne essentielle pour me seconder : Anne-Jacqueline Bousch, comédienne et coach. C’est elle qui, après avoir participé aux castings, a coaché tous les enfants du film.
Pendant les répétitions, Andrea était toujours à 40% de ce qu'il pouvait réellement donner. Donc, moi, j'étais un peu inquiet, je me disais : « Bon, il ne s'est pas encore livré, c'est quelqu'un de très secret. » Et puis sur le plateau, en fait, il a géré de A à Z ! Il n'y a pas une prise où il n'était pas juste. Il avait toujours la bonne émotion au moment où il le fallait. C'est un comédien remarquable.
Quel a été le rôle d’Anne-Jacqueline Bousch sur le plateau, en tant que coach ?
Avec les enfants, nous avons organisé plusieurs sessions de répétitions en amont pour répéter les scènes et les aider à trouver la juste émotion.. Anne-Jacqueline et moi participions à chacune de ces répétitions. C’était essentiel pour que nous soyons raccord sur l’endroit où les enfants devaient arriver. En revanche, une fois arrivés sur le plateau, c'est Anne-Jacqueline Bousch qui restait avec les ados. Elle les maintenait dans l'énergie de la scène et les faisait répéter pendant que, de mon côté, je gérais le reste du tournage, le temps que nous soyons prêts à tourner. Anne-Jacqueline, elle est géniale ! En fait, elle a aidé les adolescents à se départir du regard de l'autre. C’est très compliqué pour un adolescent ! Auparavant, j'avais travaillé avec une enfant de huit ans et ce n’est pas du tout la même chose. L'enfant de huit ans, elle peut être dans le jeu très facilement. On lui dit : « Vas-y joue ci, joue ça » : si l'enfant est bon, il le joue et passe à une autre émotion la seconde d'après. Les adolescents, eux, sont toujours en train de se comparer aux autres.
Lorsque nous tournons une séquence avec plein d’ados, si on leur demande de faire les foufous, chacun regarde s'il n'y a pas quelqu'un d’autre qui ose faire le foufou avant lui pour s’autoriser à faire le foufou à son tour. Heureusement, Anne-Jacqueline connaissait plein d'exercices de jeu qui ont permis aux adolescents de lâcher prise, de se faire confiance et de ne pas se juger.
Comment se sont entendus les comédiens, sur le tournage ?
Les six comédiens qui forment le groupe d’adolescents que l’on voit à l’écran s'entendaient vraiment très très bien et ont réussi à créer une jolie dynamique. Le tournage les a soudés. Cela a été l’occasion d’un rapprochement pour les enfants du collège qui n'étaient pas vraiment amis avant. Cependant, ils restent des ados ! Parfois, ils se chambraient tellement qu'ils se faisaient de la peine. Et dans ces cas-là, ils ont tout de même fait preuve d’une grande maturité. Ils allaient se voir et disaient : « Ce que tu as dit là, ça m'a fait de la peine. – Oui c'est vrai, je suis désolé·e, pardon de l'avoir fait. » Avec Anne-Jacqueline Bousch, nous les regardions éberlués.
Dans le film, il y a une scène particulièrement éprouvante dans laquelle Lewis humilie Alexandre publiquement, dans les toilettes, sous le regard de Théo et de son téléphone. Comment as-tu dirigé les comédiens pour tourner cette scène ?
Pour tourner la scène de l’agression, nous nous sommes dit qu'il fallait que tout soit calibré, que nous sachions exactement comment Alexandre tomberait et où il tomberait. Nous avions une salle de réunion à disposition dans une vieille ferme à côté de Lannion. Cela nous a permis de travailler en amont la chorégraphie précise du moment où Alexandre serait jeté par terre et comment Lewis le tirerait, etc. En chorégraphiant les gestes, nous avons pu déterminer où placer du rembourrage sur les bras d’Andrea Maggiulli (qui joue Alexandre) pour qu’il ne se fasse pas mal en tombant.
Ce travail de préparation a été vraiment essentiel. Sans cela, nous aurions perdu beaucoup de temps sur le plateau. Une fois sur place, nous avons revu comment fonctionnait la chorégraphie dans les toilettes, s'il y avait des ajustements à faire.
