Demain est à nous © Eddy Brière - 2019 Mai Juin Productions & Echo Studio

"L’engagement créé un climat favorable aux apprentissages"

Dans son film Demain est à nous, Gilles de Maistre donne la parole à des enfants du monde entier qui s’engagent pour rendre le monde meilleur. Carole Réminny, déléguée générale de l’École de la Philanthropie, nous explique que l’empathie n’a pas d’âge.
 

Au regard de votre parcours (vous êtes déléguée générale de l'École de la Philantrophie après avoir travaillé pour Unicef France) qu’est-ce que le film Demain est à nous vous évoque ?

Le titre du film est en soi très éloquent. On ne dira jamais assez que demain se construit aujourd’hui et que l’avenir est entre les mains des plus jeunes. Plus que nous, ils sont capables d’indignation et d’interrogation. Comme on peut le voir dans le film, ils sont affranchis de toutes barrières politiques tout en étant à la fois rêveurs et pragmatiques. Demain est à nous montre des enfants capables de créativité, d’enthousiasme mais aussi de détermination. C’est exactement ce que j’ai pu constater en voyageant et en les regardant agir.

Les enfants sont-ils naturellement altruistes ? Est-ce une qualité qu’il faut cultiver ?

Plus qu’altruistes, les enfants naissent tous empathiques. L’empathie est la capacité de reconnaître les sentiments d’une autre personne et de se mettre à sa place pour comprendre ce qu’elle ressent. Cette qualité est innée, mais elle demande à être développée et à être mise au service d’un regard sincère et désintéressé sur l’autre que l’on peut nommer altruisme mais que j’appellerais plus volontiers philanthropie. L’empathie « mature » émerge vers les 9 ans : elle permet à l’enfant de changer de perspective émotionnelle en se mettant à la place de l’autre. Elle devient un processus conscient qui a besoin d’être soutenu, encouragé et cultivé.  

Quels sont les bénéfices pédagogiques de l’engagement ? 

L’expérience nous a montré que les bénéfices sont réels à la fois pour les enseignants et pour les enfants. L’engagement permet à chaque enfant de prendre conscience qu’il a le pouvoir d’aider, à sa mesure. On suppose qu’à partir de cette prise de conscience, l’engagement sera quelque chose de pérenne tout au long de sa vie. Pédagogiquement, le fait que les enfants puissent s’engager dans la gestion d’un projet implique qu’ils gagnent en autonomie. Ils sont en situation de responsabilité : ils vont faire des choix, apprendre à planifier, à s’organiser et à se répartir les rôles.
L’engagement créé un climat favorable aux apprentissages : les enfants vont développer du savoir-être, des savoir-faire, ils vont se révéler à eux-mêmes. 
Il n’est pas rare que l’on voie des enfants complètement éteints, lorsqu’il s’agit des apprentissages fondamentaux, qui se réveillent dans un projet philanthropique parce qu’ils ont des talents de persuasion ou de leadership. L’enfant se trouve lui-même et l’engagement donne du sens au monde qui l’entoure. Il s’aperçoit qu’il est un levier de transformation de la société. On sait aussi grâce à l’étude PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) de 2015 que les élèves français ne sont pas très performants sur la résolution collaborative de problèmes, alors que la collaboration est l’une des clés de tout développement social et d’un développement durable de notre monde. L’engagement permet de remédier à cela et de poser les bases d’un développement plus sain pour notre planète et pour notre société. 

Quel conseil donner à un enseignant qui voudrait se lancer dans un projet philanthropique ?
Je ne vois qu’une clé pour qu’un projet philanthropique fonctionne et pour qu’il porte ses fruits : il faut faire en sorte que les enfants en soient véritablement les acteurs. S’ils ne se l’approprient pas pleinement, le sens de leur action va leur échapper et la pérennité de ce désir d’engagement ne perdurera pas. Très concrètement, il faut mettre en place une participation pleine et entière en sollicitant les enfants tout au long du projet concernant les décisions à prendre, les causes choisies, l’organisation… Il est important de respecter leur avis sans leur imposer le nôtre. Parfois ça va plus vite de le faire à leur place, mais c’est beaucoup moins fort. Mon autre conseil serait de choisir une association partenaire fiable. L’école de la Philanthropie référence des associations sur une plateforme dédiée aux enseignants. Il faut que l’association soit à même de dialoguer avec les enfants, de respecter leur volonté, de ne pas les utiliser mais de vraiment d’accueillir leurs compétences. 

* Carole Réminny a commencé sa carrière comme professeure de français et de latin, avant de devenir responsable de la communication de la Fédération des Parents d’Élèves de l’Enseignement Public (PEEP) puis de prendre la tête du service « Plaidoyer, éducation, jeunesse » d’UNICEF France. Elle est aujourd’hui déléguée générale de l’École de la Philanthropie

 

EMC

Demain est à nous

de Gilles de Maistre 80 minutes 2019
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