L'espace était très exigu, donc nous n'avions pas une grande marge de manœuvre et ne pouvions pas installer de machinerie. Nous avons également préféré tourner la scène en équipe réduite.
En fait, des deux comédiens, le plus mal à l'aise, c'était Timéo Dagorn (qui joue Lewis) qui avait peur de faire mal à Andrea. Il ne fallait pas qu’il lui fasse mal pour de vrai, mais il fallait qu'on croie dans ses gestes.
Cette scène est la séquence que j'ai eu plus de mal à monter. Avec la monteuse, Manon Falise, nous avions peu d’angles de vue à disposition. Pour dynamiser la scène, au montage, nous avons parfois zoomé dans l'image, ce qui nous a permis d’amener légèrement du mouvement à une séquence sinon très statique. Nous avons également souhaité trouver la bonne durée pour la séquence et ne pas rester trop longtemps inutilement sur les plans d'Alexandre par terre.
Et Markus Zrinscak, qui joue Théo, comment l’as-tu dirigé, dans cette séquence de l’agression ?
La séquence de l’agression est tournée du point de vue de Théo. Et c'est d’ailleurs le principe du film : quasiment tout le film est filmé du point de vue de Théo.
Dans cette scène, nous devions être dans son regard, dans son ressenti. Le personnage est dans l’attente, il ne sait pas ce qui va se passer dans les toilettes. Il sait cependant que ce n'est pas une bonne idée. Il faut qu'on sente cette sensation qui monte, par exemple dans la manière dont la porte des toilettes se referme derrière Lewis sans qu'on sache vraiment ce qui se passe à l’intérieur. Nous avons construit cette séquence autour de l'intériorité de Théo et autour de son regard.
Avec Markus Zrinscak (qui joue Théo), j’ai beaucoup travaillé sur l'imperceptible. Théo est témoin de choses plutôt rudes et on est censé lire sur son visage ce qu'il ressent, sans qu’il ne dise un mot.
Comment as-tu trouvé le titre Amis que vent emporte ?
Je trouve cela très dur de trouver un titre. En général, soit je trouve un titre bien tout de suite, soit je mets beaucoup, beaucoup de temps à le trouver. À chaque fois, je me demande : « Mais pourquoi est-ce qu'on donne des titres aux œuvres ? C'est tellement chiant ! » Et parfois, il y a des titres qui sont très beaux et qui nous marquent, comme Toute la beauté et le sang versé, de Laura Poitras. Qu'est-ce que c'est beau comme titre ! En l'occurrence, j'ai eu beaucoup de mal à trouver Amis que vent emporte et je ne sais même pas si c'est un bon titre.
Au départ, j’avais intitulé le film La cicatrice. Et puis, j’ai eu un retour de commission assez rapidement. Les gens m'ont dit : « C'est nul comme titre, il faut que tu trouves mieux. » Les producteurs étaient assez d'accord avec ce constat. Donc, j'ai fait une liste de titres, tous plus mauvais les uns que les autres. Et j'ai pensé au poème de Rutebeuf. Je ne connaissais, à l’époque, pas beaucoup la chanson de Léo Ferré. Donc hop, je relis le poème, je me dis : « Ok, Amis que vent emporte, allez, on va prendre ça, on verra, peut-être qu'on trouvera mieux. » Jusqu'à la toute fin, jusqu'au montage, j'ai pensé à changer de titre. Et en fait, je l'ai gardé.
Le fait d’avoir ce poème en tête m'a tout de même aidé à structurer un peu le récit. Je l'ai utilisé pour créer des parallèles dans l’histoire. En cours de français, par exemple, les élèves étudient le poème. Mais finalement, je n'ai pas gardé les passages où ils parlaient vraiment de Rutebeuf, ce que j'avais écrit dans les dernières versions du scénario, parce que cela devenait trop signifiant.
Quand la compositrice m'a demandé quelle musique je voulais pour le générique du film, j'ai écouté la chanson de Léo Ferré. Et là, je me suis dit : « C'est l'énergie parfaite, cette chanson ! C'est ça que je veux ! » Nous avons contacté la famille de Léo Ferré – sa femme et ses enfants – et nous avons obtenu les droits de la chanson gratuitement. Nous n'aurions pas pu les payer, je pense, si la famille ne nous les avait pas accordés à titre gracieux. Cette chanson donne une jolie énergie à la fin du film, je trouve, et correspond tout à fait à ce que je veux dire.
Au-delà de la chanson de Léo Ferré, la musique du film a été composée par Irina Prieto Botella. Comment avez-vous travaillé ensemble, tous les deux ?
Avec Irina Prieto Botella, nous nous sommes connus à la crèche parentale de nos enfants respectifs. Dans une crèche parentale, on passe beaucoup de temps avec les autres parents. Donc, nous sommes devenus amis. J'avais écouté des compositions qu'elle avait faites, qui m'avaient beaucoup plu, qui me parlaient en termes d'approches de la musique de film.
Quand j'ai commencé à me dire que nous allions déposer des demandes d'aide pour la musique de film, Irina et moi nous sommes mis à travailler ensemble. C'est marrant parce qu’au départ, nous avons réalisé des maquettes pour les demandes d’aides avec une musique super belle, mais très différente de la musique que nous avons faite à la fin. Les premières propositions faisaient un peu penser à un thriller. À l'époque, je me disais que le film, dans la première version du scénario, ressemblait à un thriller. Dans l’histoire, on se demandait si Théo allait être renvoyé du collège ou pas. La musique était inspirée de cette tension.
Au moment du montage, il suffisait de réécouter la maquette pour se rendre compte que ce n’était pas la bonne musique pour ce film. Avec Irina, nous avons tout de même fait quelques essais avec cette première proposition musicale mais cela ne fonctionnait pas du tout. Le film n’était absolument pas un thriller, l’énergie qui s’en dégageait était complètement différente.
La maquette était principalement composée à base de cordes. J’ai proposé à Irina de faire un essai avec du piano pour changer d’ambiance, mais elle m’a répondu : « Tu me permets d'essayer un truc ? Un ukulélé ! » Elle a fait un essai et j’ai senti que c’était la bonne énergie. À partir de là, elle a proposé deux ou trois versions et, assez rapidement, elle est tombée sur la musique.
Plus tard, lorsque François Méreu, le monteur son du film, a posé la nouvelle musique d’Irina sur le montage, il s’est écrié : « Mais c'est génial ! Elle a totalement trouvé le film ! » Il était dithyrambique. C’est vrai que la musique fonctionne très bien : elle est délicate, pas trop présente, et entre plutôt bien en dialogue avec Léo Ferré.
Amis que vent emporte a été projeté de nombreuses fois dans un cadre scolaire, à commencer par le collège de Lannion. Comment le film a-t-il été reçu ?
La première fois que j’ai présenté le film, c’était collège où nous avons tourné, en octobre 2022. L’attente était grande parmi les collégiens qui avaient tous très hâte de se voir à l’image. À la fin de projection, ils n’avaient finalement pas beaucoup de questions sur le film en lui-même, mais une jeune fille de 6ème est tout de même venue me voir et m’a dit : « Moi, je n'ai pas du tout aimé. » Je l’ai remerciée pour sa franchise et elle a précisé : « C'est à cause de ce qu’on voit dans les toilettes. Faut pas montrer ça ! ». Je crois que ça l’avait beaucoup choquée.
Sinon, les retours sont généralement très intéressants. Les profs et les parents sont extrêmement réceptifs. Le film est fréquemment projeté à des publics scolaires. Il marche très bien avec les jeunes, en particulier avec les CM2, 6ème et 5ème. Et il marche aussi très bien avec les adultes encadrants. Les élèves réagissent plus à l’amitié de Théo et Andrea. Les adultes plutôt au sujet du harcèlement scolaire. Parmi les profs et les parents, il y a beaucoup de gens qui nous parlent de ce qu'ils ont vécu. J'ai reçu des témoignages assez touchants de personnes pour qui le film faisait remonter des souvenirs d'enfants et qui, parfois, pleuraient. Sincèrement, je ne me doutais pas un instant que le film aurait un tel impact chez les adultes.
